Des pieds, des mains et du coeur

Podiatre diplômé de l'UQTR, le docteur Lounes Laoudi... (Isabelle Légaré)

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Podiatre diplômé de l'UQTR, le docteur Lounes Laoudi a rencontré Monsieur Beaudoin, un habitué de la Maison de Lauberivière.

Isabelle Légaré

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Au premier abord, Monsieur Beaudoin affiche un air renfrogné, mais les apparences sont trompeuses. Sous sa longue barbe épaisse apparaît une grande fragilité. Digne, l'homme aux mains robustes accepte de dénuder ses pieds malmenés pour les confier au podiatre qui le débarrassera de cette douleur incrustée.

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Étudiante de dernière année au doctorat du premier cycle en médecine podiatrique de l'UQTR, Marie-Philippe Mercier est l'initiatrice de la clinique communautaire à la Maison de Lauberivière.

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Des ongles incarnés, c'est comme l'itinérance. Ignoré, le problème s'infecte et s'aggrave. Y toucher, ça fait mal.

Cheveux grisonnants légèrement peignés sur le côté, Monsieur Tremblay se déchausse lui aussi volontiers. La chemise portée avec classe sous une veste de laine, l'homme de 74 ans sourit à pleines dents. Il vient de recevoir des semelles orthopédiques, un don du ciel pour celui qui n'a pas les moyens de se payer du confort à fort prix.

Avoir des pieds plats, c'est comme vivre dans la précarité. Ça use ses talons et son amour-propre. Mais en ce samedi après-midi du mois de janvier, Monsieur Tremblay enfile avec confiance ses bottes noires et brillantes comme un sou neuf. Les orthèses devraient le remettre en état de marcher.

Nous sommes à la Maison de Lauberivière, sur la rue Saint-Paul, dans le quartier Saint-Roch à Québec. Bien connu, l'endroit est un refuge pour les personnes sans-abri ou à risque de le devenir. On leur offre le gîte et le couvert, mais également une multitude de services favorisant leur réinsertion sociale.

Ce sont majoritairement des hommes dont la vie est une série d'échecs et de ruptures. Certains ont une adresse, d'autres pas. Seuls et en détresse, ils ont besoin d'aide, et ce, de la tête aux... pieds.

C'est ici qu'interviennent les étudiants en médecine podiatrique de l'Université du Québec à Trois-Rivières. Depuis le printemps 2015, à raison d'une fois par mois, des futurs podiatres se présentent à la Maison de Lauberivière pour prodiguer des soins à ceux dont les pieds constituent leur principal moyen de locomotion.

Dans la rue, on marche, peu importe les conditions météo et sanitaires. C'est encore plus vrai l'hiver, une saison propice aux engelures et aux complications entraînées par l'humidité emprisonnée dans des bottines de piètre qualité.

Finissante au doctorat de premier cycle en podiatrie, Marie-Philippe Mercier est à l'origine de ce projet du côté de Québec, sa ville natale. La jeune femme s'est inspirée d'Angelo Macaluso et de Stéphanie Bélanger, deux diplômés qui, avant elle, ont démarré une clinique communautaire pour les sans-abri de l'Accueil Bonneau, à Montréal.

Samedi dernier, Marie-Philippe Mercier était au poste à Lauberivière qui ouvre toutes grandes ses portes à la jeune femme de 24 ans et à son équipe. Jusqu'à huit étudiants peuvent y offrir leurs services entièrement gratuits sous la supervision de podiatres venus les épauler bénévolement.

Marie-Philippe Mercier, Stéphanie Bélanger et Chantale Labbé sont... (Isabelle Légaré) - image 2.0

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Marie-Philippe Mercier, Stéphanie Bélanger et Chantale Labbé sont respectivement étudiante en podiatrie, podiatre et infirmière.

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Pas à pas

La broue dans le toupet pour s'assurer que la quinzaine de patients inscrits soient tous rencontrés, Marie-Philippe Mercier se dit animée par un fort sentiment d'altruisme. C'est familial.

L'étudiante tient les rênes du service en compagnie de sa mère, Chantale Labbé. Cette dernière connaît bien les gens qui demandent à rencontrer des futurs podiatres. Infirmière clinicienne à la Maison de Lauberivière, Mme Labbé aime y revenir un samedi par mois pour le plaisir d'imiter sa fille qui donne au suivant.

Entre deux patients dont elle vérifie notamment la pression artérielle, Mme Labbé ne peut s'empêcher de répéter à quel point elle croit à l'importance de soigner les pieds, ces grands négligés, tout comme ces exclus qui tentent de se tirer d'un mauvais pas.

«Café? Muffins?» Rien n'a été négligé pour les faire patienter au chaud. La clinique podiatrique communautaire est victime de son succès. L'attente peut s'étirer sur une couple d'heures.

«On prend le temps qu'il faut», explique la docteure Stéphanie Bélanger, une jeune podiatre issue de l'UQTR qui vient régulièrement épauler Marie-Philippe Mercier et sa troupe.

À l'entendre, les étudiants au doctorat du premier cycle en médecine podiatrique ne se font pas prier pour prêter main-forte. Ils aiment aider et ont les moyens de le faire.

Stéphanie Bélanger parle d'une expérience humaine hors du commun. Les étudiants passent de la théorie à la pratique, mais plus encore, ces podiatres en devenir rencontrent une clientèle qu'ils ne croiseront probablement jamais en clinique privée.

La spécialiste affirme avoir beaucoup à apprendre auprès de personnes qui sont trop souvent victimes de préjugés. On lui raconte parfois comment la vie leur a fait perdre pied.

«En ayant un contact privilégié avec ces gens, je constate qu'ils sont comme tout le monde, mais qu'ils ont subi une série d'événements malheureux», dit-elle avant de retourner auprès de Monsieur Dufour.

Stéphanie Bélanger vient de lui détecter une jambe légèrement plus courte que l'autre, d'où ses maux de dos chroniques. Une orthèse moulée à son pied devrait améliorer le tout. Monsieur Dufour ne perd rien à essayer, lui qui songe sérieusement à effectuer un retour au boulot.

En sortant de la pièce, l'homme regaillardi ne peut s'empêcher d'exprimer toute sa reconnaissance envers la podiatre qui lui répond en souriant.

«Je commence l'année du bon pied!», lance-t-il, visiblement satisfait de l'efficacité de son jeu de mots et du bien-être qu'il s'apprête à retrouver dans ses souliers.

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