Noël sans Sacha, Iarek et Naomie

Boris Kourbatoff et Johanne Ducharme montrent des photos... (François Gervais)

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Boris Kourbatoff et Johanne Ducharme montrent des photos de la petite famille. Difficile de rester insensible devant les visages de Naomie, Iarek et Sacha.

François Gervais

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Saint-Alexis-des-Monts) Chaque soir depuis cette terrible nuit du 15 octobre, Johanne Ducharme sort à l'extérieur de sa maison. Seule sur son perron, la femme de Saint-Alexis-des-Monts allume trois bougies qu'elle éteint seulement au moment d'aller dormir.

Dans la nuit du 15 octobre, un incendie... (Stéphane Lessard) - image 1.0

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Dans la nuit du 15 octobre, un incendie a ravagé la résidence de Sacha Kourbatoff. L'homme de 40 ans et ses deux enfants, Iarek, 7 ans, et Naomie, 6 ans, ont perdu la vie dans ce terrible drame.

Stéphane Lessard

Johanne Ducharme s'abandonne à cette première confidence alors qu'aucune question n'a encore été posée, que la conversation n'est pas vraiment entamée.

Le dos tourné, elle parle tout en se préparant un café. Ses gestes sont routiniers, un soupçon apaisants, tout le contraire de son existence depuis qu'un incendie a ravagé la maison voisine de la sienne, sur la rue Notre-Dame.

«Mourir par le feu est quelque chose d'horrible. Je pense que c'est la pire mort...»

Boris Kourbatoff s'exprime d'une voix faible et basse. S'excusant presque, il explique n'avoir pas beaucoup dormi la veille comme c'est souvent le cas depuis cette effroyable nuit du 15 octobre.

De la fenêtre de leur chambre à coucher, l'homme et son épouse ont vu les flammes embraser la résidence située à quelques mètres de la leur. C'est ici que vivaient et ont péri leur fils Sacha Kourbatoff, 40 ans, et leurs petits-enfants, Iarek, 7 ans, et Naomie, 6 ans.

Johanne Ducharme montre une photo de la petite famille. Difficile de rester insensible devant les visages rieurs du garçon et de la fillette cramponnés au cou de leur père visiblement conscient et heureux de son bonheur.

«Ils ont vécu comme ça, avec plein d'amour, et sont partis ensemble, avec plein d'amour aussi. Ils formaient un trio inséparable», souligne-t-elle avant de remettre précieusement le portrait dans son cadre.

Père monoparental longtemps établi à Montréal et dans la région de l'Outaouais, Sacha habitait la Mauricie depuis 2012. Il s'était installé à Saint-Alexis-des-Monts, tout près de ses parents qui l'aidaient à concilier ses responsabilités familiales et son travail de serveur à la pourvoirie du lac Blanc et, plus récemment, à l'Auberge du lac à l'Eau claire.

Ses moments de temps libre étaient consacrés à ses enfants qui, chaque jour ou presque, se présentaient à la porte de grand-papa et grand-maman pour leur dire bonjour, cuisiner des muffins, partager un petit chagrin, réclamer un câlin...

Quelques heures avant l'incendie, Sacha et les enfants étaient justement attablés dans la cuisine de Boris Kourbatoff et de Johanne Ducharme. La bonne humeur s'était une fois de plus invitée à ce souper improvisé que Sacha avait lui-même concocté. Personne n'aurait pu imaginer qu'il s'agissait du dernier.

Le couple a été réveillé en pleine nuit par des voisins qui ont fracassé une vitre pour les aviser de sortir d'urgence. Johanne Ducharme a eu le temps d'apercevoir les flammes qui sortaient violemment du toit de la maison d'à côté, celle où devaient dormir, jusqu'à preuve du contraire, Sacha, Iarek et Naomie.

Dans sa course folle pour quitter sa résidence menacée par le brasier, elle a espéré que son fils et les enfants ouvriraient, sains et saufs, la porte de jardin qu'ils avaient l'habitude d'emprunter pour lui rendre visite.

«Ils sont à l'intérieur et c'est fini...»

