Ruth Ellen Brosseau: de l'ombre à la lumière

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Les campagnes électorales se suivent, mais ne se ressemblent pas pour Ruth Ellen Brosseau qui est la première à le reconnaître.

Photo: Stéphane Lessard

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Louiseville) «Vous cherchez le local de Ruth Ellen Brosseau? Suivez-moi, je sais où ça se trouve, c'est la bâtisse d'à côté. Vous venez rencontrer Ruth Ellen? Ah! Ruth Ellen... Vous allez voir, elle est tellement gentille. C'est un amour!»

Il n'y a aucun doute là-dessus, la candidate à l'élection fédérale de la circonscription de Berthier-Maskinongé peut déjà compter sur le vote de cet admirateur secret, un habitué de l'avenue Saint-Laurent, à Louiseville. 

L'anecdote fait sourire la principale concernée. Ne tenant rien pour acquis, elle s'empresse de vanter à son tour l'amabilité des gens du comté qu'elle souhaite représenter pour un deuxième mandat.

Les cheveux attachés pour déjouer la chaleur et l'humidité des derniers jours, Ruth Ellen Brosseau a de la broue dans le toupet et du vernis orange sur le bout des doigts. Il reste plus d'un mois à la campagne électorale en cours, mais la députée sortante s'active comme si nous étions à une semaine du 19 octobre. Ses journées sont longues, les nuits sont courtes et elle adore ça.

C'est tout un monde qui sépare Ruth Ellen Brosseau, version 2011, de Ruth Ellen Brosseau, modèle 2015.

On connaît l'histoire. Lors de la campagne électorale fédérale de 2011, le nom de la candidate néodémocrate de la circonscription de Berthier-Maskinongé était sur toutes les lèvres, mais pour les mauvaises raisons. 

De l'annonce de sa candidature jusqu'au soir de l'élection, le 2 mai 2011, la jeune femme originaire de la région d'Ottawa-Gatineau est demeurée invisible et muette. Silence radio. 

Les expressions «candidate-poteau» et «candidate fantôme» ont été utilisées pour décrire celle qui s'était permis de fêter ses 27 ans à Las Vegas plutôt que de briguer en personne le poste de député convoité. 

Surfant sur la vague orange, Ruth Ellen Brosseau a été élue. Surprise totale, y compris pour elle.

Pourchassée par les médias pendant la campagne électorale, Ruth Ellen Brosseau n'a pas eu de répit au lendemain de sa victoire. Qui était-elle? D'où venait-elle? Comment entendait-elle remplir son nouveau rôle de députée? 

Étourdie par autant d'attention, Ruth Ellen Brosseau avait accepté d'accorder sa toute première entrevue au Nouvelliste. L'entretien téléphonique en compagnie du collègue Martin Francoeur s'était déroulé en anglais, la langue maternelle d'une femme qui était apparue nerveuse au bout du fil, voire quelque peu dépassée par la tournure des événements.

Voici la première entrevue de Ruth Ellen Brosseau

Quatre ans plus tard, Ruth Ellen Brosseau ne peut prétendre le contraire. Seule face à elle-même, la nouvelle politicienne essayait tant bien que mal d'avoir la situation en main. Pas simple.

Mme Brosseau en a eu la preuve cette semaine, alors qu'elle a accepté de se prêter à un exercice qui exige ouverture d'esprit et humilité. 

Pour la première fois depuis cette inévitable première entrevue, la femme âgée de 31 ans a réécouté l'enregistrement audio. Dès les premières secondes, elle a reconnu son état d'esprit du moment, une sorte de tumulte intérieur.

«Oh, mon Dieu!», s'exclame-t-elle en s'entendant répéter «I'm very excited» pour commenter ceci ou cela. «J'étais nerveuse. Je disais toujours les mêmes mots», ajoute-t-elle en réprimant un sourire embarrassé. Depuis, on lui a enseigné les subtilités de la langue française... 

L'écoute se poursuit. Ruth Ellen Brosseau ferme parfois les yeux pour mieux se concentrer sur 

les réponses qu'elle a tenté de livrer le plus naturellement possible. 

Lors de cet entretien d'une douzaine de minutes, Ruth Ellen Brosseau était accompagnée d'un responsable des communications. Les jours précédents, la députée fraîchement élue avait reçu une formation en accéléré pour faire face à la musique. La jeune femme ressentait néanmoins toute la pression du poids médiatique sur ses épaules.

«C'était trop gros, trop vite. Je ne m'attendais pas à ça. C'était surréel, mais j'étais positive. Je l'ai répété plusieurs fois, j'étais très excitée», ajoute-t-elle avec humour.

Ruth Ellen écoute attentivement la bande audio et hoche la tête en signe d'approbation, comme si elle entendait ses propres réponses pour la première fois. Lorsque la candidate NPD s'entend hésiter, garder le silence ou manipuler ses feuilles de notes, elle plisse des yeux et retient légèrement son souffle, curieuse de savoir comment elle s'en est finalement sortie. 

Ruth Ellen Brosseau n'est plus la même qu'en 2011. Durant la présente campagne électorale, inutile de la chercher, elle est partout: sur le terrain et sous les projecteurs. Les enjeux et ses dossiers, la députée sortante les connaît par coeur et sollicite un deuxième mandat pour continuer de les défendre bec et ongles.

«J'ai fait beaucoup de chemin depuis quatre ans... Wow!», laisse-t-elle échapper, touchée et troublée par ce retour en arrière. Visiblement, la dame n'avait pas soupçonné les émotions que ça éveillerait en elle. 

Songeuse, Ruth Ellen Brosseau a l'impression de renouer avec une amie perdue de vue depuis longtemps, une chum bien intentionnée qui n'avait aucune idée de ce qui l'attendait en se lançant dans l'arène politique. 

