Léo Guilbert, Malgache d'adoption

Léo Guilbert sourit en pensant à ses amis... (Stéphane Lessard)

Agrandir

Léo Guilbert sourit en pensant à ses amis de Madagascar où il se rend, depuis plus de 40 ans, à titre de coopérant.

Stéphane Lessard

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Par la fenêtre de sa verrière, Léo Guilbert a une vue imprenable sur les champs enneigés de Saint-Maurice où il est né, a grandi et souhaite vieillir. L'enseignant à la retraite a toujours été chez lui ici, mais en ce moment, son coeur est à Madagascar, son autre chez-soi.

La joie de Léo Guilbert de goûter aux... - image 1.0

Agrandir

La joie de Léo Guilbert de goûter aux premiers litchis de la saison. Également sur la photo, Michel, son ami et hôte, à Antatakely.

Il y a passé le dernier automne. Il s'agissait de son troisième séjour sur une île où se côtoient des paysages paradisiaques et la réalité d'une extrême pauvreté.

«Retourner à Madagascar me rend meilleur et plus heureux», affirme Léo Guilbert qui trouve son bonheur à côtoyer des gens dont la plus grande richesse est la chaleur de leur accueil et la beauté de leur sincérité.

«Envoyez-moi n'importe où!»

C'est ce que le nouveau diplômé en enseignement a inscrit sur le formulaire d'un organisme canadien de coopération internationale.

C'était il y a plus de 40 ans. Léo avait la jeune vingtaine et des idéaux comme nous en avons souvent à cet âge. Il voulait voir et aider le monde. En cochant «n'importe où», le résident de Saint-Maurice s'est retrouvé sur une île perdue de l'océan Indien à enseigner le français et à apprendre l'essentiel de la vie.

«Ny lehilahy tsy manam fitiavana, dia toy ny jaridahina tsy misy raozy», dit-il en riant avant de traduire par: «Un homme sans amour, c'est comme un jardin sans fleur».

Léo Guilbert aime l'effet de surprise que suscite chaque fois ce proverbe cité en malgache, une langue qu'il s'est plu à apprendre lors de son premier séjour de deux ans à Madagascar, au début des années 70.

Il y enseignait à des élèves de niveau secondaire, des étudiants auprès de qui leur tout aussi jeune prof a pu s'initier au dialecte d'un pays regroupant dix-huit ethnies.

Le résident de Saint-Maurice aurait voulu demeurer plus longtemps à Madagascar, mais en 1974, l'organisme pour lequel il travaillait s'est fait montrer la sortie. Cette expulsion n'était pas tant la conséquence de la révolution populaire survenue deux ans plus tôt, mais le résultat d'une joute de pouvoir entre membres du gouvernement en place au lendemain des manifestations de mai 1972.

Retourné manu militari au Canada, Léo «persona non grata» Guilbert est revenu à Saint-Maurice où il a fondé une famille et amorcé sa carrière, notamment à l'école primaire du Bois-Joli, dans le secteur Trois-Rivières-Ouest.

Malgré le contexte dans lequel il avait dû quitter Madagascar, M. Guilbert n'a jamais cessé pour autant d'aimer cette grande île à l'autre bout du monde.

Madagascar ne lui a jamais fermé son coeur non plus et le résident de Saint-Maurice en a eu la preuve en 2007, lorsqu'il y est retourné à titre de bénévole pour l'organisme communautaire Point de Rue. En compagnie de son fils Jean-Baptiste, le nouveau retraité s'y est de nouveau senti chez lui, entouré de Malgaches qui l'accueillent depuis le premier jour comme un fils d'adoption.

«Leurs valeurs sont proches des miennes: la solidarité, le travail de la terre, la simplicité, la bonne humeur...», énumère Léo Guilbert qui, de retour de son troisième et plus récent séjour à Madagascar, rêve déjà d'y retourner. Ce «vazaha» (étranger blanc) y a de nombreux amis qui sont à même de le guider dans les rues où les gens sont très pauvres, mais pas misérables, soutient-il avec la fierté d'un Malgache.

Le coopérant continue d'y enseigner le français et de s'y investir totalement en allant vers ceux qui vont vers lui.

«Monsieur Léo, vous qui vivez au Canada, pays riche, êtes-vous heureux?»

L'homme de Saint-Maurice a eu droit à cette question inattendue lors de son dernier passage à Madagascar. Elle lui a été posée par un jeune enseignant malgache tenté par l'accumulation de biens matériels auxquels il n'a pas accès.

«Je lui ai répondu que la richesse n'est pas une garantie de bonheur, que seule la personne qui partage ses ressources est riche. Les habitants des pays riches ne sont pas heureux à cause de leurs biens ou commodités, ça peut même être le contraire, car ils sont occupés et même préoccupés par leurs richesses qu'ils tentent sans cesse d'augmenter...»

Madagascar est extraordinaire pour ses plages, ses oiseaux, ses plantes et ses animaux uniques dans le monde, mais M. Guilbert ne s'y trouve pas pour jouer au touriste. Vous ne le verrez jamais en train de faire de la plongée sous-marine. Il n'est pas ici pour ça, mais pour se rendre utile envers une population qui en a bien besoin.

«Il faut être coopérant les uns envers les autres, qu'ils habitent proche ou loin. Si on a de l'argent et des talents, c'est pour les partager. Moi, je ne serais pas heureux si je ne le faisais pas», affirme l'idéaliste qui, en passant de la parole aux gestes, souhaite mettre en lumière un pays ensoleillé, mais trop souvent plongé dans l'ombre.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer