Aller droit au coeur

Le 1er novembre prochain, Ghislaine Giroux célébrera son... (Photo: Olivier Croteau)

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Le 1er novembre prochain, Ghislaine Giroux célébrera son 70e anniversaire de naissance et son 25e anniversaire de renaissance.

Photo: Olivier Croteau

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Ghislaine Giroux est une femme de promesse. Et de coeur. Elle est toujours là, déjouant le pronostic reçu au lendemain de sa greffe cardiaque, le 1er novembre 1990, le jour même de son anniversaire. Les médecins lui donnaient une année, au mieux, cinq ans. Vingt-cinq années plus tard, la Trifluvienne aux yeux pétillants ne vieillit pas, ou si peu.

On se connaît depuis dix ans, Madame Giroux et moi. Lors de notre premier rendez-vous, la Trifluvienne était une adolescente qui avait l'esprit à la fête. Elle célébrait son quinzième anniversaire de (re)naissance avec un coeur reçu in extremis pour ses 45 ans. On s'est revues il y a cinq ans, pour ses 65 ans avec un coeur de vingt ans, un âge où tous les rêves sont permis. Puis, cette semaine, pour souligner ses 70 ans et le quart de siècle de fidélité d'un coeur qu'elle a fait sien à la seconde où il s'est mis à battre pour elle.

Souffrant d'insuffisance très sévère, Ghislaine Giroux a subi une transplantation cardiaque il y a25 ans. C'était ça où la mort. À seulement 45 ans. L'appel inespéré est venu de l'Institut de cardiologie de Montréal. La Trifluvienne n'aurait jamais dû le savoir à l'époque, mais ce coeur dont elle a hérité était celui d'une jeune femme de 18 ans décédée dans un accident de voiture.

«Ce coeur est à moi, mais la petite fille, je ne l'oublie pas. Elle est toujours dans mes prières. Elle m'a donné la vie», soutient Mme Giroux qui aurait aimé rencontrer ses parents, mais n'a pas cherché à les retrouver par respect pour le drame qui les a secoués.

Depuis vingt-cinq ans, Ghislaine Giroux n'a jamais renié le fait qu'elle vivait sur du temps emprunté. Ce n'était pas une raison cependant pour qu'un médecin le lui rappelle sans détours comme ce fut le cas, il y a quelques années, peu de temps après notre dernière rencontre.

«On ne peut plus rien faire pour vous. Vous êtes bouchée de partout. On ne vous touche plus. Comment de temps vivrez-vous encore? On ne le sait pas!», lui a-t-il balancé avant de tourner les talons. Qu'on se le dise, ce n'est pas parce que tu soignes des coeurs que tu en as nécessairement un...

Sous le choc, Mme Giroux n'en dormait plus la nuit, craignant de ne plus jamais se réveiller. Elle en a fait une dépression jusqu'à ce que la dame réalise qu'elle n'avait pas à écouter quelqu'un qui lui avait dit aussi durement d'attendre son dernier souffle. Son coeur, lui, n'avait pas encore dit son dernier mot.

«Ça suffit! Tu te reprends en main. Tu vas faire ce que tu as à faire, rire et écouter de la musique!», s'est prescrit Ghislaine Giroux qui a trouvé sur son téléviseur une chaîne qui diffuse des chansons de Charles Aznavour, de Dean Edwards et des autres. Bref, des vieilles tounes, ajoute-t-elle en riant, qui la font danser un peu.

Mais la vie ne l'entend pas toujours ainsi. Il y a un peu plus d'un an, Mme Giroux a failli mourir d'un arrêt cardiaque. La femme s'est effondrée alors qu'elle se trouvait dans un magasin à un dollar en compagnie de son amie Fernande qui s'est heureusement souvenue que Mme Giroux lui avait dit que son «pacemaker était passé date» et qu'on tardait, de mois en mois, à le remplacer. Non, un stimulateur cardiaque n'est pas éternel et c'est encore plus vrai lorsqu'il contrôle le rythme et les battements d'un coeur greffé.

Transportée d'urgence à l'hôpital de Trois-Rivières, Ghislaine Giroux est revenue à la vie entre les mains des ambulanciers et du cardiologue Alain Raymond qu'elle tient à remercier chaleureusement. Mme Giroux est persuadée d'avoir croisé des anges ce jour-là.

«J'ai la foi et je m'en sers. Avec tout ce qui m'est arrivé, je ne peux pas être une non croyante. Impossible!»

Vingt-cinq ans après avoir reçu un nouveau coeur, Ghislaine Giroux se présente elle-même comme un spécimen rare.

«Je ne me laisse pas abattre. Je tasse les gens négatifs autour de moi même si c'est difficile parfois. Je ne m'en porte que mieux!», soutient Mme Giroux dont la santé demeure fragile, certes, mais elle est vivante. Et fière.

En racontant son histoire, elle souhaite convaincre ceux et celles qui hésitent encore à consentir au don d'organes. «Ça fait vingt-cinq ans que je vis!», persiste et signe Ghislaine Giroux avec reconnaissance pour les parents de la jeune femme qui ont accepté de faire don du coeur de leur fille.

Message reçu Madame Giroux. On se revoit dans cinq ans!

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