Cinq finissants et une «maman d'école»

Entourée de Marie-Claude Ayotte, Vicky Nobert, Félix Lapointe,... (Stéphane Lessard)

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Entourée de Marie-Claude Ayotte, Vicky Nobert, Félix Lapointe, Patrick Villeneuve et Marc-André Gauthier, Lucie Drolet quitte pour la retraite alors que ses élèves sont attendus, mardi, à l'Auberge Gouverneur, à l'occasion du bal des finissants de l'école secondaire Val-Mauricie. La veille, ils assisteront à la cérémonie de remise des diplômes, au Centre des arts de Shawinigan.

Stéphane Lessard

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Madame Drolet est très émue. Tantôt elle rit, tantôt elle essuie ses joues ruisselantes de larmes. La femme de 58 ans est comme toutes les mères qui regardent partir leurs enfants avec fierté... tout en se disant qu'elle pourrait encore les retenir un peu. Saprée nostalgie.

Lucie Drolet n'est pas qu'une enseignante. Ses élèves, qu'elle considère comme ses propres enfants, l'appellent tout naturellement leur «maman d'école». Parmi eux, on retrouve Marie-Claude Ayotte, Vicky Nobert, Marc-André Gauthier, Félix Lapointe et Patrick Villeneuve. Ces cinq nouveaux diplômés de l'école secondaire Val-Mauricie ont en commun la déficience intellectuelle, un sourire victorieux accroché au visage et un petit vertige à l'aube de cette étape qu'ils s'apprêtent à franchir.  

Mardi soir, ils sont attendus dans la grande salle de l'Auberge Gouverneur, à Shawinigan. C'est le bal des finissants. Le sympathique quintette, qui a cheminé à travers un programme adapté à ses besoins particuliers, sera de la fête. Comme tous les élèves des classes dites régulières, les protégés de Mme Drolet seront sur leur trente-six et la tête remplie de rêves en devenir. 

Les mèches rouges, Marie-Claude est déjà passée chez la coiffeuse. Patrick a loué un habit de circonstance. Félix a pris soin de choisir un noeud papillon assorti à la couleur de la robe de sa cavalière... Ils n'ont rien laissé au hasard pour faire de ce 23 juin 2015 un souvenir impérissable. 

Lucie Drolet ne ratera pas cette soirée, même pour tout l'or du monde. Ce bal de finissants marque aussi le début de sa retraite.

Enseignante en adaptation scolaire, Lucie Drolet oeuvre dans le milieu de l'éducation depuis 1979. Ça lui fait 36 années de service dont les neuf dernières en compagnie des diplômés de sa classe, cinq élèves sur un total de quinze.

La dame les côtoie depuis qu'ils ont quitté la routine du primaire, à 11, 12 ou 13 ans. Elle sourit avec compréhension en racontant que plusieurs d'entre eux sont arrivés dans la grande école secondaire en pleurant comme des petits de la maternelle. 

«Je les ai vu grandir et évoluer. Aujourd'hui, mes élèves font des stages. J'en ai même un qui vit en appartement!», souligne Mme Drolet, admirative devant la volonté innée de ces jeunes adultes qui ne perdront jamais leur coeur d'enfant. 

Leur enseignante les aime d'amour, inconditionnellement. «Je les ai simplement acceptés et guidés...», explique-t-elle, de nouveau rattrapée par l'émotion.

Toute sa carrière durant, Mme Drolet aura réfléchi à la façon de leur transmettre l'essentiel. «Chaque fois que je faisais ma préparation de classe, je me demandais: Est-ce que ça va leur servir dans la vie?», raconte la dame avant de mentionner avec justesse: «Oui, c'est important que mes élèves connaissent leurs fractions. C'est pratique pour faire une recette. Mais ils ne sont pas obligés de suivre des cours d'algèbre.»

Les élèves de Mme Drolet ont des difficultés d'adaptation, d'apprentissage ou de comportement. Ils n'iront sans doute jamais au collège ou à l'université, mais ils ne sont pas différents des autres jeunes de leur âge qui veulent un emploi, leur propre chez-soi, un permis de conduire, un chum, une blonde... 

S'épanouir, ça s'apprend. L'enseignante appelle ça la pédagogie des petits pas. «Mais il faut accepter que ce soit long», concède Lucie Drolet qui a fait de la patience sa spécialité. Pour aider ses élèves à passer de l'école à la vraie vie, elle s'est inspirée de tout et de rien, y compris de ses propres cours de préparation au mariage suivis il y a 37 ans! 

Pour leur montrer à tenir un budget, Mme Drolet a imaginé un système d'enveloppes qui s'avère un outil efficace pour ceux et celles qui peinent à lire et à compter. L'enseignante sait pertinemment que des personnes malhonnêtes pourraient abuser de la confiance de ses petits plutôt grands. Elle leur a fabriqué des reçus, des billets d'autobus et autres factures afin qu'ils apprennent à payer leur

dû sans se faire avoir pour autant. 

À la veille de prendre sa retraite, Lucie Drolet parle de mission accomplie. «J'ai aidé mes élèves à progresser selon leurs propres capacités», dit-elle non sans un pincement au coeur. 

Lucie Drolet et ses élèves ont créé des liens indestructibles et pas juste en classe. Ensemble, ils sont allés au pied des chutes Niagara, ils ont applaudi les acrobates du Cirque du Soleil et ont dansé avec les chanteurs de Star Académie. La résidente de Notre-Dame-de-Mont-Carmel les a même accueillis chez elle pour des soirées relaxes au bord du feu. Sans compter le souper retrouvailles, pour les anciens, organisé deux fois par année à la rôtisserie.

Retraite ou non, Mme Drolet entend bien poursuivre cette tradition. Après toutes ces années passées auprès de jeunes qui lui ont donné de grandes leçons, dont l'ABC du bonheur sans prétention, la maman d'école a besoin de garder contact avec ses premiers de classe qui répondent déjà présents à son invitation.

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