C'est ce que Mme Ducharme s'est dit une fois dans la rue pour assister, impuissante, à un cauchemar qui la réveille encore la nuit.

«Tout s'est passé très vite. Le temps que les pompiers s'installent et les flammes avaient eu le temps de se propager», raconte Boris Kourbatoff tout en répétant à quel point lui manquent Sacha, Iarek et Naomie.

Quelques mois plus tôt, à la fin juillet, ces derniers avaient été brusquement tirés du sommeil, alors qu'un incendie s'était déclaré en pleine nuit dans un immeuble locatif sur la rue Notre-Dame, juste en face de leur maison.

Les petits s'étaient retrouvés chez leurs grands-parents qui les avaient aussitôt rassurés. Iarek était particulièrement ébranlé par la scène. Le garçon qui aimait jouer aux espions avec sa soeur avait eu très peur en voyant le reflet des flammes dans la fenêtre de sa chambre plongée dans le noir.

Iarek aurait eu 8 ans le 23 octobre, Sacha, 41 ans le 15 novembre et Naomie, 7 ans ce 23 décembre. L'automne était une saison festive dans la famille Kourbatoff qui entretient aujourd'hui l'espoir que le trio veille sur elle.

Chaque matin depuis cette triste nuit du 15 octobre, Boris Kourbatoff se recueille devant une croix en bois qu'un ami de Sacha a fait fabriquer par un artisan, croix sur laquelle sont inscrits les prénoms du papa et de ses deux enfants.

«Je leur dis: «Bonjour mon grand Sacha, ma princesse Naomie et mon prince Iarek. Soyez aimables de nous protéger du haut du ciel. Nous vous aimons.»

Un «arbre à toutous» a pris forme dans... (François Gervais) - image 2.0

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Un «arbre à toutous» a pris forme dans les heures qui ont suivi la tragédie. Boris Kourbatoff et Johanne Ducharme ont bien l'intention de le laisser sur place tout l'hiver.

François Gervais

L'arbre à toutous

Iarek et Naomie adoreraient l'arbre que leur grand-maman a transformé devant sa maison. Ils riraient aux éclats en apercevant tous ces peluches accrochées aux branches comme des boules de Noël.

Johanne Ducharme l'a baptisé son «arbre à toutous». Il a pris forme dans les heures qui ont suivi la tragédie, au fur et à mesure que des amis et compagnons de classe de ses petits-enfants sont venus déposer sur son terrain ce qu'ils possédaient de plus doux et réconfortant.

Émue, Johanne Ducharme ne s'est pas arrêtée à compter tous ces animaux et personnages amusants qui symbolisent l'élan de compassion de la communauté de Saint-Alexis-des-Monts. On dirait un arbre couvert de bourgeons. Des toutous, il y en a de toutes les couleurs et de toutes les grandeurs.

Au début, la mère et grand-maman éprouvée prenait le temps d'accrocher un à un les oursons, chatons, poupées et même une armure de Captain America qui ont été offerts à la mémoire de Iarek et de Naomie.

Matin, midi et soir, des toutous sont apparus devant la fenêtre du salon. Johanne Ducharme sortait chaque fois pour les récupérer et garnir l'arbre que des passants se plaisent aujourd'hui à photographier.

«C'était naturel pour moi de les recueillir. C'était comme prendre un enfant et l'asseoir à sa place», illustre-t-elle avant de mentionner que les toutous ont été solidement attachés pour résister à l'hiver.

«Ils vont rester-là le temps qu'il faut, jusqu'à ce qu'ils tombent comme des pommes...», soutient Mme Ducharme qui a laissé des petits et grands accrocher eux-mêmes leurs nounours rendant hommage à Iarek et Naomie.

Des amis et collègues de Sacha se sont également recueillis autour de l'arbre. Reconnaissante, Johanne Ducharme estime que ces gestes de rituel peuvent faire du bien à défaut de donner un sens au malheur qui s'est abattu sur sa famille.

Tous ces toutous qui se balancent sous ses yeux sont l'expression d'une vague d'amour.

«C'est curatif. Dans l'horreur, il y a toujours quelque chose de beau qui ressort...», s'accroche-t-elle à son tour.

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