Il était une fois un champion

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À l'âge de 15 ans, Kelsey Fontaine (aujourd'hui âgé de 18 ans) a quitté son Wemotaci natal pour s'établir à Trois-Rivières et concilier le football et les études.

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Avec ses 6 pieds 3 pouces et 335 livres, Kelsey Fontaine, 18 ans, ne passe pas inaperçu. Sa corpulence est impressionnante. Et que dire de ses mains sinon qu'elles sont géantes, mais tellement parfaites pour un joueur de ligne défensive.

Le gros, grand et jeune homme se sentait néanmoins tout petit en débarquant à Trois-Rivières, il y a trois ans, à l'âge de 15 ans.

Par amour pour le football, Kelsey a quitté sa communauté natale de Wemotaci pour prendre racine dans une famille qui en a fait un des leurs en ouvrant grand, ou plutôt très grand les bras.

Kelsey est le fils de Paul Fontaine et de Béatrice Coocoo. Papa enseigne l'art traditionnel des Amérindiens. Maman est traductrice de la langue atikamekw au français. Il a une grande soeur, Kelly, de même que trois cousins et une cousine qu'il considère comme sa fratrie puisque tout ce beau monde vit sous le même toit, à «Wemo».

Au début de l'adolescence, Kelsey était plutôt de type sédentaire et amateur de pizza-poutine-ordi, un mauvais choix de trio quand on a un fort gabarit comme le sien.

«Mes parents voulaient que je fasse du sport, que je sois en meilleure santé», admet celui qui, carrure oblige, s'est laissé tenter par le football. Comme Obélix et la marmite de potion magique, Kelsey est tombé dedans. Face première.

L'école secondaire Nikanik n'ayant pas d'équipe à lui offrir, le garçon s'est tourné vers la ville la plus près. Le jour, l'élève usait ses pantalons sur les bancs de l'école de sa réserve. Après les heures de classe, il s'écorchait les genoux avec les Vikings de l'école secondaire Champagnat, à La Tuque. Un match parfait à la condition d'apprécier le paysage de la route forestière 25.

Plusieurs fois par semaine, le garçon et ses parents ont fait la navette. Après deux ans d'aller-retour, ses deux plus fidèles partisans lui ont proposé de descendre tout au bout de la rivière Saint-Maurice, pour s'y établir cette fois, mais sans eux.

Au départ, Kelsey n'était pas du tout convaincu que c'était une bonne idée. Quitter sa famille, ses amis, sa communauté, sa forêt... «Ça ne me tentait pas. Trop gros changement», dit-il.

Au fond de lui-même par contre, Kelsey savait que ses résultats académiques n'étaient pas à la hauteur de ses exploits sportifs, que pour rééquilibrer le tout, il devait donner raison à ses parents qui ont dû lui dire quelque chose qui ressemble à ceci: «Tu aimes le football fils? Parfait. Tu vas jouer - et étudier - comme tu en es capable.»

Pour se convaincre d'arrêter son choix sur l'Académie les Estacades et son programme sport-études, Kelsey est venu s'imprégner de l'atmosphère des lieux. C'était au printemps 2012.

Naturellement, ses pas l'ont dirigé vers le terrain de football. C'est ici que le gaillard pas trop sûr de lui malgré la largeur de ses épaules a croisé William Garceau, un gars de son âge et de sa stature, un tripeux de football, futur coéquipier et frère en devenir.

Josée Pelletier et Alain Garceau sont les parents de William, 18 ans, et d'Anne-Sophie, 12 ans. Cette famille de Trois-Rivières vit, respire et mange du football.

Éducatrice spécialisée à l'Académie les Estacades, maman est la «matante Josée» des joueurs de l'équipe juvénile AAA qu'elle chouchoute et a à l'oeil comme s'il s'agissait de ses propres enfants. Son fils William peut en témoigner. À 6 pieds 5 pouces et 235 livres, le receveur a été, comme tous les autres, un «p'tit» de Mme Pelletier.

Conseiller aux ventes chez Ameublements Tanguay, Alain Garceau est le préposé aux équipements de l'équipe et un ancien quart arrière des Estacades. Près du terrain, l'homme n'a pas tardé à remarquer tout le talent du jeune invité dont le coeur balançait entre Wemotaci et Trois-Rivières.

