Lolo ou l'étoile de Frédérique

  • «Lolo», c'est Laurence, l'étoile préférée de Frédérique qui essaie de comprendre pourquoi sa grande soeur s'est éteinte brutalement. Sur la photo: Frédérique Guilbert et sa maman Nancy Guilbert. (Photo: Olivier Croteau, Le Nouvelliste)

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    «Lolo», c'est Laurence, l'étoile préférée de Frédérique qui essaie de comprendre pourquoi sa grande soeur s'est éteinte brutalement. Sur la photo: Frédérique Guilbert et sa maman Nancy Guilbert.

    Photo: Olivier Croteau, Le Nouvelliste

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  • Pour la famille de Laurence, cet autoportrait exprime toute la chaleur de son sourire. ()

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    Pour la famille de Laurence, cet autoportrait exprime toute la chaleur de son sourire.

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  • Lolo est la plus belle des étoiles pour sa petite soeur Frédérique. Cette photo a été prise seulement quelques semaines avant le décès de Laurence. ()

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    Lolo est la plus belle des étoiles pour sa petite soeur Frédérique. Cette photo a été prise seulement quelques semaines avant le décès de Laurence.

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Nancy Guilbert ne cherche plus à comprendre. C'est arrivé trop rapidement. Trop violemment. Vouloir des réponses à tout prix, c'est risquer de sombrer. Elle ne veut pas et ne peut pas. Frédérique, 8 ans, a besoin d'elle pour l'aider à trouver Lolo dans le ciel.

«Lolo», c'est Laurence, l'étoile préférée de la fillette qui essaie de comprendre pourquoi sa grande soeur s'est éteinte brutalement. 

Atteinte d'une leucémie sans pitié, Laurence Mongrain, 19 ans, est décédée le 15 octobre 2014. Elle n'a eu aucune chance. Le cancer l'a happée comme un train filant à grande vitesse. Le combat a duré trois jours. Rien ne laissait présager une fin aussi dramatique.

L'avant-veille de son admission à l'urgence en raison de fulgurants maux de tête, la jeune femme était toujours aussi resplendissante. Entre son travail de préposée dans une résidence pour personnes âgées, à Saint-Maurice, et ses études à venir en soins infirmiers, Laurence dégageait une énergie contagieuse. Il fallait que ça bouge toujours, tout le temps. 

Laurence avait le don d'aimer et d'être aimée, des jeunes et moins jeunes. Nancy Guilbert est convaincue que sa fille, une vieille âme, n'en était pas à sa première vie pour arriver à profiter autant du moment présent.

La maman revenait du long congé de l'Action de grâces en forêt, là où le réseau cellulaire n'est pas accessible, lorsqu'elle a appris que l'aînée de ses trois enfants était en train de livrer une bataille sans merci à l'hôpital de Trois-Rivières. 

C'était à n'y rien comprendre. Le vendredi précédent, Laurence était en pleine forme, mais en ce lundi matin, sa vie ne tenait qu'à un fil. Le cancer, dont tout le monde ignorait jusqu'à maintenant l'existence, avait déjà eu le temps de gagner dangereusement le cerveau. Laurence est décédée le mercredi, au terme de trois opérations en autant de jours. 

«Pourquoi le docteur n'a pas laissé dormir Lolo? Elle serait encore avec nous...», a demandé Frédérique à sa mère qui n'a pas de réponse. Trouver un sens à une tragédie comme celle-là est au-dessus de ses forces. Rien ni personne ne pouvait stopper le train dans sa course folle. En plus de percuter Laurence, la locomotive a renversé tous ses proches. 

Dès les premiers instants suivant la mort de Laurence, Nancy Guilbert a refusé de laisser libre cours à ses émotions. Elle ne voulait pas apparaître aux yeux de Frédérique comme une mère dans le déni, en colère ou inconsolable. «Je ne voulais pas m'apitoyer sur mon sort», explique Mme Guilbert qui, en mettant sa souffrance de côté, a tenté d'adoucir celle de Frédérique. 

