L'homme de 112 milliards $

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Trifluvien d'origine, André Bourbonnais est président et chef de la direction d'Investissements PSP, une société montréalaise qui gère 112 milliards $ d'actifs des caisses de retraite des employés fédéraux.

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) André Bourbonnais a le succès modeste. Parler de lui, oui, mais à choisir, il préfère mettre les projecteurs sur Investissements PSP, l'un des plus importants gestionnaires de fonds pour des caisses de retraite au Canada.

«Un secret bien gardé de la finance à Montréal», souligne d'entrée de jeu le principal intéressé. 

Depuis avril 2015, le Trifluvien d'origine est président et chef de la direction d'une société financière qui gère 112 milliards $ d'actifs pour les régimes de pensions de la fonction publique, des Forces canadiennes, de la Gendarmerie royale du Canada et de la Force de réserve.

Cent douze milliards... Un portefeuille bien garni que s'efforcent de faire fructifier André Bourbonnais et ses 600 employés réunis dans un superbe gratte-ciel du boulevard René-Lévesque.

Rencontré dans son bureau montréalais, l'homme de 53 ans a une vue imprenable sur le centre-ville. Peu importe où il regarde, il y a de l'action et c'est ce qui l'anime. Après tout, le gestionnaire évolue dans un univers où les taux de rendement bougent en permanence. 

Gravir les échelons

André Bourbonnais a grandi dans le paisible quartier Normanville, à Trois-Rivières. Fils aîné du regretté François Bourbonnais, fondateur de l'entreprise Pro-Optic, et de Pauline Paquin, ce sportif a fréquenté le Séminaire Saint-Joseph et le Collège Laflèche. 

Influencé par sa famille maternelle, André Bourbonnais s'est laissé tenter par des études en droit. Il a arrêté son choix sur l'Université d'Ottawa, une institution qui lui a servi de tremplin.

Contrairement à ses chums qui étudiaient à Québec ou à Montréal et qui revenaient à la maison chaque week-end, André demeurait à Ottawa étant donné la plus longue distance à parcourir. Réservé de nature, le gars n'a pas eu le choix de sortir de sa zone de confort pour se créer un nouveau cercle d'amis et élargir ses horizons. 

Il peut bien le raconter maintenant, mais au printemps de sa deuxième année d'études universitaires, André Bourbonnais a fait la tournée de tous les bureaux de notaires et d'avocats de Trois-Rivières pour leur offrir gratuitement ses services en prévision de la période estivale. 

Tous ont décliné la proposition du jeune homme qui souhaitait acquérir un peu d'expérience avant de revenir s'établir dans sa ville natale.

Découragé, André est reparti les mains vides pour Ottawa. Mais une lettre l'y attendait. La firme d'avocats Stikeman Elliott, à Montréal, l'invitait à passer une entrevue. On lui proposait un stage en compagnie de 50 professionnels du droit. 

M. Bourbonnais ne peut s'empêcher de sourire... «Ça a été une grande découverte pour moi. Il y avait des bureaux d'avocats ailleurs qu'au coin des rues Laviolette et Bonaventure.»

Chez Stikeman, le Trifluvien a fait la rencontre d'un jeune collègue, Nicholas Kasirer (devenu juge à la Cour d'appel du Québec), qui l'a convaincu d'entreprendre des études supérieures en Angleterre, question de s'ouvrir sur le monde et de parfaire son anglais.

Diplômé de la London School of Economics, le jeune avocat a eu un autre mentor durant son passage chez Stikeman, en la personne de Calin Rovinescu, aujourd'hui président et chef de la direction d'Air Canada. 

«À l'époque, je faisais surtout du droit corporatif. Il m'a fait comprendre que si je voulais bien servir mes clients, je ne devais pas seulement bien rédiger des contrats. Je devais également comprendre les opérations qu'ils faisaient», explique André Bourbonnais.

C'est ici qu'il a eu la piqûre pour le monde des affaires, suivie de celle pour les marchés internationaux. Recruté par une société d'experts-conseils spécialisée dans les fusions et acquisitions, le jeune Trifluvien a pris la direction de Monaco où il est demeuré pendant presque quatre ans.

André Bourbonnais n'a pas a priori une formation en finance. Les finances sont venues à lui. Et comme il a toujours été un très bon élève, il a appris rapidement pour apporter à son tour sa propre expertise.

L'avocat de formation est devenu un grand gestionnaire qui a longtemps ressenti le syndrome de l'imposteur. Plus maintenant. Les résultats parlent d'eux-mêmes.    

Le parcours professionnel d'André Bourbonnais est impressionnant. Il a notamment laissé sa marque chez Teleglobe, à la Caisse de dépôt et placement du Québec et à l'Office d'investissement du Régime de pensions du Canada (OIRPC), établi à Toronto. 

Embauché en 2006 pour gérer une équipe de 14 professionnels et un portefeuille de 5 milliards $ d'actifs, M. Bourbonnais a de nouveau grimpé les échelons pour devenir directeur général principal et chef du groupe mondial des placements privés. 

M. Bourbonnais s'est retrouvé à la tête de 70 milliards $ d'actifs et de 230 employés répartis dans cinq bureaux sur différents continents. 

Pour quelqu'un qui n'a jamais eu de plan de carrière précis, la carrière s'est occupée de lui donner les moyens de ses ambitions.

Au-delà des chiffres

«Je trouve ça extraordinaire que des personnes voient plus de potentiel en toi que toi, tu en vois vraiment», fait remarquer un homme qui trouve important d'investir dans les relations humaines.

«J'aime ça me promener dans les corridors et aller m'asseoir dans le bureau des gens, sans qu'ils ne s'y attendent, simplement pour leur demander comment ça va», raconte-t-il avec amusement.

André Bourbonnais garde d'excellents souvenirs de son enfance et de son adolescence à Trois-Rivières où habite toujours sa mère. Ici aussi, il y a fait des rencontres marquantes, notamment auprès d'enseignants qui l'ont amené à se questionner et à croire en lui. 

Si son fils François, 15 ans, n'habitait pas à Toronto (où son père le retrouve chaque vendredi), M. Bourbonnais l'encouragerait à devenir moniteur au lac en Coeur. C'est à ce camp de vacances bien connu en Mauricie que l'ado qu'il était a développé des qualités de leader.

André Bourbonnais compte les dollars par milliards et l'équivalent d'une semaine par mois, il est dans ses valises quelque part sur la planète, travaillant à l'expansion d'Investissements PSP. 

Ce qu'il dit aujourd'hui aux jeunes qu'il rencontre? «Gardez vos options ouvertes. Si vous avez la chance d'apprendre plusieurs langues, faites-le. Si vous avez l'occasion de toucher à divers secteurs, faites-le aussi. Vous ne savez jamais où est l'étincelle qui va déclencher votre passion.»

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