La face cachée d'un clown humanitaire

Pour Guillaume Vermette, 27 ans, les premiers symptômes... (PHOTO: ISABELLE LÉGARÉ)

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Pour Guillaume Vermette, 27 ans, les premiers symptômes liés aux troubles anxieux sont apparus vers l'âge de 9 ans.

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

L'anxiété, c'est comme de la visite qu'on n'attend pas et qui éternise son séjour sans demander la permission. Au début, elle se fait discrète, mais graduellement, devient franchement envahissante.

L'anxiété ne fait pas de discrimination d'âge, de sexe, de revenu, de religion, de petits ou de gros bras. Elle s'invite là où niche une fragilité. Parfois, elle pousse l'audace jusqu'à jouer les trouble-fêtes, obligeant alors monsieur le clown à retirer temporairement son nez rouge.

Ce printemps, Guillaume Vermette a pris une pause de ses activités de clown humanitaire. Lui dont le boulot consiste à sourire à tous vents pour apporter un peu de réconfort s'est finalement rendu à l'évidence. Il lui fallait de l'aide pour prendre soin de lui.

Si le Nicolétain d'origine accepte aujourd'hui de parler de ses problèmes liés à l'anxiété, ce n'est certainement pas pour «faire pitié», avise-t-il dès le début de la rencontre qui se déroule dans son logement, à Montréal.

Habitué de se présenter à travers les traits de son sympathique Yahou, Guillaume Vermette veut briser les tabous entourant les troubles anxieux. De la même manière qu'il est allé à la rencontre d'enfants malades, d'orphelins russes ou de jeunes réfugiés syriens, il veut faire du bien.

«Je fais cette entrevue pour moi et pour les autres. L'anxiété, c'est méconnu et incompris, alors que des personnes anxieuses, il y a en a beaucoup», constate Guillaume Vermette, 27 ans, dont les premiers symptômes sont apparus vers l'âge de 9 ans.

«L'anxiété, ça fait partie de moi», avoue-t-il. Assis à la table de sa cuisine, café à la main et chapeau de paille sur la tête, Guillaume Vermette se décrit comme un enfant timide et introverti, qui était sujet à des maux de tête et de ventre récurrents. Ses anciens profs s'en souviendront peut-être. En classe, le garçon affichait un taux d'absentéisme record.

«Une chance que j'étais bon pour apprendre par moi-même, vite et bien. Sinon, je ne sais pas comment j'aurais fait pour réussir...», raconte l'ancien élève de l'école primaire Curé-Brassard et de l'école secondaire Jean-Nicolet.

Pour tenter de comprendre et de soulager ses malaises qui disparaissaient et revenaient comme les saisons, Guillaume Vermette et ses parents se sont tournés vers une panoplie de spécialistes.

Ce n'est qu'à l'âge de 15 ans, après six ans de diagnostics plus ou moins précis, que l'adolescent a finalement entendu parler d'anxiété. À dose normale, ce mécanisme biologique pouvait aider le jeune Guillaume à affronter une situation inquiétante, mais ressentie à longueur de journée, sans raison apparente, ça finissait par l'emprisonner.

Le jeune homme a entrepris une thérapie cognitivo-comportementale qui, sommairement, consiste à prendre conscience de ses pensées anxieuses, à leur faire face pour mieux les désamorcer.

«Pour moi, ça marche très bien, surtout quand les pensées sont claires et précises», explique celui qui, fort de cette approche, a réussi à se bâtir une vie lui permettant de s'épanouir et de mettre au monde Yahou.

Guillaume Vermette laisse aux psy le soin d'analyser le tout à sa place, mais il convient que le clown thérapeutique qu'il est devenu a fort probablement été influencé par le petit garçon anxieux en lui.

«Je pense que j'ai une affinité naturelle envers les jeunes incompris. Quand je suis dans un orphelinat ou ailleurs, on dirait que je les spotte tout de suite, ces enfants-là. Je vois en eux ce que les autres ne voient pas», souligne le clown dont les pitreries, mais aussi l'étincelle dans le regard, ont permis d'apaiser des enfants confrontés à la maladie, à l'abandon et à la guerre.

Clown, mais également directeur des productions Yahou, Guillaume Vermette mène sa barque avec succès. Les projets et les honneurs sont nombreux. Récemment encore, il s'est vu décerner par le gouvernement du Québec le Prix distinctif pour l'engagement dans le secteur de la communication. Guillaume était cependant absent à l'Assemblée nationale pour recevoir cet hommage pleinement mérité.

En avril dernier, le Montréalais d'adoption s'est plutôt rendu à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont pour y demander de l'aide. «Je ne suis plus capable de gérer mon anxiété. Ça me dépasse», a-t-il dit en se présentant à l'urgence.

Dirigé vers la clinique de jour L'Envolée, le travailleur autonome a, à raison de cinq jours par semaine pendant huit semaines, suivi une série d'ateliers de groupe qui lui ont permis de répondre à ses besoins spécifiques et de

refaire surface.

Maintenant que la tempête est passée, Guillaume peut bien l'admettre: ces derniers temps, il avait tenu «un peu trop» pour acquis que ça allait bien dans sa vie de gars anxieux de nature, que ses symptômes avaient fini par prendre définitivement la porte de sortie. 

«À mon avis, pour gérer ton anxiété, tu n'as pas le choix de la vivre. L'erreur typique, c'est de faire comme si elle n'était pas là. Ignorer un problème ne le règle pas», rappelle-t-il en souriant, comme toujours.

Guillaume Vermette se dit heureux, mieux outillé pour reprendre le contrôle de sa vie et du service en tant que clown, à titre d'intervenant et, éventuellement, de conférencier. Plus que jamais, il souhaite favoriser une meilleure compréhension de l'anxiété qu'il a appris à accepter et à... aimer.

«Elle a fait de moi la personne formidable que je suis! À travers mon cheminement, j'ai développé de belles qualités», souligne avec fierté l'homme résilient et d'une grande humilité qui se révèle aujourd'hui sous le nez de clown.

Les troubles anxieux

Environ 16 % des Québécois présentent des symptômes 

de troubles anxieux au Québec.

L'anxiété devient un problème quand:

elle ne disparaît pas quand la situation préoccupante revient à la normale;

elle apparaît sans raison;

elle préoccupe continuellement la personne;

elle empêche la personne de fonctionner et d'agir normalement au travail, en société ou dans d'autres domaines du quotidien.

Symptômes psychologiques:

une difficulté à se concentrer

un sentiment d'inquiétude

Les principales formes de troubles anxieux: 

les phobies (spécifique et sociale)

le trouble d'anxiété généralisée

le trouble panique et l'agoraphobie

l'état de stress post-traumatique

Symptômes physiques: 

fatigue, troubles du sommeil, maux de tête, étourdissement, nausées, palpitations cardiaques, sensation d'étouffement, tremblements... 

Source: ministère de la Santé et des Services sociaux

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