«On le veut!», a-t-il dit à sa femme qui, elle aussi, imaginait déjà Kelsey en train de bloquer l'adversaire.

Assis sur le bout de leur siège, papa et maman étaient loin de se douter cependant que leurs enfants avaient un autre projet pour cette armoire à glace: l'accueillir à la maison pour toute la durée de son parcours scolaire à Trois-Rivières.

«Je savais que c'était quelqu'un de bien», explique tout simplement William dont la petite soeur, complice, s'est empressée de vider la salle de jeux pour faire une chambre à Kelsey.

À l'automne 2012, l'adolescent a fait son entrée chez les Pelletier-Garceau avec tous les défis que ça représente pour tout le monde.

Joueur de l'année lors du dernier gala sportif... - image 2.0

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Joueur de l'année lors du dernier gala sportif de l'Académie les Estacades, Kelsey Fontaine poursuivra sa carrière avec les Faucons du Cégep de Lévis-Lauzon dont il porte les couleurs ici. Le jeune homme de 18 ans, originaire de Wemotaci, est photographié avec sa famille trifluvienne: Anne-Sophie, Josée Pelletier, William et Alain Garceau.

Un modèle pour tous

Josée Pelletier a mis carte sur table dès le départ. Avant de penser football, Kelsey Fontaine devait foncer tête première dans ses cahiers. 

«Chez nous, il y a des devoirs et leçons tous les soirs», a-t-elle dit à l'élève qui a d'abord été admis dans une classe de mise à niveau.

«Je ne voulais pas qu'on le sorte de la réserve en lui disant: ''Tu vas voir, en ville, c'est super le fun.'' Dans la vie de tous les jours, ce n'est pas toujours le cas», rappelle Mme Pelletier qui laisse souvent parler l'éducatrice spécialisée en elle. 

Leçon #2. Josée a mis beaucoup de légumes verts dans l'assiette de Kelsey. «Un peu trop...», sourit le jeune homme qui, lors de son premier repas avec sa famille trifluvienne, a englouti six vol-au-vent. Il pesait alors 370 livres...

Les premières semaines, les conversations avec l'ado renfermé sur lui-même se résumaient à oui-non-merci. «Je trouvais ça difficile. Je m'ennuyais de chez nous», raconte Kelsey avant d'ajouter que ses familles de Wemotaci et de Trois-Rivières n'ont jamais cessé de l'encourager. 

Guerrier comme le sont tous les joueurs défensifs, l'élève des Estacades a fini par croire en ses chances de réussite. Aujourd'hui, il célèbre la fin de ses études secondaires, sa victoire sur les doutes qui ont tenté de le plaquer au sol.

Ses parents, frères, soeurs et grands-parents sont venus de Wemotaci pour assister à tous ses matchs. Plus de quatre heures de route pour l'aller seulement.

Avant de retourner dans sa communauté, le clan s'arrêtait à la maison des Pelletier-Garceau qui, en échange d'un dernier café, ont eu droit à des recettes typiques d'orignal et de pain banik.

Sur le terrain de football, Kelsey et son ami-frère William s'en sont donné à coeur joie contre les équipes adverses. En classe, l'élève a vu ses notes grimper, et encore grimper.

Ses efforts viennent d'être récompensés. Lors du Gala sport hommage de l'Académie les Estacades, Kelsey Fontaine a mérité la Bourse Serge-Morin pour sa persévérance exemplaire, tant sur le plan sportif qu'académique.

L'adolescent, qui a fait son entrée dans une classe de mise à niveau, a terminé ses études secondaires dans le programme sport-études en voie enrichie.

Kelsey est une fierté pour ses deux familles, son école et sa communauté d'origine où on le présente comme un modèle pour la jeunesse amérindienne.

À la fin de l'été, Kelsey Fontaine poursuivra ses études techniques en maintenance industrielle, au Cégep de Lévis-Lauzon. Il portera les couleurs de l'équipe de football AAA. Avec William Garceau.

Les deux gars sont maintenant des Faucons. Et des colocs.

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