Soudeur marqué au fer rouge

En janvier dernier, Carl Champoux, 24 ans, obtenait... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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En janvier dernier, Carl Champoux, 24 ans, obtenait un diplôme en soudage montage du Centre de formation professionnelle Qualitech. En ce moment, le jeune homme au parcours jalonné d'épreuves se spécialise en soudage haute pression. À travers ses études, il renoue peu à peu avec la poésie et l'espoir de rêver à nouveau.

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Carl Champoux n'est pas très grand ni très gros. À 24 ans, il affiche un visage d'adolescent serviable et poli. Pas étonnant que sa mère l'appelle encore «mon p'tit chou», un surnom affectueux qui contraste avec le numéro de matricule 457899F reçu en prison.

Originaire de Victoriaville, Carl Champoux étudie au Centre de formation professionnelle Qualitech, à Trois-Rivières. Protégé par son masque de soudeur, c'est ici qu'il essaie d'assembler bout à bout des pans de sa vie, y compris ceux qui l'ont marqué au fer rouge.

Carl a grandi sous les jupes d'une mère poule et l'autorité d'un père jadis militaire. Le mélange des deux a engendré un enfant qui avait peu confiance en lui. Ses compagnons de classe ont repéré sa vulnérabilité et en ont vite fait leur souffre-douleur préféré.

Pour se rendre plus intéressant aux yeux des jeunes de son âge, celui qui préférait les chansons de Claude Barzotti à celles de Britney Spears s'est inventé une vie. Mais personne ne l'a cru lorsqu'il a raconté que son père conduisait un char d'assaut, que le blindé était stationné à l'arrière de la maison...

«Je disais les absurdités d'un enfant qui ne sait pas mentir», admet le jeune homme qui a cru naïvement que son passage au secondaire, dans une école privée, lui permettrait de tourner la page sur des années d'intimidation. Ça a été pire que jamais.

«J'avais des boutons, j'aimais jouer à Donjon Dragon et je portais des joggings de chez Walmart plutôt que des pantalons signés Armani. On me traitait de face de pizza», relate Carl qui gardait ces insultes pour lui afin d'éviter d'envenimer la situation.

Pour s'échapper d'un monde où on l'excluait déjà, l'adolescent s'est épris d'une véritable passion pour la poésie. Carl aimait jongler avec les mots, mais il ne s'est pas méfié lorsque la drogue s'est glissée entre deux vers, entre deux joints.

Carl a terminé ses études secondaires sous les effets de la marijuana et des amphétamines. Au cégep, l'étudiant en sciences humaines qui ambitionnait de devenir ambassadeur a finalement claqué la porte, vaincu par sa forte dépendance à l'ecstasy.

«Trouve-toi un emploi», ont sommé ses parents qui ne soupçonnaient pas dans quel merdier leur fils s'était laissé entraîner.

Dans son Victoriaville natal, Carl a accumulé les jobs avant de les perdre les unes après les autres. «J'étais tout le temps gelé», souligne le jeune homme qui, à 19 ans, n'a pas eu le choix d'apprendre à voler de ses propres ailes, lui qui n'en avait pas.

Un vol et quatre ans de prison

Carl Champoux se souvient d'avoir vécu dans sa voiture pendant deux semaines avant de prendre la direction du Saguenay avec un ami et sa blonde. C'était le 18 juillet 2010. En cours de route, les deux gars en quête de sensations fortes ont dévié de leur itinéraire. Ils ont fait irruption dans un dépanneur de Québec, armés d'une carabine à plomb trouvée dans le coffre arrière de la voiture de Carl. «Je m'en servais seulement dans la forêt, pour tirer sur des arbres et des canettes de bière», se justifie l'ancien cadet de l'armée qui avait pris soin de retirer les munitions avant d'entrer dans le commerce pour y réclamer le contenu du tiroir-caisse et des cigarettes.

Le visage masqué par un foulard, Carl Champoux raconte s'être fait «pogner» comme dans un mauvais western, moins d'une heure après avoir commis une grave erreur de jeunesse.

