100 ans et les deux mains sur le volant

Léo Asselin n'aurait jamais espéré joindre un jour... (Sylvain Mayer)

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Léo Asselin n'aurait jamais espéré joindre un jour le club sélect des centenaires qui détiennent leur permis de conduire.

Sylvain Mayer

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Chaque lundi et mercredi que la vie amène, Léo Asselin sort de sa maison à la même heure. Solidement appuyé sur sa canne, le nouveau centenaire marche jusqu'à sa voiture, ouvre la portière, s'installe côté conducteur et sans plus attendre, démarre la vieille, mais rutilante Cadillac DTS 2002.

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Chaque lundi et mercredi, Léo Asselin participe à la matinée Viactive avec une vingtaine d'autres personnes.

Sylvain Mayer

Les deux mains sur le volant, les yeux sur la route et la prothèse auditive en marche, il roule ni trop vite ni trop lentement jusqu'à la salle des aînés, à Saint-Tite. C'est la matinée Viactive. Durant la prochaine heure, la vingtaine de participants dont l'âge moyen est de 72 ans vont découvrir les bienfaits de l'activité physique dans le plaisir. 

Les espadrilles aux pieds, Monsieur Léo est debout, fin prêt pour une série d'exercices exécutés avec un entrain à faire mourir d'envie les plus sédentaires d'entre nous.

L'homme aux cheveux blancs a eu 100 ans le 16 janvier dernier, un âge qu'il ne croyait nullement atteindre et qui lui va à merveille. Léo - «Ti-Père» - est dans une forme du tonnerre. On a qu'à le regarder s'étirer les muscles du dos, des jambes ou des bras pour constater que le rhumatisme ne fait pas partie de son corps ni de sa tête. Il sourit tout le temps. 

«Ça a passé tellement vite! La première nouvelle que j'ai eue, j'avais 100 ans!», exprime avec une joie non dissimulée le sympathique monsieur qui n'aurait jamais espéré non plus joindre le club sélect des centenaires qui détiennent leur permis de conduire.

En date du 31 décembre 2015, la Société de l'assurance automobile du Québec recensait dans la province huit conducteurs âgés de plus de 100 ans. Léo Asselin figure quelque part parmi eux, aussi fier que lucide face à une situation remarquable, mais qui laisse peu de place à l'erreur. Il le sait très bien.

«C'est la dernière année que je prends mes licences...», annonce le centenaire qui, le ton serein, n'emprunte pas de détour pour expliquer sa décision. 

S'il devait être impliqué dans un accrochage avec un autre véhicule, M. Asselin entend d'ici les réactions. Même s'il n'était pas responsable de l'accident, on remettrait en question sa capacité de conduire à son âge.

Or, en 83 ans d'expérience au volant de l'une ou l'autre des 26 voitures qui ont traversé le temps et sillonné les routes avec lui, M. Asselin affiche un excellent dossier de conduite. Il connaît par coeur le code de la sécurité routière, tout comme les rues de Saint-Tite et de ses environs. 

Né à Saint-Adelphe d'une famille de treize enfants dont sept sont décédés en bas âge de la grippe espagnole, Léo Asselin a été marié à Liliane Roberge (décédée en 1995). Six enfants sont nés de cette union. Établi à Saint-Tite depuis 1950, M. Asselin y a tenu des salles de réception, a été chauffeur d'autobus scolaire, a préparé des milliers de repas pour les élèves de la cafétéria de l'école secondaire Paul-Le Jeune, a été bénévole pour le Festival western de Saint-Tite... 

Bref, le centenaire a toujours été actif et ce n'est pas à son âge qu'il va changer une recette qui pourrait expliquer le secret de sa longévité, incluant sa forte propension pour le chocolat.

En plus de conduire sa voiture, le vieil homme assure lui-même les petites tâches ménagères de sa maison voisine de celle de sa fille Danièle. L'été, on peut le voir aux commandes de sa tondeuse ou en train de cultiver son potager. Il n'y a pas si longtemps encore, Léo Asselin façonnait lui-même son pain. L'homme aux frêles épaules a dû abandonner cette activité qui exige de pétrir avec force pour donner du corps à la pâte.

Bouger, c'est la santé. Le bonheur, c'est la routine. 

Plusieurs fois par semaine, Léo Asselin se rend à la salle des aînés du boulevard Saint-Joseph, sa place de prédilection.

Il y vient pour jouer aux cartes, tenter sa chance au bingo, rencontrer des amis et, bien entendu, faire un pied de nez à l'inactivité et à la solitude qui gagnent trop de personnes âgées.

Les lundis et mercredis matin, ne le cherchez pas, il répète avec une rigueur qui l'honore les consignes de sa fille Danièle qui anime le programme Viactive. Depuis sept ans, son père est au centre de la grande salle plongée dans une musique entraînante. Les rires et l'énergie contaminent la place.

Fort de ses 100 ans, Léo Asselin a la mémoire intacte. Il va du présent au passé avec une aisance remarquable. Il évoque le souvenir de sa première voiture, une petite Chevrolet 1937, avant de faire la description de son véhicule actuel. 

À l'entendre, sa Cadillac est une antiquité à l'état neuf qu'il n'utilise plus pour de longues balades, mais uniquement pour aller ici et là où la vie s'étire tout doucement... telle une légère flexion du tronc.

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