Deux gars et un chopper

John Harrison, Christian Rivard et le magnifique Spartacus.... (PHOTO: STÉPHANE LESSARD)

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John Harrison, Christian Rivard et le magnifique Spartacus.

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

On ne soupçonne pas toujours ce qui se trame dans la quiétude d'un quartier résidentiel, derrière la porte de garage d'une maison près de chez vous.

«On va faire ça comme dans un bike show!», annoncent Christian Rivard et John Harrison sur le ton enjoué de deux gamins trépignant d'impatience. 

Habitués d'épater la galerie, ils ont activé le jeu de lumières multicolores et recouvert leur trésor d'un drap de velours rouge. Entre les pneus d'hiver, les gallons d'huile à moteur et les outils, une oeuvre d'art se dévoile dans toute sa splendeur. Voici Spartacus, un chopper.

Pour les férus d'histoire, Spartacus est un esclave gladiateur d'origine thrace qui dirigea la Troisième Guerre servile, en Italie, entre 73 et 71 av J.-C. Merci Wikipédia.

Christian Rivard a eu envie de s'inspirer de l'audace et de la combativité du personnage mythique pour démarrer son projet hors de l'ordinaire: la fabrication, de A à Z, d'un chopper. Il ne pouvait pas mieux trouver comme nom. Son Spartacus a fière allure et impose le respect.

Directeur des opérations de l'entreprise ATrahan Transformation, à Yamachiche, Christian Rivard, 50 ans, avait 11 ans lorsqu'il a reçu la clé de sa première moto, un Mini trail 70cc. Depuis, il ne s'est plus jamais passé de ce moyen de transport qui rime avec liberté. C'est en assistant, en 2007, à l'un des plus gros rassemblements de motos en Amérique du Nord - le Laconia Motorcycle Week - que l'idée de construire son propre chopper a germé.

On reconnaît entre mille ce type de véhicule à deux roues, notamment en raison de sa très longue fourche, son silencieux particulièrement bruyant et sa peinture personnalisée. Butch (Bruce Willis) le décrit très bien dans le film Pulp Fiction... «Ça, c'est pas une moto, c'est un chopper!»

Le Trifluvien a passé plusieurs et de longues soirées devant son ordinateur, à la recherche de chacune des pièces qui allaient donner forme à Spartacus. Lorsque M. Rivard a eu en sa possession toutes les composantes de son nouveau dada, il s'est tourné vers John Harrison, un employé de l'entreprise ATrahan doué en soudure et en assemblage. Le propriétaire du chopper avait besoin d'une main de maître pour permettre à Spartacus de passer du rêve à la réalité.

S'il s'est d'abord montré hésitant avant de se lancer dans pareille aventure, John Harrison a fini par se laisser entraîner par l'enthousiasme de Christian Rivard. «Seul, je n'en serais jamais venu à bout», soutient celui-ci en regardant son complice avec reconnaissance. Les deux hommes sont devenus des amis. Leurs conjointes aussi.

Tant mieux pour tout le monde puisque depuis 2007, à raison de deux soirs par semaine, Christian et John se donnent rendez-vous dans le mystérieux garage où Spartacus est né au terme d'une gestation de milliers d'heures réparties sur un peu plus de quatre ans.

Christian Rivard et John Harrison sont deux artisans de l'acier inoxydable dont la minutie et la rigueur sont dignes de mention. Ils ont conçu le corps musclé du gladiateur sur deux roues. Ils l'ont revu, corrigé et poli dans les moindres détails, avec une patience dont ils ne soupçonnaient probablement pas l'existence en eux. À lui seul, le réservoir à essence est composé de 32 pièces soudées avec la précision d'un bijou de fantaisie.

Christian Rivard n'en finit plus de se déplacer autour de son chopper en exhibant ceci et cela. Triomphant comme un enfant devant son jouet préféré, il est particulièrement fier de montrer les vis, les boulons et le filage que lui et John ont réussi à dissimuler sous une aile, la selle ou un boîtier, et ce, à force d'ingéniosité.

Pour les connaisseurs, les couleurs de Spartacus sont le fruit du talent de Martin Bouchard, allias Fitto, un artiste de l'aérographe (communément appelé «airbrush»).

Imaginé en 2007, Spartacus a été mis au monde en janvier 2012. Depuis, il participe à différentes expositions de motos, tant au Canada qu'aux États-Unis. Ses deux concepteurs, de parfaits inconnus dans l'univers des grands fabricants de choppers, raflent à peu près tous les prix sur leur passage. Spartacus fait l'unanimité auprès des amateurs et charme les juges. Pour en avoir une meilleure idée, une visite s'impose sur la page Facebook de Spartacus Artisanal Chopper.

Une partie du sous-sol de la résidence de Christian Rivard a été transformée en une véritable caverne d'Ali Baba. On y retrouve tous les trophées récoltés à Montréal, Ottawa, Toronto, Daytona et ailleurs, sous l'oeil averti de centaines de milliers de visiteurs.

Plus souvent qu'autrement, le chopper trifluvien décroche la première position. De retour dans leur garage, Christian et John ont cependant mieux à faire que de s'asseoir sur leurs lauriers. Perfectionnistes, ils continuent d'embellir le corps métallique du gladiateur dont ils sont devenus les vaillants esclaves. 

Non, le chopper n'est pas à vendre. Inutile de tenter de négocier avec Christian Rivard qui évalue à plus de 100 000 $ la facture totale des pièces. Et c'est sans compter le jus de bras, le sien comme celui de John Harrison.    

D'une beauté rare, Spartacus est hors de prix, d'autant plus qu'avant longtemps, il formera un couple. Ses deux concepteurs songent sérieusement à lui fabriquer une compagne avec qui il pourra faire tourner les têtes.

En effet, Spartacus n'est pas qu'une oeuvre d'art statique. Il peut rouler par de beaux dimanches ensoleillés. Christian Rivard et John Harrison ne l'ont pas muni d'un klaxon pour rien.

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