Quand Danick retire Gilles de la Tourette

Cet été, Danick Lachance-Plante joue au sein des... (Photo: Olivier Croteau Le Nouvelliste)

Agrandir

Cet été, Danick Lachance-Plante joue au sein des Aigles de Trois-Rivières Bantam AA. Le bonheur pour cet adolescent atteint du syndrome Gilles de la Tourette.

Photo: Olivier Croteau Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Lorsqu'il se positionne sur le monticule, Danick Lachance-Plante, 15 ans, entre dans sa bulle. La main gauche enfouie dans son gant, la droite agrippée à la balle, il regarde, immobile, en direction du receveur.

Tous les tics susceptibles d'empoisonner son quotidien disparaissent comme par magie. Concentré sur cet instant précis, le lanceur retire sur trois prises Gilles de la Tourette, un syndrome qui ne s'est pas toujours montré bon joueur avec lui.

Il y a des chroniques qui proviennent d'une demande qui ne se refuse pas. Celle-ci en est une. Danick souhaite raconter son histoire pour la simple et bonne raison qu'elle est de nature à éradiquer l'exclusion dont sont régulièrement victimes «les Tourette».

«Je veux montrer que, nous aussi, on a le droit d'avoir des rêves», déclare solennellement Danick en se tournant vers sa mère, Cinthia Lachance, qui l'approuve du regard.

La première image qui nous vient en tête en entendant le nom Gilles de la Tourette, ce n'est pas le visage du neurologue français qui a été le premier à décrire cette maladie. On pense plutôt à la sévérité et à la complexité des tics qui en retournent.

On a tous entendu parler de cette personne qui cligne des yeux ou grimace sans arrêt, qui fait des bruits avec sa langue, la bouche, la gorge, le nez... On a également en tête le cas, plus rare, de celui ou celle qui a la fâcheuse manie de dire involontairement des mots grossiers ou d'injurier en public. Si l'image vous fait sourire, c'est que Danick a raison de penser que la méconnaissance peut mener à la moquerie.

Cinthia Lachance tend une feuille sur laquelle est imprimé un soleil. Drôle de façon de représenter un désordre neurologique qui porte ombrage. Mais le dessin a le mérite d'être clair.

Les tics moteurs et sonores sont représentés par le cercle alors que les rayons autour, une quinzaine, illustrent les autres problèmes associés de près ou de loin au syndrome. Parmi eux: les sautes d'humeur, l'hyperactivité et le déficit d'attention, l'opposition, la provocation, l'agressivité, l'anxiété, le manque d'inhibition, les obsessions, la rigidité...

Les premières inquiétudes de Cinthia Lachance, une maman monoparentale, sont apparues quand Danick avait 18 mois.

«Il avait des explosions de rage pour un oui ou pour un non. Il ne se contrôlait pas. Il pouvait être dangereux pour lui-même et pour les autres», raconte en toute franchise cette femme qui ne compte plus le nombre de psychologues, médecins et psychiatres consultés pour tenter de comprendre son bambin qui lui en faisait voir de toutes les couleurs.

Danick avait 4 ans lorsque sa maman a vu apparaître les premiers tics. L'enfant tirait sur son pantalon de façon compulsive ou, à tout moment, tournait sans raison sur lui-même.

En associant les nouvelles manies de Danick à ses problèmes de comportement, Mme Lachance a compris qu'elle venait peut-être de mettre le doigt sur le bobo, que la suite ne serait pas de tout repos.

À la rentrée de son fils à la maternelle, la Trifluvienne a pris soin d'aviser l'enseignante: «Regardez-le aller, mais je sais que vous allez me rappeler. Ça ne marchera pas.»

Deux semaines plus tard, le téléphone sonnait. Maman avait malheureusement raison. Ça ne marchait pas. Pas du tout.

«Danick ne se possédait plus. Il y avait trop de stimuli autour de lui», explique Mme Lachance. Le diagnostic du syndrome Gilles de la Tourette est tombé quelques semaines plus tard, sans surprise.

ZONE DES PRISES

Assis calmement et silencieusement sur le même canapé que sa mère, l'adolescent l'écoute raconter son enfance qui n'est pas si loin.

Revenons à ce qui l'anime, au baseball et à l'issue du match.

Après des études primaires dans les classes adaptées de l'école Mond'Ami, rien ne prédestinait Danick au programme sport-études, à l'Académie les Estacades.

«Je ne savais pas que j'étais une battante comme ça», sourit sa mère qui raconte...

Pour être heureux, son fils a toujours eu besoin de bouger et c'est sur le baseball qu'il a jeté son dévolu. «J'ai commencé à frapper des balles à deux ans!», souligne avec enthousiasme le principal concerné.

Un et un font deux? Ce n'est pas toujours aussi simple que ça. Le programme sport-études exige de ses athlètes des compétences sportives, mais également une moyenne académique de 75 % dans les matières de base. Problème.

Danick chemine à l'intérieur d'un programme qui s'adresse aux jeunes présentant un trouble envahissant du développement et, ou, de psychopathologie. L'enseignement y est différent. Les progrès aussi. On ne vise pas un pourcentage, mais un meilleur contrôle des comportements problématiques et une plus grande autonomie.

Danick peut dire merci à sa mère qui a convaincu l'école de faire fi des critères d'admission pour permettre à son fils de joindre les rangs de l'équipe de baseball, un sport qui le garderait sur les bancs de l'école.

«Te souviens-tu de ce que je te répète depuis que tu es tout petit?», demande-t-elle avant de répondre, en choeur, avec Danick: «Le syndrome Gilles de la Tourette va toujours t'accompagner, mais un jour, tu vas être plus fort que lui.»

Ce jour est en train d'arriver. Encouragé par sa mère, Danick croit de plus en plus en lui. «Le baseball me permet de mettre mes tics et mon syndrome de côté, de penser à autre chose», affirme avec une fierté palpable le jeune homme qui, depuis trois ans, collectionne les trophées du meilleur lanceur.

Au monticule, Danick Lachance-Plante domine. Ses yeux ne clignent pas sans arrêt. Les crispations de son visage sont inexistantes. Au moment de s'élancer, le lanceur étoile se permet cependant de faire un joyeux pied de nez à Gilles de la Tourette qui mord la poussière chaque fois.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer