En Allemagne pour gagner du temps

C'est entourée de sa famille que Martine Duguay... (Photo: Olivier Croteau)

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C'est entourée de sa famille que Martine Duguay trouve la force de se battre contre le cancer, quitte à se rendre en Allemagne pour tenter le tout pour le tout. À l'avant, Rose, 12 ans. Dans les bras de papa (Yanick Auger), Alex, 5 ans. Sur les genoux de maman, Zack, 3 ans. Derrière: Taly, 8 ans, et Anne, 10 ans.

Photo: Olivier Croteau

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Martine Duguay n'a plus rien à perdre. Condamnée par ses médecins au Québec, elle s'autorise un peu d'espoir en se tournant vers l'Allemagne. La femme de 37 ans, mère de cinq enfants âgés de 3 à 12 ans, tente le tout pour le tout contre le cancer qui a gagné son foie et les poumons.

Mardi matin, la résidente de Saint-Boniface était attendue dans le bureau du docteur Thomas Vogl, de l'hôpital universitaire de Francfort. Mme Duguay se joint aux autres Québécois, de plus en plus nombreux, qui misent sur ce spécialiste pour déjouer les plus sombres pronostics.

«Je ne suis pas opérable. Ici, il n'y a plus rien à faire pour moi, à part la chimio palliative...», a-t-elle dit alors que nous étions à 48 heures de son départ pour l'Allemagne.  

Dans la maison de la rue Gabriel, à Saint-Boniface, sa marmaille s'amuse comme si de rien n'était. Seule Rose, 12 ans, se pointe dans la cuisine pour suivre la conversation des grands. 

Il faut bien choisir ses mots. Tantôt souriante, tantôt songeuse, l'aînée est juste assez vieille pour comprendre la gravité du ton de la conversation. Sa mère est engagée dans une guerre de tranchées.

Il y a trois ans, Martine Duguay a reçu un diagnostic du cancer du sein en même temps qu'elle mettait au monde son petit dernier, Zack. 

Mastectomie totale, chimio, radiothérapie... La mère de famille a fait tout ce qu'elle avait en son pouvoir pour chasser la maladie de son existence, allant même jusqu'à réclamer, à titre préventif, une ablation des ovaires (ovariectomie). 

«J'ai eu un cancer de type hormono-dépendant», explique celle qui a dû user d'argumentation pour convaincre son médecin du bien-fondé de sa demande. 

Mme Duguay a finalement eu gain de cause et a été opérée le 18 septembre dernier. C'est une femme confiante, quasi soulagée, qui s'est présentée à l'hôpital de Shawinigan. Elle en est ressortie plus inquiète que jamais.

C'est durant cette intervention chirurgicale qu'on lui a détecté la présence de métastases au foie et de nodules aux poumons. Le cancer était de retour, plus agressif que jamais.  «Ici, on me parle de chimio palliative pour essayer de soulager les symptômes qui vont apparaître au fur et à mesure. Pour me prolonger aussi du mieux qu'on peut», explique une jeune femme qui refuse d'attendre la mort. Son courage, c'est tout ce qui lui reste. Et sa famille. 

Il y a trois semaines, Martine Duguay a écrit au docteur Vogl qui est connu mondialement pour l'efficacité de ses traitements de chimio-embolisation. Particulièrement indiquée au niveau du cancer du foie, cette technique consiste notamment à injecter le médicament directement dans le tissu concerné, et ce, à l'aide d'un cathéter.

À son courriel adressé au médecin allemand, Mme Duguay a pris soin de joindre son dossier médical. Le lendemain matin, le spécialiste lui répondait de se présenter à sa clinique de Francfort le 13 octobre afin de recevoir ses deux premiers traitements. 

Le coût du voyage est élevé, environ 15 000 $. Chaque traitement coûte, à lui seul, près de 4000 euros. 

«Je m'achète du temps et le temps, ça n'a pas de prix», affirme Martine Duguay qui n'est pas le genre à se mettre la tête dans le sable. «Je sais très bien que je ne sortirai pas nécessairement guérie si je vais là-bas», souligne la maman qui, en se tournant vers l'Allemagne, demande un sursis, quelques années de plus pour voir grandir ses enfants avec son conjoint.

«Chaque mois est important. La recherche (pour éradiquer le cancer) continue pendant ce temps-là», rappelle Yanick Auger.

L'homme remue ciel et terre pour amasser des fonds qui permettront à sa femme de continuer de se faire soigner en Allemagne. Martine Duguay pourrait devoir y retourner une deuxième, voire une troisième fois au cours des prochains mois. 

Elle y est en ce moment avec une tante pendant que son mari, à l'emploi de la Boucherie Fortin de Saint-Étienne-des-Grès, essaie de concilier son travail et ses responsabilités familiales. Yanick Auger peut compter sur la présence de sa belle-mère et d'un réseau d'entraide formé de parents et amis. Tout le monde fait en sorte que les enfants subissent le moins possible les contrecoups de la maladie de leur mère. Son retour est prévu pour le 20 octobre.

Avant de partir, Martine Duguay a écrit au ministre de la santé Gaétan Barrette qui accuse le docteur Vogl d'encourager le «commerce de l'espoir». Le docteur Barrette exige une étude de ses travaux et invite les patients québécois à s'informer auprès de leur médecin avant de payer pour se faire soigner en Allemagne. 

«(...) Honnêtement, je ne pense pas que vous pouvez nous blâmer d'y croire. Je suis certaine que si un être cher comme un de vos enfants était dans cette situation, vous n'hésiteriez pas à fouiller tous les moyens et toutes les possibilités qui s'offrent à lui, même si c'était à l'extérieur du pays», a-t-elle réagi.

Martine Duguay est en Allemagne parce que le temps presse. Ses enfants grandissent.«J'ai le choix entre essayer ou me laisser aller. Ici, c'est ce qu'on veut que je fasse. On me dit de prendre la chimio palliative et d'attendre. Ça peut prendre six mois, un an? Je ne sais pas...», souligne Martine Duguay qui rejette cette option. 

Elle a tout à gagner.

Pour donner

Les personnes qui souhaitent aider Martine Duguay à traiter son cancer en Allemagne peuvent se rendre à cette adresse: https://www.youcaring.com/martine-duguay-447141.

Une page Facebook (Martine en Allemagne) a également été créée pour prendre de ses nouvelles.

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