La 10e manche de Maxime Poulin

Maxime Poulin avait 5 ans lorsque le baseball... (PHOTO: STÉPHANE LESSARD)

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Maxime Poulin avait 5 ans lorsque le baseball est entré dans sa vie, et ce, pour son plus grand bonheur. Ici, on peut voir l'instructeur adjoint de l'équipe trifluvienne en grande conversation «stratégique» avec un jeune préposé au bâton.

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Maxime Poulin avait cinq ans lorsqu'il a mis les pieds pour la première fois sur un terrain de baseball. Il y a eu coup de foudre. Ou coup de circuit. Peu importe la tournure, l'effet est le même. À 38 ans, l'entraîneur des frappeurs des Aigles de Trois-Rivières a des étoiles dans les yeux lorsqu'il parle du sport dans lequel il continue de briller.

Le Beauceron d'origine utilise spontanément le mot passion, un terme qui n'est pas surexploité dans son cas. Sans cet amour quasi viscéral pour le baseball, le petit garçon devenu grand n'aurait peut-être jamais atteint le premier but. Il se serait retiré lui-même sur trois prises pour oublier un jeu qui n'en était pas un.

Si Maxime Poulin accepte aujourd'hui de laisser momentanément de côté son rôle d'instructeur, c'est pour donner sa voix aux enfants et aux adolescents victimes d'abus sexuels. Ça a été son cas et il veut que ça cesse. 

«J'avais 8 ans lorsque les agressions ont commencé», se souvient-il. Elles ont cessé deux ans plus tard pour se figer secrètement dans sa mémoire.

L'entrevue se déroule dans les estrades recouvertes et désertes du stade Fernand-Bédard. L'heure du dîner achève. Il pleut à boire debout. Le coach jette un regard amusé sur deux joueurs qui, pour passer le temps, s'exercent au tir à l'arc sur une cible en trois dimensions, un chevreuil grandeur nature esseulé sur le terrain en gazon naturel.

À l'abri des averses, on jase de sa carrière d'arrêt-court avec les Goldeyes de Winnipeg, de l'école de baseball qu'il a mise sur pied dans cette ville et qui, annuellement, attire quelque 700 joueurs en herbe. L'ancien numéro 6 évoque également le métier d'entrepreneur en construction qu'il pratique entre deux saisons et de son intention de revenir s'établir au Québec. Il y a rencontré l'amour, une fille de Trois-Rivières.

Pour Maxime Poulin, ce retour aux sources est également motivé par son besoin de se rapprocher de sa famille et de ses amis, des gens qui l'ont soutenu lorsqu'il a sombré au point de vouloir mettre fin à ses jours. C'était en 2011, quand, à 34 ans, il a réalisé que le kid de huit ans n'avait jamais réussi à anesthésier les agressions sexuelles endurées vingt-six ans plus tôt. 

«Au début, ça se voulait un jeu, mais après, j'ai été forcé de faire des choses que je ne voulais pas faire...»

À l'époque, le garçon n'a pas osé dénoncer les agissements condamnables de l'adulte, un homme de son entourage en qui l'enfant et ses parents avaient confiance. «Je ne comprenais pas trop ce qui se passait. Et il m'a menacé si je parlais...», révèle Maxime qui a caché ses souffrances dans un coffre fermé à double tour avant de se jeter à corps perdu dans le baseball.

«Je croyais qu'en vieillissant, je n'y penserais plus, qu'un jour, ça allait disparaître de ma tête», explique-t-il. Or, quand la retraite a sonné, le souvenir des abus a ressurgi de nulle part et le joueur de baseball n'a jamais vu venir la flèche reçue en plein visage.

Au-delà des frontières

Maxime Poulin est courageux malgré le mutisme dans lequel il s'est longtemps barricadé. Il aime profondément la vie même s'il a failli laisser tomber la partie. 

Depuis ce jour noir où il a voulu mourir, le jeune homme a décidé, comme dans un revirement de match, de parler publiquement et aussi souvent que nécessaire de ce que lui et d'autres jeunes ont vécu ou vivent encore. 

Fort d'une thérapie qui l'a aidé à affronter et à panser ses blessures invisibles, il s'est rapidement mis en action comme tout bon arrêt-court appelé à couvrir le deuxième et le troisième but. 

Maxime Poulin s'est également tourné vers l'organisme «Beyond Border», mieux connu au Québec sous le nom de «Au-delà des frontières». À l'instar de l'organisme associé à un réseau présent dans 75 pays, le bénévole se porte à la défense du droit des enfants de vivre à l'abri des agressions et de l'exploitation sexuelles. Il aimerait que son témoignage encourage, si ce n'est qu'une seule personne, à sortir du silence. À Winnipeg, des écoles l'ont déjà invité à donner des conférences. Chaque fois qu'il a partagé son histoire, Maxime Poulin a reçu des confidences lui confirmant qu'il a eu raison de parler.

À sa troisième saison de baseball à Trois-Rivières, l'entraîneur adjoint se dit prêt à y poursuivre sa mission. 

Maxime Poulin se propose même d'organiser, plus tard à l'été, une activité pour faire connaître la cause qu'il représente. «On pourrait profiter d'un match pour distribuer des dépliants à l'entrée du stade», réfléchit-il à voix haute avant d'insister sur l'importance de prévenir pour mieux protéger les enfants.  

«C'est ma façon d'aider les autres et de m'aider moi-même», affirme Maxime Poulin avec humilité et sérénité.

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