Le 7 octobre 2010, le gars à peine sorti de l'adolescence a été reconnu coupable d'un vol qualifié avec usage d'une arme à feu et de déguisement dans un but criminel.

«Il aurait été plus approprié d'aller faire du parachutisme ou du bungee si vous étiez à la recherche d'une montée d'adrénaline», a déclaré le juge en condamnant Carl Champoux et son complice à quatre ans de prison.

Le Victoriavillois a été incarcéré entre les murs de l'établissement correctionnel Archambault (Sainte-Anne-des-Plaines) avant de se retrouver au centre de détention Leclerc, à Laval. Celui qui connaissait par coeur les ballades de Francis Cabrel avait maintenant pour voisins de cellule des membres des Hells, de gangs de rue et de la mafia italienne.

«J'ai subi des viols à répétition... Ici, j'ai reçu un coup de poignard...»

Carl Champoux remonte son t-shirt pour exhiber une cicatrice à l'abdomen. C'est la seule qui paraît. Toutes les autres, toujours ouvertes celles-là, sont enfouies au plus profond de son être. Le détenu au corps frêle n'a jamais parlé des agressions subies derrière les lourdes portes en acier de la prison Leclerc. «J'en ai braillé un coup, mais personne ne s'est rendu compte de rien», affirme-t-il sur le ton de l'écolier maigrichon qui a toujours refusé de dénoncer ceux qui lui faisaient subir des mauvais traitements.

Cour de récréation ou cour de prison, Carl Champoux s'est emmuré dans le silence, persuadé que c'était l'unique façon d'y survivre.

Depuis sa sortie de prison, le 21 décembre 2011, Carl Champoux ne rêve plus la nuit ou, du moins, ne s'en souvient jamais. Il s'en désole, lui qui aimait céder au sommeil pour laisser libre cours à son imaginaire poétique.«J'ai trop peur de rêver à ça...», dit-il en évoquant son passage en prison, un cauchemar qui aura duré dix-huit longs et interminables mois.

La vie de Carl Champoux est un film, un drame qui finit bien, malgré ses démêlés avec la justice et ses problèmes de drogue qui sont revenus le hanter.

Carl Champoux est trifluvien depuis janvier 2012. C'est à la Maison Radisson qu'il a entrepris sa réinsertion sociale. C'est à la Maison Carignan qu'il s'est libéré de sa dépendance aux drogues. C'est au Centre de formation professionnelle Qualitech qu'il a pris sa meilleure décision depuis longtemps. Il y a entamé des études en soudure et a accepté toutes ces mains qui lui ont été tendues.

Au fond, cet élève ex-détenu n'était pas un criminel. Il était un jeune homme pas très grand ni très gros, serviable et poli, qui avait besoin d'un sérieux coup de pouce pour croire en lui et en l'avenir.

Récemment, Carl Champoux s'est fait remarquer dans le cadre du souper des partenaires du programme Gagnant-Gagnant de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy. Ce programme encourage la persévérance et la réussite d'élèves, et ce, en leur apportant une aide plus grande qu'on pense.

Carl a notamment reçu des bons de réduction à l'épicerie et un abonnement de trois mois pour s'entraîner au Complexe sportif Alphonse-Desjardins. Ça a l'air de rien comme ça, mais vous devriez lui voir le sourire lorsqu'il parle de la confiance acquise à force de lever des poids.

Carl Champoux ne rêve peut-être plus la nuit, mais le jour, il s'accroche à l'espoir d'un avenir heureux, à l'abri des tourments du passé.

Membre des Chevaliers de Colomb de Sainte-Anne de Danville, dans la région du Centre-du-Québec, le jeune homme de 24 ans nouvellement en amour souhaite gagner sa vie honorablement, mais par-dessus tout, fonder une famille à l'image de celle qu'il redécouvre auprès de ses parents.

«Ils ne m'ont jamais abandonné», tient à remercier leur fils retrouvé.

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