Une cigale dans la tête

Linda Brunet a dû apprendre à vivre avec... (Olivier Croteau)

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Linda Brunet a dû apprendre à vivre avec les acouphènes et l'hyperacousie.

Olivier Croteau

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Ça a commencé par des clochettes. Leur tintement a rapidement été suivi par le tintamarre des klaxons. Le sifflement des cigales a pris la relève et s'est installé pour de bon.

«Tu sais, quand les oreilles te sillent et que tu te dis que quelqu'un, quelque part, est en train de parler de toi. Moi, c'était du matin au soir. Le Tout-Trois-Rivières parlait de moi!»

Linda Brunet a le sens de l'humour. Et l'oreille bruyante. La Trifluvienne souffre d'acouphènes, des sons qu'elle est la seule à entendre et dont elle se passerait volontiers. Ils n'ont rien d'harmonieux, contrairement à cette musique qui nous enveloppe dès que nous entrons dans sa maison sur le bord du fleuve.

Ces mélodies servent à masquer les bourdonnements avec lesquels Mme Brunet doit maintenant composer.

Toute cette cacophonie a débuté en 2012. Conseillère chez Desjardins sécurité financière, à Trois-Rivières, Mme Brunet s'est mise à ressentir des étourdissements. Ces sensations de vertige se produisaient de plus en plus souvent, en plus de perdurer.

«Quand je marchais, c'est comme si j'étais toujours en état d'ébriété», décrit Linda Brunet qui s'est décidée à consulter son médecin après avoir perdu conscience à deux reprises.

Un test de résonance magnétique a confirmé la présence d'un neurinome acoustique, une tumeur bénigne cérébrale qui affecte le conduit interne de l'oreille.

De neurologue à neurochirurgien, la Trifluvienne s'est retrouvée au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke pour y recevoir des traitements par Gamma Knife, une technique qui consiste à se faire visser sur la tête un casque muni de trous. La radiation est dirigée précisément sur la cible à traiter.

Mme Brunet précise que la tumeur a cessé de grossir, mais n'est pas disparue complètement. Elle est inoffensive, mais toujours là, comme le sifflement dans l'oreille droite qui est apparu par la suite.

L'acouphène n'est pas une maladie, mais le symptôme d'une multitude de causes allant d'un problème de santé sous-jacent à un traumatisme (une explosion) en passant par une musique trop forte écoutée à longueur de journée.

Sur ce, Linda Brunet se permet de mettre les jeunes en garde contre les écouteurs qu'ils ont en permanence, ou presque, sur les oreilles. Ils pourraient se retrouver, eux aussi, avec un son fantôme dans la tête, un bruit dit «parasite» avec lequel la dame a appris à vivre... pourvu qu'elle ne se réveille pas au beau milieu de la nuit plongée dans le silence.

«Les acouphènes, faut faire avec... Je m'occupe l'esprit et je les oublie un peu. Mon ORL (oto-rhino-laryngologiste) m'a déjà dit que même en coupant le nerf auditif, je continuerais d'en avoir», explique Mme Brunet qui porte d'ailleurs des prothèses auditives en raison d'une surdité sévère du côté droit et légère, à gauche.

Hyperacousie

Linda Brunet n'était pas au bout de ses peines avec l'acouphène. L'hyperacousie - qui se caractérise par un seuil de tolérance anormalement bas aux sons du quotidien - s'est aussi mise de la partie. La Trifluvienne a l'oreille sensible, hyper sensible même.

Les réactions varient d'un individu à l'autre, mais tous ces bruits familiers (aboiements, sonnerie du téléphone, tondeuse, etc.) auxquels on ne prête guère attention peuvent littéralement agresser la personne qui souffre d'hyperacousie.

Linda Brunet était dans un resto lorsque, prise de nausées, elle a éclaté en sanglots alors que ses copines la connaissaient davantage pour son rire communicatif. Tout ce bruit ambiant, c'en était trop pour cette femme qui avait juste envie de mettre ses oreilles et sa tête sur pause.

Il n'est pas rare que l'hyperacousie se manifeste chez les personnes déjà aux prises avec des problèmes d'acouphènes. Pour Linda Brunet, l'hyperacousie, plus que les acouphènes, dérange ses habitudes de vie. La femme ne supporte pas le tapage des assiettes qui s'entrechoquent en vidant le lave-vaisselle. Au besoin, elle met des bouchons.

Linda Brunet n'a jamais pu reprendre ses fonctions chez Desjardins. Son travail consistait notamment à faire des présentations en public. La Trifluvienne ne fréquente plus non plus les salles de spectacle, elle qui a grandi entourée d'artistes. On n'a qu'à penser à sa soeur, la chanteuse Manon Brunet.

Fille de famille, Linda Brunet a toujours aimé accueillir les siens à la maison. Elle doit aujourd'hui se retirer de la fête si tout le monde se met à parler et à rire en même temps. Tous ces sons aigus résonnent en écho dans sa tête.

Mme Brunet refuse de s'apitoyer sur son sort. Chaque jour, elle se compare et se console. «Il y a des gens atteints du cancer qui changeraient de place avec moi, qui vivraient avec des acouphènes et l'hyperacousie», soutient la femme qui s'estime chanceuse.

La tumeur à l'origine de son oreille bruyante était bénigne. La cigale peut continuer de siffler.

Les acouphènes

Au Québec, environ 900 000 personnes souffrent d'acouphènes. Pour 10 % d'entre elles, le problème est sévère.

Les acouphènes peuvent être entendus dans une oreille (unilatéral), dans les deux oreilles (bilatéral) ou de façon diffuse dans toute la tête (central). Ils peuvent être continus ou intermittents, faibles ou forts, associés ou non à une perte auditive.

Les acouphènes peuvent ressembler soit à un seul son, à un bruit, à une pulsation, à un « hum », à des cliquetis, des craquements, des bruits complexes ou même à une combinaison de toutes ces possibilités.

Source: Acouphènes Québec, organisme d'entraide pour les personnes souffrant d'acouphènes

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