«Toi maman, tu es plus chanceuse que moi. Moi, j'ai connu ma soeur juste sept ans», a-t-elle déjà confié à sa maman, une femme qui a plusieurs fois eu la preuve qu'il ne faut pas minimiser le deuil chez l'enfant. «Je m'ennuie de Lolo... J'aimais ça jouer avec elle. On faisait des dessins à la craie dans la rue», raconte timidement Frédérique en se lovant contre sa mère. «Est-ce que je vais un jour oublier ma soeur?», lui a-t-elle aussi demandé, inquiète. 

À défaut de pouvoir ramener sa grande à la vie, Nancy Guilbert s'assure de la faire vibrer dans le coeur de sa petite. Maman lui a déjà promis la robe de princesse de Lolo. Frédérique pourra la porter dans presque dix ans, à son propre bal de fin d'études. 

Un an s'est écoulé depuis le décès de Laurence Mongrain. En voulant être forte pour Frédérique, Nancy Guilbert l'est devenue pour vrai. Ces dernières semaines, il ne se passe pas une journée sans qu'elle rie et pleure avec sa cocotte. Mère et fille sont rendues à cette étape où parler de Lolo et regarder ses photos fait un bien immense. 

«Je suis contente quand on me dit que je ressemble à ma soeur!», souligne candidement Frédérique qui ne perd jamais espoir de trouver Lolo dans le ciel nocturne, même lorsque les étoiles se font discrètes. 

Frédérique a compris que le souvenir de Laurence ne peut pas être éclipsé. Lolo brille en permanence dans le firmament. Demain ou l'autre demain, les nuages seront disparus et une parcelle de lumière scintillera de nouveau devant la fenêtre de sa chambre.

Rendez-vous avec Laurence

Nancy Guilbert n'est pas retournée au cimetière de Saint-Maurice où Laurence Mongrain a été enterrée il y a un an. Elle en était incapable jusqu'à maintenant. La maman s'y présentera la semaine prochaine, un peu plus en paix avec l'absence de sa fille. Elle s'offre une deuxième chance de lui dire au revoir. Tout le monde est invité.

Avec le recul, Mme Guilbert réalise que les funérailles de Laurence ont été aussi subites que sa mort. «Il a fallu embarquer, sans vraiment prendre le temps de penser», fait remarquer Nancy qui, la première, souhaitait que ça se passe ainsi. «Ça fait tellement mal que tu ne veux plus avoir mal...», souligne-t-elle en parlant de cette période quasi surréelle qui a entouré le décès de sa fille.

La maman ne se souvient plus, ou presque, de toutes ces personnes qui, également sous le choc, ont défilé au salon pour lui exprimer leur profonde tristesse.

Mme Guilbert aurait aimé prendre le temps de parler de sa belle grande fille avec chacune d'entre elles. Un an plus tard, la famille de Laurence Mongrain veut renouer avec tous ces gens qui ont connu et aimé la jeune femme. On les invite à un rassemblement à sa mémoire. On n'y parlera pas de la maladie qui l'a emportée, mais de sa joie de vivre. Ce sera la journée de Laurence.

«Son départ a laissé dans nos coeurs une immense peine, une présence qui demeure irremplaçable. On pourrait pleurer encore, rester fermés avec notre peine ou faire ce qu'elle aurait voulu: sourire, regarder en avant, aimer le monde, comme elle», a écrit sa famille dans un message qu'elle a fait circuler sur les réseaux sociaux.

L'invitation est lancée à ses amis de la garderie, de l'école primaire Val-Marie, du Collège Notre-Dame-de-l'Assomption, du camping Domaine Grand R où Laurence a passé ses étés, à ses collègues de travail... «Vous êtes tous les bienvenus!», insiste Andréanne Guilbert, petite-cousine et complice de Nancy Guilbert dans l'organisation de cette journée. 

Une messe commémorative à l'église de Saint-Maurice aura lieu le dimanche 18 octobre, à 9 h 30. Elle sera suivie d'un moment de recueillement au cimetière et d'une rencontre à la salle municipale. Pour confirmer sa présence: laurencemongrain@hotmail.com.

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