Survivre à l'insoutenable absence d'Anne-Sophie

Anne-Sophie et Jean-Xavier Bois...

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Anne-Sophie et Jean-Xavier Bois

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) C'était impossible de ne pas être ébloui par la beauté du glacier déposé tout doucement par la marée haute. Régnant en maître à travers les autres plaques de glace échouées sur la rive, il était d'une rare pureté, d'un éclat bleu vibrant.

C'est ce qu'ont affirmé les gens de Notre-Dame-du-Portage, ceux qui habitent juste en face de l'endroit où Anne-Sophie Bois a perdu la vie.

Un peu plus de six mois se sont écoulés depuis son décès. Jean Bois et Guylaine Janvier essaient de survivre à l'absence de leur fille adorée. Leur douleur est aussi foudroyante qu'a été l'annonce de sa mort sous un amoncellement de glace.

«C'est vraiment tough... Pour moi, c'est aussi difficile maintenant que ça l'était un mois après les événements. La vie nous ramène constamment à des souvenirs», évoque Jean Bois avec émotion.

«Mais la haine ne nous habite pas. Anne-Sophie a été fauchée par un glacier qui est fondu aujourd'hui», rappelle tristement Guylaine Janvier.

La rencontre a lieu dans un café que leur fille affectionnait particulièrement, tant pour y retrouver des amis que pour y faire une entrevue. Anne-Sophie était journaliste. Elle a laissé sa signature dans les pages de l'Écho de Trois-Rivières et de l'hebdomadaire L'Impact, à Drummondville.

«La mort d'un enfant, c'est tout près de la folie. C'est impossible de ne pas penser au suicide...», avoue Mme Janvier qui a rejeté cette option par amour pour son fils Jean-Xavier et sa famille qui doit se reconstruire.

«Ma place est ici pour aider Anne-Sophie à être dans la lumière le plus possible», affirme Guylaine Janvier dont une partie d'elle-même est amputée à jamais par la mort de sa fille.

Jean Bois est un homme anéanti, un père qui avait l'habitude de courir avec sa grande aussi sportive que lui. Aujourd'hui, il avance courageusement un pas et une heure à la fois, en essayant de s'inspirer de la personnalité combative d'Anne-Sophie.

Il était à Trois-Rivières lorsque l'accident s'est produit. Guylaine était à Rimouski pour son travail et Jean-Xavier, à Jonquière pour ses études.

«On s'est rejoint tant bien que mal à l'hôpital de Rivière-du-Loup. Tout le monde a été gentil avec nous, mais tout de suite, on nous a demandé ce qu'on voulait faire avec le corps... Il fallait préparer les funérailles de notre fille», raconte Jean Bois qui avait l'impression d'être plongé en plein cauchemar.

Reconnaissants envers ceux et celles qui les ont soutenus au plus fort de l'épreuve, Jean et Guylaine rappellent qu'une fois de retour dans leur maison imbibée de la présence d'Anne-Sophie, ils sont rattrapés par une cruelle réalité.

«Il y a un bout de chemin qu'on doit faire nous-mêmes, dans notre coeur et dans notre âme», réalise Jean Bois qui est retourné se recueillir sur les berges de Notre-Dame-du-Portage.

Son épouse aussi. Elle a prié et crié avant d'être soudainement consolée par la présence d'un papillon blanc arrivé de nulle part. C'était Anne-Sophie et personne d'autre. «J'ai vraiment senti ma petite fille», murmure Mme Janvier en souriant entre ses larmes.

Il n'y a pas de livre pour mettre un enfant au monde. Il n'y en a pas non plus pour vivre sans lui.

«On a perdu notre route et il n'existe pas de GPS pour la retrouver», souligne Guylaine Janvier pour qui parler de sa fille, c'est la savoir à l'intérieur d'elle-même.

Quelques semaines après le décès d'Anne-Sophie, sa mère s'est rendue à son appartement. Seule.

«J'ai passé l'aspirateur, j'ai lavé le peu de vaisselle qu'il y avait sur le comptoir, j'ai fait son lavage puis j'ai appelé Jean pour l'inviter à souper. Chez Anne-Sophie. Nous sommes allés chercher son repas préféré, des sushis, on a ouvert une bouteille de vin puis on a parlé d'elle», raconte Mme Janvier qui se souvient de l'amour ressenti ce soir-là dans la pièce où sa fille aimait tant se retrouver. C'était un mercredi.

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