Martin Dusseault, le dragon des Dragons

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Trifluvien d'origine, Martin Dusseault est un entraîneur et un travailleur social hors du commun. Il est l'initiateur du programme «Bien dans mes baskets», un programme d'intervention qui fait la fierté de l'école secondaire Jeanne-Mance, à Montréal.

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Les protégés de Martin Dusseault portent bien leur nom, les Dragons. À l'image de la créature mythique, Rolly, Élie, James et leurs coéquipiers luttent contre les difficultés qui se dressent devant eux à l'école, mais aussi dans la rue où ils pourraient facilement basculer dans la délinquance.

Le Trifluvien d'origine est à la tête d'une équipe de basket pas comme les autres. Martin Dusseault est un travailleur social et un entraîneur seul de son espèce. Le gars s'érige en gardien du château. Auprès de lui, les dragons apprennent à déployer leurs ailes plutôt qu'à sortir les griffes.

Dans l'histoire qui le concerne, la forteresse est l'école secondaire Jeanne-Mance, sur la rue des Bordeaux, à Montréal.

Situé en plein coeur du Plateau Mont-Royal, l'édifice gris béton paraît un peu terne à l'intersection de rues verdoyantes. Les parents du secteur recherché pour sa vie de quartier hésitent à y inscrire leurs enfants. La majorité des quelque 950 élèves proviennent de l'extérieur de l'arrondissement, notamment du Centre-Sud de la métropole où la population est grandement défavorisée, pour ne pas dire fragilisée.

On dénombre une quarantaine d'ethnies à l'école secondaire Jeanne-Mance. Près de la moitié des adolescents qui la fréquentent ont une cote EHDAA pour «élève handicapé ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage».

Le taux de décrochage est élevé. Au palmarès des écoles secondaires, Jeanne-Mance se classe parmi les dernières au Québec.

Il serait toutefois injuste de s'en tenir à ce sombre portrait. Chaque jour s'y présentent des gens dévoués qui font ce qu'ils peuvent avec des élèves qui, eux, font de leur mieux pour surmonter les obstacles qui jalonnent leur quotidien.

Martin Dusseault est le premier à leur tendre la main. Il est le dragon des Dragons. Ses propos s'enflamment dès qu'il est question de l'école secondaire Jeanne-Mance et du programme «Bien dans mes baskets» qu'il a mis sur pied.

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Martin Dusseault est l'entraîneur de l'équipe juvénile masculine élite de l'école secondaire Jeanne-Mance, une équipe qui cumule toutes sortes de victoires.

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Homme de coeur et d'action

Affrontements interraciaux, graffitis, violence, consommation de drogues... L'ambiance des lieux n'était pas de tout repos lorsque Martin Dusseault y a fait son entrée, il y a une quinzaine d'années. À 15 h 30, les élèves devaient quitter l'école sous l'oeil d'agents de sécurité. Les activités parascolaires étaient inexistantes. Les équipes sportives aussi.

Lorsque Martin Dusseault se pointait dans la cour de récréation pour jouer au basket avec des jeunes qui tardaient à rentrer chez eux, des collègues le mettaient en garde contre les conflits susceptibles d'éclater durant cette joute improvisée.

Martin Dusseault aurait pu les écouter et retourner s'asseoir derrière son bureau d'intervenant. Il a plutôt continuer de lancer au panier. La pratique sportive s'était avérée une formule gagnante à l'époque où le Trifluvien était un adolescent rebelle qui usait ses pantalons sur les bancs du Séminaire Saint-Joseph. Il ne pouvait pas en être autrement pour les élèves de Jeanne-Mance.

Patient et à l'écoute, le travailleur social a, peu à peu, créé des liens significatifs avec des jeunes à risque de décrocher de l'école et de la société. Il faut dire que Martin avait une autre carte dans sa manche. Tout aussi passionné qu'eux de basketball, il est franchement doué avec un ballon.

À force de persévérance, l'intervenant qui ramait à contre-courant aux yeux de ses collègues et employeurs a réussi à faire la preuve que son approche pouvait faire une différence dans la vie des élèves de Jeanne-Mance.

Une première équipe de basket a vu le jour. D'autres ont suivi. Les Dragons sont nés et, du même souffle, le programme «Bien dans mes baskets» qui se veut un outil d'intervention et de prévention auprès d'adolescents aux prises avec diverses problématiques scolaires, familiales et sociales.

Il n'y a rien de gagné d'avance avec les Dragons. Une fois l'entraînement terminé, les tentations sont nombreuses dans les rues de Montréal. Les mauvaises influences aussi. Chaque jour, ils doivent s'en éloigner pour se rapprocher du but qu'ils se sont fixé individuellement et collectivement.

