Katherine et Lise, cinq ans plus tard

Cinq ans après le décès de sa fille... (PHOTO: SYLVAIN MAYER)

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Cinq ans après le décès de sa fille Katherine, Lise Lebel parle de cette sensation de vide qui sera toujours présente en elle.

PHOTO: SYLVAIN MAYER

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Entendre le nom de Lise Lebel, c'est penser à Katherine Beaulieu et vice versa. L'une ne va pas sans l'autre. Mère et fille sont unies à la vie, à la mort, et jamais rien ni personne ne pourra empêcher ça.

Le 3 mai 2010, Katherine Beaulieu est décédée tragiquement. Il y a cinq ans, la raison de vivre de Lise Lebel s'est éteinte brutalement. 

«Le fondement de ma vie n'est plus là. J'aurai beau faire n'importe quoi, il n'y a rien qui va boucher ce trou-là. Oui, il y a du monde autour de moi que j'aime et qui m'aime, mais ça fait cinq ans que je ne l'ai pas vue... À 21 ans, mon enfant me prenait encore tous les jours dans ses bras. Je suis en manque», avoue une femme qui ne voit pas le jour où disparaîtra cet état de sevrage qui lui a été imposé.

Rencontrée dans sa résidence du secteur Saint-Georges-de-Champlain, à Shawinigan, Lise Lebel parle à coeur ouvert de ce qu'elle est devenue depuis le 3 mai 2010, quand son corps et tout son être ont encaissé le choc qui a tué Katherine.

L'étudiante en marketing était en route pour l'Université du Québec à Trois-Rivières lorsque sa voiture a été percutée de plein fouet par le véhicule conduit par Irina Mysliakovskaia. La femme roulait en sens inverse sur l'autoroute 55 avec un taux d'alcool dépassant la limite permise.

La mort dans le détour

Katherine Beaulieu était à la fois reconnue pour sa sensibilité et sa force de caractère. Pour son sens de l'humour aussi, comme en fait foi cette photo d'elle costumée en Mario Bros. 

La jeune femme avait des verges de tissus et le talent de sa mère pour s'inspirer. Quand sa fille a eu 3 ans, Lise Lebel a démarré au sous-sol de la maison une entreprise de confection (Libel) afin de se consacrer à son enfant tout en vaquant à son travail.

Libre de son horaire, la maman de Katherine a longtemps été une «workaholic» qui trouvait l'énergie pour s'investir bénévolement dans sa communauté. Au fur et à mesure par contre que sa fille gagnait en âge et en autonomie, Mme Lebel a peu à peu délaissé ses engagements afin de se consacrer à elle-même.

«J'étais convaincue que quelque chose d'autre s'en venait pour moi», se souvient Mme Lebel qui n'aurait jamais pu deviner que c'est la mort de son unique enfant qui l'attendait dans le détour.

Fille perdue, maman désorientée

«Dans ma vie, j'avais décidé d'être une mère, et un jour, je ne l'étais plus. Perdre Katherine, c'est l'épreuve ultime. Toute ma vie, je serai désorientée», affirme Lise Lebel qui, malgré la violence de l'impact sur sa propre existence, est demeurée debout. 

«Je suis certaine que Katherine aurait détesté me voir dans un état d'abandon total. C'est peut-être ça qui me tient. Il faut qu'elle reste fière de qui j'étais», soutient sa mère.

Tout au long du processus judiciaire entourant la mort de Katherine Beaulieu, Lise Lebel a été présente. Chaque fois qu'il a été question dans les médias d'Irina Mysliakovskaia, elle a réagi. Protectrice comme une maman louve, Mme Lebel continuera de l'être aussi longtemps qu'elle vivra. 

Un an jour pour jour après le décès de Katherine, une fondation est née. Depuis, sa mère multiplie les conférences dans les écoles secondaires de la région. Elle y raconte son histoire de façon percutante, persuadée que c'est la meilleure façon de convaincre les jeunes des dangers de l'alcool au volant. 

Les adultes ne sont pas en reste. Vous l'avez sûrement croisée tard le soir ou au beau milieu de la nuit, au terme d'un événement festif réunissant des centaines de personnes. Lise Lebel ne s'y trouve jamais par hasard, encore moins pour célébrer. Elle propose aux invités de vérifier leur taux d'alcoolémie avant de rentrer à la maison. Beaucoup acceptent, certains se défilent, quelques-uns lui reprochent de gâcher la fête.

«Ils nous disent qu'on n'a pas d'affaire là, qu'ils sont assez grands pour prendre leur décision. Ça dérange», constate Mme Lebel en haussant les épaules. 

Par ses actions, cette mère endeuillée veut mettre ses concitoyens devant leurs responsabilités. Elle souhaite qu'en voyant ou en entendant le nom de Katherine Beaulieu, la personne qui a consommé de l'alcool y réfléchisse à deux fois avant de prendre la route.  

«Ma fille est décédée dans des circonstances de marde», dit-elle sans ménagement à ceux et celles qui lui demandent comment elle fait, cinq ans plus tard, pour ne pas abandonner la cause.

«Je lâcherai le jour où il n'y aura plus une cenne dans le compte de la fondation. Je saurai alors que les gens veulent passer à autre chose», ajoute Mme Lebel qui se défend d'être portée par un sentiment de colère. «Je suis déçue», précise cette femme avant d'admettre que la colère mine autant. «Ça tue à petit feu», laisse-t-elle tomber, frustrée d'être confrontée au deuil de la continuité.

Katherine aurait 26 ans aujourd'hui. À l'instar de quelques-unes de ses bonnes copines, la jeune femme serait peut-être une nouvelle maman et sa propre mère, une grand-maman comblée. On ne le saura jamais.

Des oiseaux et une Luna

De son propre aveu, Lise Lebel n'a pas eu beaucoup de moments heureux au cours des cinq dernières années. Les fous rires qu'elle avait l'habitude de partager avec sa fille n'ont pas eu lieu. Victime collatérale de l'accident qui a tué Katherine, sa mère refuse cependant de se victimiser.

«Je suis encore capable de m'émerveiller devant des choses que des gens ne voient pas», sourit Mme Lebel en regardant les oiseaux qui recommencent à fréquenter les mangeoires, dans sa cour. «Ce n'est pas parce que Katherine est décédée que j'ai laissé tomber mes fleurs dans l'aménagement paysager», souligne-t-elle encore. «Puis j'ai mon chien, Luna», ajoute la dame en parlant du magnifique goldendoodle qui déborde d'affection pour quiconque franchit la porte de la maison.

Que peut-on souhaiter à Lise Lebel cinq ans après le décès de Katherine Beaulieu? 

«Je ne le sais pas. Je me pose régulièrement la question. J'aimerais être capable de poursuivre...», répond-elle d'abord avec hésitation avant de tenter ceci...

«J'aimerais que les gens me voient comme une mère qui a fait quelque chose de positif avec une histoire négative, qu'ils comprennent que j'essaie de changer les choses pour protéger leur enfant. Ma fille, je ne peux plus la protéger, elle est partie.»

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