Le temps du deuil

Viviane Archambault accompagne depuis plus de 20 ans... (Sylvain Mayer)

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Viviane Archambault accompagne depuis plus de 20 ans les personnes endeuillées. Elle vient de publier Le deuil, au fil des saisons.

Sylvain Mayer

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Subite, prévisible, douce ou tragique, la mort n'épargne personne, incluant ceux qui restent. Ignorer sa peine, c'est mourir un peu aussi. Affronter le deuil, c'est choisir la vie.

Viviane Archambault propose une route menant à la guérison. Elle connaît cette sensation de déchirement provoquée par la perte d'un être cher.

Elle avait 37 ans lorsque sa mère est décédée. Complices, les deux femmes aimaient être ensemble pour le plaisir d'être ensemble. Le duo avait ses habitudes, comme cette sortie automnale dans la région des Laurentides.

Au décès de sa mère, Viviane Archambault, elle-même maman de trois enfants, a eu l'impression de perdre le fil. Sa grande amie n'était plus à ses côtés pour l'écouter raconter ses journées, rire avec elle, partager ses joies comme ses peines. 

Sa mère n'y était plus et n'y serait plus jamais... un mot qui résonne en écho, comme un passage à vide.

«C'était la première fois que je vivais un deuil. J'avais l'impression que mon énergie s'étiolait. J'étais terriblement souffrante. Je ne me reconnaissais plus. C'était tellement difficile. Je ne pensais jamais que ce serait aussi difficile...»

Face à cette douleur qui se pleure de l'intérieur, Viviane Archambault avait l'impression que personne ne pouvait vraiment l'aider à se relever. On ne savait pas quoi lui dire ou faire pour celle qui avait perdu sa mère et tous ses repères.

Viviane Archambault se sentait démunie, épuisée, abandonnée à son sort comme une maison dont la toiture aurait été arrachée par des vents d'une force insoupçonnée.

Si la dame raconte tout ça aujourd'hui, c'est parce que la vie s'est chargée de lui glisser un livre entre les mains, Aimer, perdre et grandir du regretté Jean Monbourquette. Prêtre et psychologue, il a laissé en héritage plusieurs ouvrages sur le deuil, dont le titre précité, traduit en une vingtaine de langues.

Les enseignements de Monbourquette ont favorisé le rétablissement de Mme Archambault. Elle découvrait qu'il existait une carte pour amorcer et terminer un voyage en terre inconnue.

«Je n'étais pas malade, je n'étais pas en dépression. J'étais une personne endeuillée. J'étais normale», raconte Viviane Archambault dans la chaleur de sa résidence, à Shawinigan, où son magnifique caniche royal ne la quitte jamais des yeux.

Publié à compte d'auteur, le guide de Viviane... - image 2.0

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Publié à compte d'auteur, le guide de Viviane Archambault est disponible chez Grand-Mère Nature et chez Copie Service, à Shawinigan, ainsi qu'à la librairie Poirier, à Trois-Rivières.

Au fil des saisons

Viviane Archambault vient de publier Le deuil au fil des saisons, un guide qui s'inspire des enseignements de Jean Monbourquette, mais aussi de ses propres expériences et réflexions sur la vie entourant la mort.

Mme Archambault a étudié dans les domaines de la psychologie, de la gérontologie et en animation de groupe. Depuis plus de vingt ans, elle accompagne des personnes endeuillées, donne des conférences et anime des ateliers. Ces dernières années, la résidente de Shawinigan est devenue une personne ressource pour Leucan, notamment auprès des parents affectés par le décès d'un enfant.

Dans le confort de son bureau aménagé au sous-sol de sa demeure, Viviane Archambeault reçoit des hommes et des femmes dont le deuil n'est pas uniquement relié à un décès. Il peut être provoqué par un divorce, un déménagement, une perte d'emploi, une maladie... Les causes sont nombreuses, mais ont toutes la peine et la souffrance en commun. Ça fait mal, très mal.

«Une blessure du coeur, ça se soigne comme une blessure physique. Il faut s'accorder du temps pour guérir», affirme Viviane Archambault qui parle en connaissance de cause. 

«On termine rarement son deuil avant la première année du décès», souligne celle qui utilise la symbolique des saisons pour illustrer les hauts et les bas ressentis durant chacune des étapes du deuil. 

L'auteure donne des exemples de ce que ressent la personne, énumère ses besoins et explique ce qu'il faut comprendre des nombreuses et différentes réactions associées au deuil. Elle compare la guérison à une plaie qui se cicatrise peu à peu au fil des mois. Les souvenirs demeurent, mais ne font plus perdre l'équilibre. 

«Ils nous ramèneront plutôt vers de tendres et douces émotions, en nous faisant reconnaître le bonheur d'avoir vécu une belle histoire d'amour avec l'être cher», écrit-elle.

Aussi pénible soit-il, le deuil est incontournable pour se réapproprier sa vie après la mort d'une personne aimée. Il faut prendre le temps, chose qu'on ne fait plus, ou presque. Il est possible de surmonter le deuil, pourvu qu'on se permette d'y plonger.

«Avant, les gens portaient le noir durant la période de deuil. Ils affichaient leurs blessures et se donnaient la permission de recevoir l'aide des autres», rappelle Viviane Archambault qui se désole de constater qu'à notre époque, les personnes endeuillées reprennent rapidement le travail et leur routine, comme si tout était réglé en sortant du salon funéraire ou en quittant le cimetière.

C'est rarement le cas. L'intervenante en a pour preuve les confidences qu'on lui fait dans son bureau. Les gens sont stressés, anxieux, se sentent bousculés par le quotidien, ont du mal à prendre des décisions... Ils ne se comprennent plus.

«On veut gérer nos deuils comme on gère sa vie en général, rapidement, en refusant de faire des pauses, de s'accorder le droit de souffrir», se désole Viviane Archambault.

Par cet ouvrage, elle espère aider le plus de gens possible à se reconstruire malgré l'absence, à sentir de nouveau la vie en eux et autour d'eux.

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