Nathan, une étoile dans le noir

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Nathan Therrien est un génie de la musique. Et un excellent ambassadeur de la paix. Avec sa guitare posée à plat sur ses genoux, le garçon de 12 ans laisse ses doigts, sa voix et son coeur s'accorder en parfaite harmonie. Nathan ne voit pas, sauf à l'intérieur de l'âme.

Atteint du syndrome de Morsier, une déficience congénitale rare, Nathan a les nerfs optiques atrophiés. Il est, pour ainsi dire, aveugle. Du côté de son oeil droit, c'est le noir le plus complet. À gauche, son champ visuel est de seulement 5 %.

Le petit homme se déplace avec une canne blanche et avec un instinct dont lui seul connaît les accès. 

Dans les corridors de l'école, il s'oriente en s'aidant des reflets que forment les tubes au néon fixés au plafond. Ce premier de classe compte en marchant. «Après tant de lignes de lumière, je sais quand je suis rendu à mon local», explique tout bonnement Nathan avant d'ajouter que sa canne n'est pas aussi efficace que cette technique qu'il a développée naturellement. 

Au Collège de l'Horizon où il vient de faire son entrée au secondaire, le garçon arrive non seulement à contourner les obstacles, mais il est aujourd'hui l'élève tout désigné pour indiquer la route à suivre. 

Plus tôt cette semaine, l'animatrice de vie spirituelle et d'engagement communautaire, Céline Saint-Gelais, a eu la bonne idée de faire appel à Nathan. Elle avait besoin de lui pour démontrer une théorie qu'elle se fait un devoir d'enseigner.

Elle a du mérite, Mme Saint-Gelais. Ce n'est pas toujours évident de faire comprendre à des adolescents qu'ailleurs sur la planète, la guerre menace, éclate et s'éternise, que des jeunes de leur âge luttent à ce moment précis pour leur survie. 

La paix n'est pas acquise ici non plus, a renchéri Mme Saint-Gelais. Chaque jour, il faut la chercher, la construire et en prendre soin. Ça commence à l'école, un milieu de vie où il y a autant d'élèves que de caractères et de conflits possibles. Pour les éviter, il faut reconnaître, accepter et respecter les différences de chacun. 

Voilà pour la théorie de Mme Saint-Gelais. Nathan maintenant...

Lorsque la dame a demandé à tous les élèves de l'établissement de sortir dans la cour de récréation pour vivre une activité liée à la paix, certains y ont d'abord vu une occasion de profiter du soleil qui chauffait ce matin-là. 

Mme Saint-Gelais a dû s'y prendre à quelques reprises pour donner ses consignes. Heureusement, les plus sages étaient nombreux. Habillés d'un t-shirt blanc, ils ont formé un coeur doublé d'un autre coeur géant. Ça allait sûrement faire une belle photo du toit de l'école située sur la rue Montplaisir, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine.

Nathan attendait patiemment, contrôlant comme un pro sa nervosité. À entendre, mais à ressentir surtout le bourdonnement de rires et de voix autour de lui, le garçon se doutait bien que la responsable de l'activité l'avait placé au centre de l'action.

Le jeune homme ne pouvait pas voir tous ces élèves prenant place bruyamment autour de lui, mais eux, oui. Pour dire vrai, personne ne prêtait vraiment attention à Nathan jusqu'à ce qu'il se mette à chanter en s'accompagnant à la guitare. Comme par magie, tout le monde s'est tu, même les plus tannants, visiblement impressionnés. 

Quelques notes chantées et les jeunes ont compris ce que Mme Saint-Gelais voulait dire en parlant du respect de soi et des autres.

Nathan n'est pas seulement un élève non-voyant. Il est doué comme pas un pour jouer de la guitare. Son talent, c'est sa manière de faire régner la paix en lui et autour de lui. Sa différence est une force. 

«J'ai commencé à jouer du piano à deux ans», raconte celui qui compose depuis longtemps déjà ses propres chansons, en français comme en anglais. Il en a une trentaine à son palmarès, dont Trouver sa voix dans le noir, touchante de vérité.

Voici un extrait:

«Lorsque les choses se corsent comme une écorce, j'essaierai toujours de me rappeler que la musique m'a toujours aidé. Je continuerai à chanter même si la vision

n'y est pas. Il y a quelque chose qu'on a, ce quelque chose, c'est la voix qui se cache quelque part en soi...»

Nathan se distingue dans des concours de musique. Au printemps dernier, il a été invité à faire la première partie de Patrick Norman qui était de passage à Trois-Rivières. 

«Quand je suis sur une scène, je ne sais pas pourquoi, mais je me sens libre», souligne-t-il avant de se remettre à fredonner un air qui vient de lui traverser l'esprit. C'est plus fort que lui. Sa vision du monde, de l'avenir et de la paix se traduit en chansons. 

D'ailleurs, après sa prestation qui s'est conclue par une envolée de colombes, Nathan s'est permis d'inviter les autres élèves du Collège de l'Horizon à être, comme lui, des étoiles qui brillent dans le noir.

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