Homophobie: les alliés de Donald Picotte

Donald Picotte est l'un des visages de la... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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Donald Picotte est l'un des visages de la Journée mondiale contre l'homophobie, le dimanche 17 mai. À Trois-Rivières, une marche est prévue à 13 h 30. Le départ sera lancé devant l'église Sainte-Cécile.

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Aux quelques-uns qui se sont déjà amusés à le traiter de «fif» dans la cour d'école, Donald Picotte a des petites nouvelles pour eux. «Ça ne m'a jamais vraiment dérangé», dit-il en souriant.

Évidemment, l'homme aujourd'hui âgé de 44 ans s'en serait passé, mais en analysant la scène avec le recul du temps, cette discrimination dont il a fait l'objet a attisé en lui sa volonté de s'afficher, de s'affirmer et de devenir aujourd'hui un ardent défenseur des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transidentitaires (LGBT).

«Je suis quelqu'un qui est sorti très jeune du garde-robe, qui s'est aussi battu très jeune pour nos droits», souligne Donald Picotte.

Originaire de Saint-Alexis-des-Monts, le Montréalais est l'un des visages de la Journée internationale 2015 contre l'homophobie et la transphobie, une campagne qui souhaite mettre en lumière les alliés, ces personnes hétérosexuelles qui, par leurs paroles et actions, soutiennent les hommes et les femmes de différentes orientations sexuelles.

Donald Picotte avait 16 ans lorsqu'il a quitté Saint-Alexis-des-Monts pour poursuivre ses études à Montréal. À l'époque, il ne se disait pas homosexuel. Malgré ce qu'on pouvait penser et dire autour de lui, ce n'était pas aussi clair pour le jeune homme.

«Je suis parti parce que je me sentais différent des autres», nuance celui qui avait besoin de l'anonymat de la grande ville pour s'affranchir du regard des autres, trouver son identité et tracer sa voie.

Agent administratif à l'Hôpital Maisonneuve, M. Picotte siège depuis plusieurs années sur le comité national LGBT de la CSN. Il parcourt les milieux de travail de partout au Québec pour sensibiliser les employeurs et employés aux droits des personnes de différentes orientations sexuelles, des privilèges dont elles préfèrent trop souvent se priver plutôt que d'avouer leur «différence» aux patrons et collègues.

M. Picotte donne l'exemple du travailleur qui se déclarera malade plutôt que de se prévaloir du congé prévu pour assister aux funérailles du père de son conjoint. Il dit comprendre cette réaction sans l'approuver pour autant. D'où sa mission des quelque vingt-cinq dernières années.

D'un côté, les syndiqués sont encouragés à mettre cartes sur table avec leurs dirigeants, de l'autre, Donald Picotte insiste auprès des employeurs pour qu'ils demeurent discrets. Ce n'est pas à eux d'annoncer au reste de l'usine qu'un tel bénéficie de journées de congé parce qu'il vient de se marier avec son chum.

Sur l'initiative de la Fondation Émergence, la journée thématique consacrée à la lutte contre l'homophobie et la transphobie a toujours sa raison au Québec. Quoi qu'on en pense, quoi qu'on en dise, l'homosexualité demeure un sujet tabou, particulièrement en milieu de travail où la double vie constitue encore une porte de sortie.

«Un gars va parler de sa femme Sylvie jusqu'à ce qu'il sorte du placard et qu'on découvre que Sylvie, c'est en réalité Sylvain. On voit ça régulièrement...», affirme Donald Picotte avant d'ajouter que la candidature d'une personne qui a toutes les compétences pour décrocher un emploi peut être subtilement rejetée si son orientation sexuelle ne correspond pas aux valeurs de celui ou celle qui fait passer l'entrevue.

Vous pensiez que la situation avait évolué depuis les années Duplessis? Oui, mais elle demeure fragile. Donald Picotte est catégorique: «L'homophobie est présente au Québec, au travail surtout, mais elle s'est raffinée en raison des risques de poursuite.»

On dénonce les employeurs, mais les collègues ne sont pas sans tache. Les blagues redondantes de la pause café sur les gais et lesbiennes ne sont malheureusement pas passées de mode en 2015. Elles dissimulent le même mépris. C'est ici que les alliés sont invités à se faire voir et entendre pour remettre à sa place celui ou celle dont les «jokes de tapette» ne font plus rire personne.

Parmi les alliés de Donald Picotte, on retrouve Martial Picotte et Lise Robert qui habitent toujours à Saint-Alexis-des-Monts. Jeune adulte, le garçon a pourtant hésité à leur avouer son homosexualité. Il s'en est d'abord confié à sa mère avant d'en parler à son père... deux ans plus tard.

«Mon père travaillait dans le milieu de la construction. Je craignais qu'il se fasse blaster sur les chantiers. Je pense que je voulais le protéger un peu», raconte Donald Picotte qui n'a jamais regretté d'avoir fait confiance à Martial, un homme de qui il a hérité du fort caractère... Depuis cette conversation d'homme à homme, non seulement leur relation père-fils a pris un heureux tournant, mais le paternel n'a jamais subi les railleries de ses compagnons de travail qui se sont montrés plus compréhensifs que désobligeants dans leurs propos.

Invité à prononcer des conférences sur l'homophobie en milieu de travail à Copenhague, Paris, Toronto, Vancouver, etc., Donald Picotte entend poursuivre ses actions militantes aussi longtemps qu'il le faudra, conscient que son combat déborde largement des frontières du milieu de travail.

L'allié, c'est aussi l'ami virtuel qui désapprouve publiquement les commentaires discriminants envers les LGBT sur les réseaux sociaux. C'est également la voisine qui vous annonce avec bonheur la naissance, la nuit dernière, du bébé de sa fille et de sa blonde.

Les alliés, ce sont vous et moi qui refusons d'entretenir la culture du placard en félicitant sincèrement cette nouvelle grand-maman, sans oublier les heureux parents.

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