Martin Dusseault leur enseigne à se mobiliser pour garder le contrôle du jeu et du reste. À travers le basket, ces jeunes qui ont longtemps été condamnés à l'échec apprennent à se faire confiance, à avoir une meilleure estime d'eux-mêmes, à prendre leur place, à goûter à la réussite et, par-dessus tout, à rêver.

Les Dragons de Jeanne-Mance ambitionnent de jouer dans la NBA, de devenir policier, comptable, professeur, etc. Ils savent que c'est possible. Sur les murs du corridor menant au gymnase, on y voit des photos d'anciens joueurs qui poursuivent leurs études au collège et à l'université, qui font carrière ou qui performent au sein d'équipes professionnelles, notamment en Europe.

Le soir de Noël, il n'est pas rare que le cellulaire de Martin Dusseault sonne occupé. Des diplômés de Jeanne-Mance l'appellent pour lui donner de leurs nouvelles, pour le remercier surtout.

«Je fais maintenant partie de leur vie», constate le Trifluvien avec gratitude. «Ces jeunes m'apportent tellement...», dit-il simplement avant d'aller rejoindre ses Dragons qui ne l'ont pas attendu pour mettre le ballon dans le panier.

Le gars de la «Petite Pologne»

Âgé de 43 ans, Martin Dusseault a grandi sur la rue Williams, dans un des premiers quartiers de Trois-Rivières, celui qu'on a longtemps surnommé la «Petite Pologne».

Ce n'était pas le coin le mieux nanti de la ville, ni le plus tranquille. Martin ne s'en cache pas, pour défendre son point de vue, il a déjà montré les poings.

À l'aube de son entrée au secondaire, le fils de Roger Dusseault, un ouvrier de la construction, et d'Anne-Marie Marcotte, une infirmière de nuit, n'avait pas du tout envie de fréquenter le Séminaire Saint-Joseph, une maison d'enseignement privé où, maugréait le garçon, il allait être le seul de sa gang.

Ses parents ont tenu leur bout. Ses études seraient un héritage inestimable, disaient-ils.

Martin Dusseault leur donne raison. «Le séminaire a forgé ce que je suis devenu», souligne le papa de deux fillettes en racontant que son passage dans l'établissement de la rue Laviolette lui a ouvert les portes du cégep et de l'université, une option qu'il n'aurait pas osé envisager sinon.

C'est également sur les terrains de football et de basketball du STR que l'adolescent a appris à canaliser son énergie et à s'entourer de coéquipiers qui sont devenus comme des frères.

Respecté, le jeune gaillard faisait le pont entre deux mondes de prime abord irréconciliables: ses amis de l'école privée et les chums du quartier pour lequel Martin Dusseault ressent toujours un grand sentiment d'appartenance.

Établi dans la région des Basses-Laurentides, M. Dusseault a acheté il y a quelques années la maison de la rue Williams dans laquelle résident toujours ses parents vieillissants.

«Le quartier a changé. Il est plus beau qu'avant, mais je peux toujours y déceler des maux sociaux», laisse-t-il entendre tout en demeurant très fier de ses origines.

Son enfance et son adolescence entre la «Petite Pologue» et le Séminaire de Trois-Rivières lui ont permis de devenir ce qu'il est aujourd'hui. Martin Dusseault est un travailleur social reconnu à l'échelle internationale et un coach de basket de haut niveau, un homme dont l'unique but est d'aider des jeunes à se définir comme lui-même a réussi à le faire.

Martin Dusseault a grandi à Trois-Rivières, sur la... (La Presse) - image 6.0

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Martin Dusseault a grandi à Trois-Rivières, sur la rue Williams. Fier diplômé du Séminaire Saint-Joseph, M. Dusseault a également fréquenté le Cégep de Trois-Rivières. Le joueur de basket a le logo des Diablos tatoué sur le coeur.

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Des prix et un documentaire

Depuis son implantation, le programme «Bien dans mes baskets» reçoit de nombreux prix de reconnaissance en plus de susciter l'attention des milieux scolaires et communautaires, et ce, tant au Québec qu'à l'étranger.

Au fil des années, l'initiateur du projet, Martin Dusseault, s'est entouré d'une équipe formée de bénévoles et d'intervenants-entraîneurs. Avec les Dragons, ils font la fierté de l'école secondaire Jeanne-Mance. En ce moment, le programme BDMB réunit quelque 115 élèves-athlètes de 1ere à 5e secondaire, des garçons et des filles à qui on enseigne à croire en eux.

Le rayonnement du programme dépasse les frontières. Martin Dusseault est appelé à donner des conférences un peu partout dans le monde. On lui attribue la réussite de jeunes qui se destinaient à la rue.

Réalisé par Robert Cornellier, un documentaire a été consacré au travail de Martin Dusseault auprès des élèves de l'école secondaire Jeanne-Mance. Intitulé Martin et les Dragons, le film sera présenté à la Grande bibliothèque de Montréal, le lundi 30 novembre.

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