Quand tout n'est pas rose

Membre de l'équipe féminine 2014 des Défis du... (PHOTO: STÉPHANE LESSARD)

Agrandir

Membre de l'équipe féminine 2014 des Défis du parc, Mylène Parent a accepté de raconter son histoire pour, espère-t-elle, briser la stigmatisation entourant les problèmes de santé mentale.

PHOTO: STÉPHANE LESSARD

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Sainte-Anne-du-Sault) «Aujourd'hui, j'ai besoin de partager avec vous mon histoire des derniers mois...»

C'est ainsi que débutent les confidences de Mylène Parent partagées plus tôt cette semaine sur la page Facebook de l'équipe féminine, édition 2014, des Défis du parc.

Mylène est l'une des quelque 200 «Roses» qui, le 20 septembre dernier, après neuf mois d'entraînement intense, ont enfourché leur vélo pour franchir 105 kilomètres - et 44 côtes - dans le parc national de la Mauricie.

Comme toutes les participantes, Mylène était fébrile au moment de prendre le départ. Elle n'était pas différente non plus des autres filles qui ont traversé le fil d'arrivée en riant et en pleurant de fierté. Aussi épuisées que dynamisées, ces femmes avaient su relever un défi en apparence insurmontable. Elles venaient de faire la preuve que l'activité physique a le pouvoir de marier le corps et l'esprit.

Or, une semaine jour pour jour après ce mémorable samedi de septembre, Mylène a craqué, persuadée que sa vie ne valait plus la peine d'être vécue.

(...) «Depuis quelque temps, je n'allais pas bien. J'ai sorti les lettres préparées pour mes enfants, mon mari et ma famille, puis j'ai décidé de quitter mon domicile. Pour faire quoi? Je n'en avais aucune idée à ce moment-là, mais une chose est certaine, je voulais juste disparaître et arrêter de souffrir. Je voulais éviter ma présence à mon entourage, pour, qu'eux aussi, arrêtent de souffrir de ma présence de plus en plus négative à leurs côtés. Mon conjoint m'a suivie dans le bois derrière chez moi et a décidé que je «valais» la peine d'alerter la police! Ce sont donc les policiers, puis les ambulanciers, qui sont venus me ramasser pour m'emmener à l'hôpital. Cette journée-là, on m'a sauvé la vie!», écrit Mylène dans son message adressé aux membres de l'équipe féminine que j'ai eu le bonheur de côtoyer avec elle, et ce, sans jamais soupçonner la détresse d'une des nôtres.

Depuis des mois, Mylène apprenait à dompter les pentes du parc national tout en luttant silencieusement contre ses démons intérieurs. Notre amie souffrait sans le savoir d'une maladie qui ne paraît pas, mais qui fait mal au point qu'elle a voulu disparaître.

«J'ai toujours eu des up and down, mais jamais à ce point-là», dit celle qui, l'été dernier, n'arrivait plus comme avant à contrôler son humeur en montagnes russes. Une semaine, la cycliste de Sainte-Anne-du-Sault, dans la région du Centre-du-Québec, s'entraînait pour son défi avec une énergie contagieuse. La semaine d'après, elle était dans un état d'abattement difficile à comprendre pour elle-même et pour ses proches.

«J'arrivais du travail et je disais à mon mari et à mes enfants que j'avais eu une grosse journée et que j'allais me coucher. Il était cinq heures et demie et je me réveillais le lendemain matin», raconte Mylène. Et non, elle n'avait pas besoin de se faire répéter qu'elle avait une famille aimante, un bon boulot et une belle maison pour être heureuse. La santé mentale, c'est beaucoup plus complexe que ça.

À l'hiver dernier, la jeune femme de 38 ans a reçu le diagnostic de bipolarité, type 2. Au Centre hospitalier Hôtel-Dieu d'Arthabaska où elle a été suivie en psychiatrie, Mylène s'est rapidement sentie écoutée et comprise. Soulagée aussi.

«Depuis le temps que je n'étais pas bien, il y avait maintenant une raison», dit-elle doucement dans la chaleur de sa résidence qu'elle a construite avec son chum.

Mylène va mieux, mais demeure fragile. Elle n'a pas repris la routine vélo-boulot-dodo comme plusieurs Roses à qui elle s'est confiée cette semaine, mais elle vient de leur donner une excellente raison de ne pas abandonner l'entraînement.

L'équipe féminine des Défis du parc, édition 2015, s'est s'associée à la Fondation de l'Institut universitaire en santé mentale Douglas et vise à amasser 100 000 $ qui seront remis sous forme de bourses de recherche. L'histoire de Mylène Parent prend tout son sens ici.

«Pour m'aider et pour aider tous ceux et celles qui souffrent en silence, comme moi, de peur d'être jugés, je vous demande de rouler et de vous dépasser! J'ai peine à croire que je l'ai fait l'an passé, il y a quelques mois à peine...» a-t-elle écrit en parlant des 105 kilomètres franchis sous la pluie et face aux vents.

Mylène a également accepté de partager ici son message qu'elle veut d'espoir. Personne n'est à l'abri d'un problème de santé mentale. «Ça fesse tout autant qu'une maladie physique, sans qu'on ne s'y attende», témoigne celle qui, avec l'aide de la médication, du soutien de son entourage et des rencontres au sein de groupes d'entraide, retrouve son équilibre et la force en elle.

Pour cette jeune femme, parler publiquement de la bipolarité, c'est briser les tabous, lutter contre la stigmatisation, surmonter son sentiment de solitude et prouver que la lumière existe vraiment au bout du tunnel.

Une paire d'espadrilles a été laissée près de la porte-fenêtre avec vue sur la terrasse et le boisé derrière sa maison. Mylène Parent aime s'y retrouver pour marcher et entendre le coassement des grenouilles qui annoncent le retour du beau temps.

La Rose a recommencé à bouger, à son rythme et sans objectif précis. En fait, oui, et cette athlète du courage est bien partie pour l'atteindre. «Je veux reprendre peu à peu les rênes de ma vie», se promet-elle en souriant.

Les troubles bipolaires

Aussi connus sous le nom de psychose maniaco-dépressive, les troubles bipolaires sont des maladies qui entraînent des dérèglements de l'humeur se manifestant par des phases tant de dépression que d'excitation (manies). Ces phases apparaissent soit en réaction au stress, soit sans raison apparente et peuvent être d'intensité variable et s'entrecouper de périodes de stabilité. C'est une condition médicale qui est caractérisée par des changements dans le fonctionnement du cerveau.

Les premiers symptômes se déclenchent généralement entre l'âge de 15 et 25 ans. Par contre, les symptômes plus graves apparaissent habituellement vers l'âge de trente ans. Autant d'hommes que de femmes sont atteints de troubles bipolaires.

Source: Institut universitaire en santé mentale Douglas

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer