L'autre grand défi de Richard L'Heureux

En juin 2013, Richard L'Heureux était parmi les... (PHOTO: FRANÇOIS GERVAIS)

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En juin 2013, Richard L'Heureux était parmi les participants du Grand défi Pierre Lavoie qui carburent aux 1000 kilomètres séparant la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean à la ville de Montréal. Le journaliste trifluvien a cependant vu son aventure virer au drame après avoir été impliqué dans une chute avec d'autres cyclistes. Deux ans plus tard, il ne s'est pas complètement remis de cet accident.

PHOTO: FRANÇOIS GERVAIS

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Richard L'Heureux a toujours fait du vélo. Insatiable et infatigable, il a connu plusieurs étés de 4000 kilomètres. La vie est belle sur deux roues. Les yeux fixés sur la route, on ne pense à rien, concentré sur sa vitesse, son souffle et sa lancée parmi les plus beaux paysages.

À l'aube de cette nouvelle saison, le Trifluvien de 56 ans se passionne toujours autant pour le vélo même si ces deux dernières années, il a roulé, tout au plus, 40 km...

Richard L'Heureux est loin de battre son record, mais ce que son odomètre ne dit pas, c'est que le cycliste aguerri revient de loin, de très loin, et que l'itinéraire qu'il a été forcé d'emprunter implique de longs détours. 

L'accident s'est produit le 14 juin 2013, aux environs de 23 h.

Le journaliste sportif de Radio-Canada Mauricie était au nombre des participants au Grand défi Pierre Lavoie. Il avait quitté la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean en direction de Montréal. Richard L'Heureux faisait partie d'une équipe composée d'employés de la société d'État qui se relayaient tout au long des 1000 km. C'est à lui qu'on avait réservé le segment de nuit, entre La Tuque et Saint-Tite. 

Ce peloton muni de lumières était formé de cyclistes habitués de rouler à une cadence élevée. «J'étais tellement fier et heureux d'être là», raconte celui qui ne garde aucun souvenir des circonstances dramatiques qui ont mis fin à l'expérience d'une vie.

«La dernière image que j'ai en tête est celle où je suis arrêté pour boire de l'eau avec la gang, un peu avant Trois-Rives», décrit le Trifluvien qui ne se souvient pas d'avoir repris la route, ni d'avoir tenté d'éviter une bouteille échappée par un participant à l'avant.

Sa chute a été aussi inévitable que violente. Son casque s'est fendu sous la force de l'impact contre la chaussée. Et comme si ce n'était pas assez, la roue d'un cycliste arrivant à vive allure a heurté la tête de Richard L'Heureux qui était inconscient durant son transfert au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières.

La nature de ses blessures ne s'est pas fait attendre: fracture de la clavicule, côtes cassées et, la moins visible, mais la plus sournoise, un traumatisme crânien modéré complexe.

Lorsqu'il s'est réveillé quelques heures plus tard aux soins intensifs, le reporter habitué de poser des questions n'avait aucune idée du pourquoi du comment il n'était plus sur son vélo. «J'étais perdu. J'ai dit au médecin que j'étais un électricien!», sourit Richard en supposant qu'il a confondu sa profession avec le métier de son père.

Sauf exception, il n'a aucune idée de ceux et celles qui lui ont rendu visite durant ses dix jours d'hospitalisation. Ce que le sportif n'oubliera jamais cependant, ce sont les puissants maux de tête et vomissements qui sont venus l'avertir que les séquelles seraient persistantes, voire permanentes.

Richard se console. Il aurait pu trouver la mort sur le bitume, ou demeurer lourdement paralysé. 

«Mon chum a vieilli de dix ans en deux ans...», laisse tomber Luce Vallières, l'épouse de Richard L'Heureux qui ne s'objecte pas devant un tel constat. 

Au début, il devait lui tenir la main pour marcher. Ses problèmes d'équilibre le rattrapent encore aujourd'hui, surtout en fin de journée, lorsqu'il est fatigué. «J'ai l'air d'un gars en état d'ébriété...», se compare-t-il. 

Au centre de réadaptation InterVal où il a été suivi par une kyrielle d'intervenants, le Trifluvien a compris qu'il devrait s'ajuster à sa nouvelle réalité. On a dû lui réapprendre à descendre les escaliers, lui qui avait l'habitude de grimper les marches deux par deux, en courant.

Richard L'Heureux évite du mieux qu'il peut tout ce qui est générateur de stress. «Ça m'énerve sinon et je deviens encore plus mêlé», admet en toute franchise un homme qui doit également composer avec des troubles de la mémoire.

Lui dont le boulot était de prendre des notes s'en remet maintenant à Luce ou à son téléphone intelligent (en autant qu'il se souvienne où il l'a déposé la dernière fois) pour lui rappeler de ne pas oublier ceci ou cela.

Au chalet, ses voisins sont avisés. «Si je t'emprunte quelque chose, reviens le chercher parce que moi, je ne m'en souviens plus!», avoue-t-il avec humour. 

«Savoir s'adapter, c'est le secret», soutient l'ancien athlète du saut à ski qui, l'hiver dernier, a renoué non sans nervosité avec le ski alpin. «Je me suis tenu dans la pente familiale», précise le journaliste qui poursuit sa convalescence, ses tentatives de retour au travail n'ayant pas été concluantes à ce jour. 

Marié depuis 32 ans à sa chère Luce, une mordue comme lui de cyclotourisme, Richard L'Heureux envisageait de faire la traversée du Canada. C'était avant qu'une bouteille d'eau ne vienne zigzaguer devant sa roue. Plutôt que d'abandonner son projet de retraite, le couple l'a revu et modifié. La découverte du pays se fera en auto avec, souhaite-t-il, des petites boucles contemplatives sur deux roues.

Depuis deux ans, Richard L'Heureux s'est tenu à l'écart des événements sportifs, toutes disciplines et saisons confondues. S'il avait été sur place, le Trifluvien aurait voulu se retrouver sur la ligne de départ, comme avant...

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, son amour pour le vélo et l'activité physique est intact. «Le sport le plus dangereux, c'est quand tu restes assis dans ton divan, avec un sac de chips», soutient-il.  

Victime d'un accident de parcours, Richard L'Heureux renoue un pas à la fois avec le plaisir de bouger. Il avance à son rythme et à sa façon, le seul objectif que le cycliste a en tête maintenant que son quotidien a pris les allures d'un grand défi.

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