Un couple, une «porteuse» et un couffin

Chantal Simard et Louis-Charles Dubuc attendent un enfant... (Photo: François Gervais Le Nouvelliste)

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Chantal Simard et Louis-Charles Dubuc attendent un enfant dont ils tiennent précieusement l'image de la première échographie. Pour réaliser son rêve de devenir parents, le couple de Trois-Rivières a fait appel à Mag qui a accepté de porter le bébé qui naîtra à la mi-mars.

Photo: François Gervais Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Chantal Simard et Louis-Charles Dubuc nagent en plein bonheur. Ils vont être parents. Mag est enceinte. Qui est «Mag»? Celle qui porte leur enfant.

Âgée de 39 ans, Chantal Simard est éducatrice au Centre de la petite enfance Marie-Lune, à Trois-Rivières. Louis-Charles Dubuc, 29 ans, est directeur des ventes à la Financière Sun Life. Amoureux depuis six ans, ils ont rapidement exprimé le désir de fonder une famille. «Mais on ne l'a pas eu facile...», laisse tomber Chantal qui se savait atteinte d'une endométriose sévère.

Les nombreuses tentatives du couple pour concevoir un enfant ont échoué, y compris les techniques de procréation assistée.

Chantal et Louis-Charles n'ont jamais baissé les bras pour autant, cogitant plutôt un plan B. L'an dernier, ils ont lancé une bouteille à la mer. À l'ère des réseaux sociaux, leur message a été reçu par une amie d'une amie qui réside à Québec.

Au bout du fil, la femme met carte sur table. Contrairement à Chantal Simard et à Louis-Charles Dubuc, celle qu'on surnomme «Mag» ne veut pas être identifiée. Son âge? Pas plus. On s'en tiendra à écrire qu'elle est originaire de la Mauricie et qu'elle est à l'emploi des Forces canadiennes.

Étonnamment, il fut une époque où Mag ne voulait pas d'enfant. La vie s'est chargée de provoquer l'appel de la maternité. La jeune femme est devenue enceinte. Lorsque son regard a croisé pour la première fois celui de son nouveau-né, la magie a opéré. Le coup de foudre a frappé si fort qu'entre deux accouchements, l'idée de faire vivre pareille intensité à une autre femme a germé.

Dix ans et cinq enfants plus tard, Mag se laisse étourdir par une marmaille enjouée. La mère en a plein les bras, mais son désir d'être porteuse n'est pas disparu pour autant. En apprenant que Chantal et Louis-Charles cherchaient désespérément un ventre pour faire pousser un bébé, Mag leur a offert tout naturellement le sien. Ses ovules en prime.

«J'ai un bébé dans mon ventre, mais c'est une gestation pour autrui», dit-elle avec un détachement qui surprend. Mag insiste d'ailleurs pour se faire appeler «porteuse» et rien d'autre. «La mère, c'est Chantal», rappelle la femme qui est parfaitement consciente des espoirs qu'elle incarne aux yeux de la Trifluvienne et de son conjoint.

«Je suis capable de faire des enfants. J'en ai cinq qui sont en santé, actifs et brillants. Pourquoi j'aurais tout ça et pas eux? Pour moi, c'est la chose à faire», soutient-elle.

Au Québec, aucune loi ne reconnaît une entente conclue entre un couple et une mère porteuse. «Vous n'avez pas peur de vous faire avoir?» Chantal et Louis-Charles ont entendu cette question plus d'une fois. À cela, le couple répond qu'il n'a pas «choisi» l'infertilité, mais que sa décision de recourir à une mère porteuse est un risque conscient et assumé.

***

L'engagement entre Mag, Chantal Simard et Louis-Charles Dubuc réside sur la confiance réciproque. Les futurs parents tiennent pour acquis que la porteuse ne décidera pas de garder le bébé une fois mis au monde et Mag présume que le couple voudra toujours de l'enfant après l'accouchement.

«Il faut faire confiance à la vie», réitère Chantal qui apprécie la façon dont Mag aborde son rôle, en mettant bébé et ses futurs parents au coeur de ses priorités.

Ce qui nous amène à parler de l'après, quand Mag donnera naissance à un enfant qui, à ses yeux, n'est pas le sien.

«On ne se lance pas dans un projet comme celui-là si on n'est pas certaine d'être capable de faire la coupure», affirme la dame avec une lucidité déconcertante.

Mag a néanmoins écrit une lettre adressée à elle-même, une lettre qu'elle reliera si, une fois le bébé confié à ses parents, elle est frappée par une dépression post-partum ou rattrapée par le doute. «Dans cette lettre, je me rappelle pourquoi je l'ai fait. Je me dis «décroche!»»

Au moment de l'accouchement, c'est à Chantal que reviendra le geste symbolique de couper le cordon ombilical. «Je vais faire le premier contact peau à peau avec le bébé. C'est moi qui vais lui donner son premier souffle. Ce sera ma petite contribution», souligne Chantal Simard avec une joie évidente.

Mag n'est pas rémunérée. Au Québec, il n'est pas interdit de faire appel à une mère porteuse, mais la payer pour retenir ses services est une infraction. «On la gâte», laisse entendre Louis-Charles Dubuc.

Aux yeux de la loi, Mag est la mère du bébé qu'elle porte pour autrui. Pour changer de statut avec Chantal, celle-ci devra faire une demande d'adoption une fois la naissance de bébé confirmée.

Chantal Simard et Louis-Charles Dubuc auraient pu vivre cette grossesse discrètement. Le sujet des mères porteuses est tabou et risque de le demeurer aussi longtemps que ce service ne sera pas entouré d'un cadre législatif. En parlant publiquement de leur bonheur de devenir parents, les Trifluviens souhaitent démystifier cette approche. «Si on peut donner de l'espoir à un seul couple, ce sera ça...», murmure Chantal qui devient émue en pensant à toutes les fois où son rêve de devenir mère s'est écroulé.

Souriant entre ses larmes, elle décrit avec soulagement la première échographie à laquelle il lui a été possible d'assister, la semaine dernière. Bébé se développe normalement dans le ventre de Mag qui, à la mi-mars, le déposera dans les bras de ses parents comblés à leur tour.

Leur enfant connaîtra l'histoire de sa conception. Chantal a déjà eu le temps d'imaginer ce qu'elle lui dira et ça ressemble à ceci... «Je n'avais pas ce qu'il fallait dans ma bedaine pour faire un bébé, mais une maman nous a prêté la sienne pour que tu puisses grandir.»

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