400 fois merci à leur médecin

Âgé de 65 ans, le docteur Réjean Ruel... (Photo: Émilie O'Connor Le Nouvelliste)

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Âgé de 65 ans, le docteur Réjean Ruel quittera très bientôt pour sa retraite. Samedi, la population de Sainte-Anne-de-la-Pérade rendra hommage à ce médecin pas comme les autres.

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Si le docteur Réjean Ruel souhaitait partir discrètement à la retraite, il aurait dû y penser à deux fois avant de faire carrière à Sainte-Anne-de-la-Pérade.

Samedi soir, la population rendra hommage à cet oiseau rare de la médecine. Ses patients ont décidé qu'ils ne feraient pas les choses à moitié pour celui qui, pendant près de 40 ans, aura fait tout ce qui est humainement possible de faire pour contribuer à leur bonne forme physique et mentale.

Oubliez la formule 5 à 7 improvisée dans la salle d'attente de la clinique médicale de la rue Ricard. Depuis trois mois, un comité formé de sept personnes a orchestré une soirée digne d'un festival d'été. Les organisateurs de «L'hommage au Dr Ruel» ont réservé rien de moins que l'aréna pour réunir plus de 400 convives. Ces derniers ont payé 25 $ chacun pour trinquer à la santé du médecin avec, en guise d'ambiance, un petit concert privé du chanteur Boom Desjardins.

C'est Gaston Roy, 83 ans, le grand initiateur d'un événement qui se veut unique. «Il le mérite, le gars! Il y a 32 ans, le Dr Ruel m'a sauvé la vie!», raconte l'ancien expert en sinistre qui, à 50 ans, affichait un taux de cholestérol dangereusement élevé. Son médecin de famille est intervenu à temps. En apprenant qu'il allait prendre sa retraite, son patient a décidé de le remercier comme il se doit.

Réjean Ruel n'est pas supposé savoir ce qui l'attend, quoiqu'il s'en doute un peu. Le tout Sainte-Anne-de-la-Pérade est placardé d'affiches annonçant la fête de samedi soir. «Quand je vais à la pharmacie, les billets pour le souper sont dans ma face!», se défend-il avec amusement.

38 ans et un tiers

Ce sont les fameuses cabanes à pêche dispersées sur la surface glacée qui ont attiré l'attention du docteur Ruel et de son épouse, Céline Héroux. C'était à l'hiver 1977. Le jeune couple était en direction de leur région d'origine, Chaudière-Appalache, quand il a décidé de bifurquer de son chemin pour entrer dans le village où on était justement à la recherche d'un nouveau médecin. Deux mois plus tard, Réjean et Céline s'établissaient pour leur plus grand bonheur au pays des p'tits poissons des Chenaux.

Âgé de 65 ans, le Dr Réjean Ruel pratique la médecine depuis 40 ans dont «38 ans et un tiers» à Sainte-Anne-de-la-Pérade et ses environs. Ses patients se comptent par milliers. Il n'a jamais fait le calcul.

«Ce qui m'intéresse, c'est de soigner», affirme le médecin dont les soins à domicile sont devenus sa marque de commerce. «On dit de moi que j'ai été très disponible. Je pense que c'est vrai...», admet timidement le médecin qui n'a pas embrassé la carrière médicale pour être reconnu, mais pour faire du bien.

Réjean Ruel a toujours porté une attention toute particulière aux personnes âgées, qu'elles demeurent dans leur propre maison ou au Foyer de la Pérade. La clinique du Dr Ruel est au sous-sol. «C'est une vieille bâtisse, sans ascenseur», dit-il pour expliquer sa décision d'éviter à ses vieux patients de se déplacer jusqu'à lui, surtout l'hiver.

Muni de son inséparable trousse en cuir noir, le médecin sait pertinemment que sa visite à domicile meublait parfois la solitude de gens laissés à eux-mêmes. Certains l'accueillaient, habillés de ce qu'ils avaient de plus chics.

Réjean Ruel s'est déjà permis d'ouvrir la porte du frigo pour constater que derrière ces beaux habits, il n'y avait rien pour nourrir un semblant de qualité de vie. Ces dernières semaines, les plus vulnérables d'entre eux ont pleuré en disant au revoir à leur bon docteur qui a eu la gentillesse d'aller les saluer avant de prendre sa retraite.

À Sainte-Anne-de-la-Pérade, tout le monde connaît l'adresse du Dr Ruel. Celle de sa clinique... et de sa maison. À une certaine époque, on se partageait même son numéro de téléphone personnel.

«Le 9-1-1, c'était ici», raconte le médecin dans le confort de sa résidence, sur la rue de la Rivière. Les anecdotes et les récits plus dramatiques se multiplient autour de la table de cuisine. En quarante ans de pratique, le docteur a sauvé des vies et constaté des décès. Il n'était pas rare qu'il se fasse appeler en pleine nuit, et le week-end, tant pour un accident de voiture que pour une inquiétante montée de fièvre. L'afficheur n'avait pas encore été inventé, encore moins le service Info-Santé. Maintenant qu'on le connaît, parions que le docteur aurait répondu quand même.

Sa carrière a été marquée par des semaines de 60 à 70 heures. Ce sera son pain quotidien jusqu'à la dernière minute de sa dernière journée. D'ici le 1er juillet, le Dr Ruel veut cocher sa longue liste de dossiers à régler. Professionnel jusqu'au bout. Cette soirée reconnaissance qui s'organise pour lui le surprend, le touche et lui fait grandement plaisir. Comme pour se justifier, Réjean Ruel répète qu'il est devenu médecin pour aider le monde. Pour l'aimer aussi.

Jamais, en quarante ans, le futur retraité n'a remis en question son choix de carrière et les raisons pour lesquelles il a choisi une profession qui a changé en quarante ans, à une exception près. «Les relations humaines, elles, restent les mêmes», soutient le médecin qui a soigné avec empathie. Avec beaucoup d'empathie.

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