Elle danse avec les yeux

Priscilla Simard danse au chevet de personnes malades.... (Olivier Croteau)

Agrandir

Priscilla Simard danse au chevet de personnes malades. L'espace de quelques minutes, la jeune femme arrive à capter leur attention, à les faire sourire et à valser avec leur coeur.

Olivier Croteau

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Jeudi, 14 h, au Centre d'hébergement Cooke, à Trois-Rivières. Les préposés vaquent à leurs occupations auprès de résidents qui ne réalisent pas tous que nous sommes jeudi et qu'il est 14 heures.

Ces hommes et ces femmes sont, pour la plupart, confinés au lit ou à un fauteuil roulant. Certains sont désorientés dans le temps et l'espace. Jeudi ou dimanche, c'est du pareil au même, et ce qu'ils connaissent de leur lieu de résidence, c'est la couleur des murs de leur chambre.

Priscilla Simard fait quelques étirements pour échauffer tranquillement ses muscles tout en observant du coin de l'oeil la demi-douzaine de personnes qu'on a réunies expressément pour elle dans une salle. 

Sauf exception, ces spectateurs la fixent d'un air absent, mais la jeune femme ne s'en offusque pas. Elle est venue ici pour les inviter à entrer dans la danse, à une sorte de pas de deux silencieux où les partenaires se rencontrent avec les yeux. 

Originaire de Nicolet, Priscilla Simard, 30 ans, se présente comme une artiste du théâtre et de la danse, chose qu'elle fait, dans ce cas plus précis, depuis l'âge de 7 ans. 

En 2013, Mme Simard a fondé avec Marie-Noëlle Goy «Le papillon blanc», un organisme qui accompagne les personnes malades, vieillissantes et en perte d'autonomie. Elles utilisent la danse pour faire corps et coeur avec l'autre, des gens qui acceptent de se laisser apprivoiser par une poésie muette qui les change de leurs remèdes contre ceci ou pour cela. 

Le papillon blanc leur propose l'effet apaisant, joyeux, énergique même de la danse. 

Il y a deux ans, Priscilla Simard vivait et travaillait à Québec. Elle était aussi bénévole dans un centre d'hébergement de soins de longue durée (CHSLD). C'est ici que la femme, mais aussi l'artiste, a eu un immense coup de coeur pour des résidents dont le besoin de communiquer demeure malgré leurs difficultés à trouver et à dire les mots.

«J'ai été fascinée par la force de leur langage non verbal. Leur sensibilité m'interpellait beaucoup. Ce sont des personnes très touchantes, qui sont à la fin de leur vie», souligne Priscilla Simard dont la démarche artistique a été librement inspirée de celle de Sylvain Groud, un chorégraphe français qui danse depuis dix ans en milieu hospitalier, notamment à Rouen.  

Priscilla Simard se souvient de la première fois qu'elle s'est présentée dans un CHSLD de Québec. La jeune femme était nerveuse, ne sachant pas comment elle allait être reçue par des résidents dont la mémoire a trop souvent oublié qu'ils ont déjà aimé danser. «Ça a été un moment extraordinaire. Je n'en suis pas revenue à quel point ils m'ont accueillie. Je les ai vus en vie!», raconte la jeune femme avec émotion.

Lorsque Priscilla s'exécute, il n'y a aucune musique. Tous ses mouvements se font dans le silence le plus complet, ou presque.

Elle se présente sur les étages de la résidence, débute sa chorégraphie dans le corridor avant de la poursuivre dans les chambres où les patients acceptent  de la laisser entrer. 

Ses mouvements improvisés se font tout en douceur. Hommes et femmes lui rendent souvent son sourire apaisant. Certains lui offrent également la main, brisant ainsi l'isolement dans lequel la maladie les a trop souvent coupés des autres, y compris de leurs proches. «Quand je commence une danse, je ne dois pas avoir d'attentes. Je dois m'adapter. Je dois respecter le rythme et le vocabulaire de chacun», explique Priscilla Simard. 

En l'espace de quelques minutes, elle peut danser pour une femme atteinte d'Alzheimer qui murmurera «C'est beau» en applaudissant de bonheur pour ensuite se retrouver devant un homme confus qui ne peut s'empêcher de crier.

À l'écoute et enracinée dans le moment présent, Priscilla Simard ne s'impose pas. Elle danse sans musique, costume ou accessoire. Ses pas sont uniquement dictés par l'instinct et l'humilité. 

Priscilla Simard coordonne les actions du Papillon blanc (http://lepapillonblanc.org/) en Mauricie et au Centre-du-Québec. C'est à la résidence Cooke qu'elle a fait ses premiers pas, plus particulièrement auprès des personnes dont l'état de santé leur permet difficilement de participer aux activités offertes à l'ensemble des résidents. 

Responsable des loisirs, Michèle Auger est chaque fois fascinée par la capacité de Mme Simard d'entrer en contact avec des personnes qui ont perdu la capacité de parler, de se souvenir aussi de qui elles sont. «La danse déclenche en elles un sentiment heureux», constate Mme Auger avec ravissement avant de faire remarquer que rares sont les visiteurs qui, comme Priscilla Simard, prennent la main des gens, et ce, simplement pour leur prendre la main.

Nous sommes jeudi, il est un peu plus de 14 heures et dans cette salle du centre d'hébergement, des regards se sont avivés, guidés par celle qui est venue danser pour eux et avec eux.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer