La fille aux cheveux d'ange

La Trifluvienne Caroline Jutras fera don de ses... (PHOTO: OLIVIER CROTEAU)

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La Trifluvienne Caroline Jutras fera don de ses cheveux dans le cadre du Défi tête rasée Leucan présenté à Saint-Léonard-d'Aston où elle a grandi.

PHOTO: OLIVIER CROTEAU

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) On n'exagère pas en disant que Caroline Jutras est une beauté naturelle.

Son visage est radieux alors que ses cheveux longs, abondants et soyeux sont juste parfaits. Avec une tête pareille, la jeune femme de 28 ans pourrait apparaître dans une publicité pour une chevelure de rêve. Elle a plutôt décidé de raser sa superbe crinière et de l'offrir au suivant.

Demain, son crâne dénudé lèvera le voile sur la profondeur de son regard. Sur son grand coeur aussi.

En après-midi, la Trifluvienne sera de retour dans son patelin d'origine, Saint-Léonard-d'Aston. Elle est attendue au Centre Richard-Lebeau pour poser un geste qui n'a rien d'un coup de tête. Caroline participera au Défi têtes rasées Leucan.

Caroline Jutras souhaite encourager la cause des enfants malades et faire don de ses cheveux. En prenant la forme d'une perruque, ils symboliseront l'espoir à une personne qui, contrairement à Caroline, n'a pas choisi de s'en passer.

Il y a huit ans, elle a été bouleversée par la lecture d'un article racontant comment une femme atteinte du cancer et soumise à une série de traitements avait dû faire le deuil de ses cheveux. Dès lors, Caroline Jutras s'était fait la promesse d'aider, un jour, une personne à se trouver magnifique de nouveau, malgré les effets secondaires de la maladie.

«Moi, mes cheveux vont recommencer à pousser dès le lendemain du défi», rappelle-t-elle, visiblement émue par le courage de ceux et celles, jeunes et moins jeunes, qui doivent combattre le cancer.

Soucieuse d'offrir une chevelure de qualité et en santé, Caroline Jutras s'est abstenue depuis quatre ans de teindre ses cheveux qui ont mis autant d'années à atteindre cette longueur enviable. «Je suis très heureuse d'avoir fait ce petit sacrifice puisqu'il servira à réaliser un peu plus ce qui me tient à coeur: montrer à une personne que, malgré tout, la vie est belle!», écrit Caroline sur sa page Facebook où elle invite ses amis à donner généreusement pour la recherche sur le cancer.

Diplômée en design de mode du Cégep Marie-Victorin, à Montréal, Caroline Jutras a créé, avec sa partenaire d'affaires Izabel Nadeau, le commerce en ligne de montres-bijoux «Chérie, montre-moi». Inévitablement, la question se pose... Comment une fille mordue de la mode et des tendances, pour qui l'apparence est le gagne-pain, en arrive-t-elle à vouloir passer sous la tondeuse à cheveux? 

Sa réponse ne se fait pas attendre. Caroline se soucie davantage de l'image des autres que de la sienne. «Le domaine de la mode est superficiel. C'est ce qui m'a amené à poser un geste pour autrui», ajoute la Trifluvienne.

Histoires de filles

Au Québec et dans la région, il y a de plus en plus de filles qui, à l'instar de Caroline Jutras, décident de passer sous le clipper dans le cadre du Défi têtes rasées Leucan.

Dimanche dernier, parmi les 80 personnes qui ont participé à l'événement qui se déroulait au Centre Les Rivières, la moitié étaient des femmes. Du jamais vu, selon la coordonnatrice de Leucan Mauricie-et-Centre-du-Québec, Carol Beaudry.

D'année en année, elle constate que leur nombre augmente au même rythme que varient les motivations évoquées. Souvent, les participantes le font après des mois de réflexion, par solidarité envers une personne de leur entourage touchée par le cancer. À l'inverse, certaines rendent leur décision sur le banc, comme cette dame de 80 ans de Victoriaville qui a mis sa tête fraîchement coiffée à prix, question de clouer le bec à son fils qui la défiait gentiment.

Mme Beaudry est impressionnée à chaque fois devant ces modèles d'audace féminine. Et que dire du cran des fillettes et des adolescentes!

En 2014, parmi les 702 personnes de la région qui se sont inscrites au Défi têtes rasées Leucan, 214 étaient des femmes et, parmi elles, on comptait 52 filles âgées de 7 à 16 ans.

«Pour les plus jeunes, jusqu'à la dernière minute, on leur répète qu'elles peuvent changer d'idée. Aux adolescentes de 16 ans, on leur rappelle que leur bal sera dans la prochaine année. Les cheveux, ça repousse, mais pas si vite que ça!», souligne Mme Beaudry avec admiration pour celles qui vont jusqu'au bout. Après tout, elles ont grandi en écoutant Caillou

«C'est un geste que je suis incapable de poser moi-même...», avoue la porte-parole de Leucan en toute humilité, reconnaissante envers les Caroline Jutras de ce monde dont la nouvelle coupe à ras les rend plus belles encore.

La jeune femme d'affaires de Trois-Rivières n'est pas la seule à vouloir faire don de ses cheveux. Carol Beaudry sourit en racontant avoir déjà reçu des couettes par la poste. Lors des premières éditions du Défi têtes rasées Leucan, plusieurs participants joignaient le fruit de leur récolte capillaire à l'argent amassé.

«On remplissait des boîtes de cheveux et c'est devenu ingérable», admet Mme Beaudry qui invite maintenant les généreuses personnes à se tourner vers des fondations comme «DonEspoir Cancer» qui fabrique des perruques naturelles qu'elle remet gratuitement aux enfants atteints de cancer.

À parcourir la liste des critères de cet organisme sans but lucratif, Caroline Jutras peut s'asseoir en toute confiance sur la chaise de la coiffeuse. Ses cheveux atteignent les vingt centimètres qui sont minimalement exigés pour en faire don.

Elle sait surtout qu'en moins de temps qu'il n'en faut pour crier ciseau, sa chevelure permettra à une femme ou à un petit coco de se sentir mieux armé pour poursuivre le combat de sa vie.

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