Écrire pour aider les réfugiés

Trifluvien d'adoption, Adis Simidzija est l'auteur du livre... (Stéphane Lessard)

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Trifluvien d'adoption, Adis Simidzija est l'auteur du livre Confessions d'un enfant du 21e siècle qu'il a écrit pour nourrir sa quête identitaire et aider la cause des enfants réfugiés.

Stéphane Lessard

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Tant et aussi longtemps qu'Adis Simidzija ne mentionne pas son nom ni l'endroit où il est né, on jurerait avoir affaire à un Québécois pure laine avec sa barbe tendance bûcheron, ses deux ou trois jurons bien sentis et son chandail en tricot rouge écarlate et flocons de neige.

Se disant parfaitement intégré, le jeune homme de 27 ans n'a pourtant pas l'impression d'être un Québécois, pas plus qu'il se présente comme un Bosnien sous prétexte qu'il mange des mets bosniaques. Adis se sent différent, un sentiment qu'il porte de moins en moins comme un fardeau sur ses épaules d'enfant réfugié devenu grand. 

L'étudiant en sociologie s'exprime avec éloquence. Chaque mot est pesé, analysé et vise à faire effet. Il aime les métaphores et ne s'en prive pas telle qu'en fait foi cette réflexion...

«Dans ma tête, c'est le bordel comme c'était le bordel en Bosnie-Herzégovine.» 

Adis avait 9 ans et quelques poussières lorsqu'il a fui un pays mis à feu et à sang pour prendre racine à Trois-Rivières, au printemps 1998. Dix-huit ans plus tard, le voilà attablé dans un café du centre-ville, un livre en main. Le sien. 

«Mon père est décédé en 1992, au début de la guerre», souligne Adis avant qu'on lui pose la question.   

Un jour, l'armée serbe est débarquée dans la ville de Mostar où vivaient Adis et les siens. Les femmes et les enfants ont été regroupés dans un centre communautaire pendant que les hommes étaient escortés jusque dans les montagnes où ils ont été froidement assassinés. 

C'est la dernière fois qu'Adis a vu son père. Il avait 3 ans, le même âge qu'Alan Kurdi, le bambin d'origine syrienne qui s'est noyé en septembre dernier alors que sa famille tentait d'échapper, elle aussi, aux atrocités d'une guerre civile. 

Pendant longtemps, Adis Simidzija a cru que sa vie commençait à 9 ans, à Trois-Rivières où il avait tout à apprendre. 

Élève de l'école primaire Saint-Philippe puis de l'école secondaire des Pionniers, Adis y a rencontré des gens qu'il qualifie d'extraordinaires.

«Je me souviens d'un prof qui m'a intégré dans sa troupe de théâtre. Il m'a pris sous son aile et m'a encouragé. Il a mis de son temps pour que j'arrive à bien parler et à bien écrire le français.»

Curieux, le garçon a plongé tête première dans sa nouvelle vie, en mettant de côté les questions identitaires qui ont fini par le rattraper dans la vingtaine comme une claque au visage. Qui était-il? D'où venait-il? Où était-il? 

Consciemment ou non, le jeune homme ne pouvait plus refuser ou refouler sa vie d'avant. Adis Simidzija avait existé avant l'âge de 9 ans. Pour savoir où aller, il devait maintenant savoir d'où il venait.

Le Trifluvien d'adoption vient de publier un livre à compte d'auteur, Confessions d'un enfant du 21e siècle, dans lequel il partage ses réflexions sur l'amour, son mal de vivre, l'espoir... Poète, Adis a couché sur papier cette particularité qui est sienne.

Sensible à la cause des enfants réfugiés, Adis Simidzija publie cet ouvrage dans le but d'amasser des fonds pour faciliter leur intégration scolaire. Le jeune homme est en contact avec des enseignants qui évalueront les besoins. 

Adis souhaite ainsi adoucir leur atterrissage d'urgence dans une société où on aurait tort de penser qu'une fois la langue du pays d'accueil maîtrisée, leur sort est scellé alors que tout reste à faire.

«Un réfugié qui arrive ici ne repart pas sa vie à zéro. Il la repart à moins 5000!», soutient le jeune homme en ayant une pensée pour sa mère qui, à son arrivée ici, était veuve, sans emploi et avec deux enfants tout aussi désemparés.

«Mon intégration, ce n'est rien considérant ce que ma mère a vécu, ce qu'elle a fait et à travers quoi elle est passée!», affirme Adis Simidzija en parlant avec admiration d'une femme qui a tout quitté pour assurer la sécurité et l'avenir de ses fils qui étaient et demeurent sa raison de vivre. 

La dame a notamment été aide-cuisinière dans un marché d'alimentation où Adis a lui-même travaillé. Pendant ses études secondaires, l'adolescent y besognait 35 heures par semaine afin de subvenir lui aussi au besoin de sa famille qui, à son tour, l'aide en ce moment à poursuivre ses études universitaires à Montréal.

Adis revient de loin et regarde loin devant lui. Vendu au coût de 15 $, son livre Confessions d'un enfant du 21e siècle est le fruit d'une correspondance qu'il a entretenue avec son amie Aurélie Cinq-Mars, une jeune Trifluvienne qui a signé les illustrations. L'ouvrage est disponible dans les succursales Coopsco de la région.

«Je voudrais en vendre 5000!», s'emballe Adis Simidzija qui a également fondé l'organisme à but non lucratif (et la page Facebook) «Des livres et des réfugiés-e-s», un nom annonciateur du rêve qu'il caresse.

Adis Simidzija souhaite convaincre des auteurs connus de partager, comme lui, leurs états d'âme. À travers ces personnalités venues d'ailleurs, le lecteur pourrait de nouveau prendre conscience des défis qui se présentent à ceux et celles qui aspirent à retrouver la paix intérieure.

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