Si cette même copine se présentait à elle aujourd'hui, Ruth Ellen Brosseau saurait parfaitement comment réagir...

«Je lui ferais un gros câlin et je lui dirais: ''Respire. Tu vas voir, ça va bien aller.''»

Ruth Ellen Brosseau et son fils Logan, âgé... - image 4.0

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Ruth Ellen Brosseau et son fils Logan, âgé de 14 ans.

Ruth Ellen et Logan

Quand Ruth Ellen Brosseau parle de Logan, ses yeux brillent, son coeur fond. 

«On est vraiment proche. On a beaucoup de plaisir ensemble!»

Logan, c'est son fils, sa raison de vivre. Et c'est beaucoup à cause de lui si sa mère a décidé de faire de la politique.

Le garçon a 14 ans. Ruth Ellen Brosseau en a 31. Faites le calcul, elle est devenue maman à 17 ans, un âge où on nage encore en pleine adolescence. 

Logan est un bébé qui n'était pas planifié, mais dès qu'elle a appris qu'elle était enceinte, Ruth Ellen s'est juré que l'enfant à naître n'allait manquer de rien, surtout pas d'amour.

Ruth Ellen Brosseau n'a pas l'habitude de parler de sa vie privée. En entrevue, ce n'est pas le thème qu'elle préfère. D'ailleurs, si vous vous demandez si la jeune femme est célibataire, ce n'est pas ici que vous allez connaître la réponse. Le sujet a été esquivé rapidement, poliment. 

Sur la question de la conciliation travail-famille, la femme de 31 ans se montre plus loquace, consciente que son parcours n'est pas commun. «J'avais une vie avant d'être élue», convient-elle. Une vie à essayer de joindre les deux bouts.

Ruth Ellen Brosseau a eu la chance d'avoir des parents aimants, des nouveaux grands-parents qui prenaient soin du poupon pendant que leur fille-mère terminait ses études secondaires à Kingston, en Ontario. 

«En plus d'étudier à temps plein, je suivais quelques cours à distance, à la maison», se souvient Mme Brosseau qui s'occupait de son bébé à travers ses devoirs et leçons. «C'était des années go-go-go! Je n'avais pas le choix. C'était comme aujourd'hui. Je manquais de sommeil, mais je fonctionnais sous l'adrénaline», ajoute-t-elle en souriant.

Ruth Ellen Brosseau a amorcé par la suite des études collégiales en publicité, communication et marketing, mais elle a dû les interrompre avant d'avoir obtenu son diplôme. La maman-étudiante n'arrivait plus. Les dettes s'accumulaient. Il lui fallait de l'argent pour assurer l'avenir de Logan dont le père n'a jamais été dans le décor.

«J'ai décidé de me rapprocher de mes parents qui venaient de déménager à Gatineau. J'ai commencé à travailler dans les bars. J'avais aussi un deuxième emploi dans une boutique de vêtements», précise Mme Brosseau dont les journées débutaient très tôt et se terminaient souvent au beau milieu de la nuit. Payée au salaire minimum et sans sécurité d'emploi, la jeune femme ne pouvait pas se permettre d'être fatiguée, encore moins de demander congé pour passer du temps avec son fils. 

«C'est quelque chose de travailler dans les bars. Tu as toujours le sentiment que tu peux être remplacé comme ça», dit-elle en claquant des doigts. «Même si tu travailles fort, que tu es dévouée et que tu ne te plains jamais, l'incertitude et le stress sont toujours là...»

Ruth Ellen Brosseau ne se voyait pas passer sa vie ainsi, à tirer le diable par la queue. Au moment de se porter candidate pour le NPD, elle avait 26 ans et était à l'emploi du Oliver's Pub, un bar du campus de l'Université Carleton, à Ottawa.

Âgé de 14 ans, Logan dépasse sa mère de quelques centimètres. Il aime jouer au basket, faire de la planche à neige, mais par dessus tout, il adore l'univers des nouvelles technologies. Avec ses petites économies, le Bill Gates en devenir s'achète des pièces pour construire son propre ordinateur.

«Mon fils est sensible, intelligent et la famille, c'est vraiment important pour lui», souligne-t-elle, visiblement ravie.

Durant l'année scolaire, l'élève de 3e secondaire habite à Gatineau. Il va et vient entre la résidence de ses grands-parents et l'appartement de sa mère qui, elle, fait la navette entre Ottawa et la circonscription de Berthier-Maskinongé.

Logan profite des vacances et de certains week-ends pour accompagner sa maman dans le comté qui l'a élue, en 2011.

Les gens aiment le rencontrer et en apprendre un peu plus sur lui. Mme Brosseau apprécie, mais reste prudente, consciente que son ado de 14 ans peut avoir d'autres intérêts que de distribuer des poignées de main et de participer à des activités partisanes.

«Logan n'est pas un politicien. Je ne le force pas», ajoute celle qui se décrit comme une «maman ours». Elle protège... et n'échappe pas à la culpabilité. 

«J'ai manqué la rentrée scolaire de mon garçon. Même s'il est au secondaire, j'aurais aimé être là. Durant une campagne électorale, on avance à la vitesse de l'éclair. Je me donne à 150 %...», explique Ruth Ellen Brosseau qui a choisi la politique pour assurer un meilleur avenir à fiston et à la population qu'elle veut continuer de représenter.

«Je ne veux pas que dans 20 ans, Logan me dise que je n'ai rien fait. J'ai une tribune pour améliorer le sort des gens et je pense que la politique fédérale est une bonne façon d'y arriver. Je suis vraiment fière... Non! Je ne dirai pas que je suis excitée!», avise-t-elle en riant.

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