Souvenirs d'adolescence à La Séjournelle

Chantal Vincent est une intervenante sociale à La... (PHOTO: SYLVAIN MAYER)

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Chantal Vincent est une intervenante sociale à La Séjournelle. On la voit ici en compagnie d'adolescents qui ont bénéficié des services de la maison d'hébergement pour femmes victimes de violence conjugale.

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Marc* avait 15  ans lorsqu'il s'est retrouvé à La Séjournelle. C'était il y a trois ans, le jour de son anniversaire...

Pour une histoire de cadeau offert par sa mamie, mais désapprouvé par le conjoint de sa mère, «la chicane a pogné», raconte le jeune homme. À l'entendre, ça a gueulé pas mal fort, suffisamment en tout cas pour que la maman finisse par prendre ses petits, ses cliques et ses claques. La fête était finie. 

Le soir de son 15e anniversaire de naissance, Marc n'était pas au resto, aux quilles ou au cinéma. L'adolescent n'était pas entouré d'amis venus célébrer avec lui. Il s'est retrouvé avec sa mère et sa petite soeur dans une chambre de La Séjournelle, une maison pour femmes victimes de violence conjugale, à Shawinigan.

«On s'en va.» Béatrice* avait 13 ans lorsque sa mère lui a demandé de quitter précipitamment la maison avec ses deux petits frères. Quelques heures auparavant, la femme avait reçu des menaces de mort de son chum devenu son «ex» depuis.  

À sa fille aînée, la maman a vaguement expliqué que pour un certain temps, ils iraient habiter chez «une madame», sans donner plus de détails sur l'endroit, encore moins sur la durée du séjour.  

«Quand je suis arrivée ici, je trouvais que la madame avait une grosse famille», sourit Béatrice en parlant de cette résidence de huit chambres pour femmes et enfants ayant nulle part où aller quand un conflit éclate trop fort. L'adolescente n'a pas tardé à comprendre que tout ce beau monde avait dû, comme elle et les siens, se mettre à l'abri d'une crise conjugale.

Marc et Béatrice sont aujourd'hui âgés de 18 et 15 ans. Si on leur pose la question, ils répondront qu'ils gardent de bons souvenirs de leur passage à La Séjournelle, un endroit où il fait bon se retrouver quand on ne se sent plus en sécurité chez soi. 

Évidemment, à choisir, ces jeunes gens auraient préféré ne jamais aboutir ici, mais pour cela, il aurait fallu qu'ils n'entendent jamais en écho les cris, insultes et menaces qui ont été balancés par un homme à la figure de leur mère.

Chantal Vincent est intervenante sociale à La Séjournelle. Dans ce lieu d'hébergement et de ressources externes, les enfants sont accueillis avec une attention particulière. Rapidement, on dirige les plus jeunes vers la salle de jeux. Instinctivement, ces fillettes et garçons se réapproprient leur enfance négligée à force de vivre dans un climat de tension.

«Lorsque les enfants réalisent que maman est correcte et qu'ils n'ont plus à s'inquiéter pour elle, ils se permettent de recommencer à jouer», observe Mme Vincent avant d'admettre que l'approche est plus délicate du côté des adolescents. Leur naïveté a été mise à rude épreuve. La console de jeux au sous-sol de la maison peut bien les divertir un peu, mais elle n'a pas le pouvoir de faire disparaître la peine, la colère et tous les sentiments contradictoires qui s'entrechoquent en eux.

Chantal Vincent sait pertinemment que pour une fille ou un garçon de 15 ans, un séjour de quelques semaines, parfois de quelques mois à La Séjournelle, exige une bonne dose d'adaptation. Habitués d'être chez eux, dans leur «bulle», ils se retrouvent soudainement séparés de tout, à commencer de leurs amis, à partager une chambre avec maman et le reste de la fratrie. 

«Quand je suis arrivée ici, je n'avais rien. J'avais dû partir sans mes affaires alors je

capotais un peu», raconte Béatrice.

«Lorsque des ados se présentent à la maison, on essaie le plus possible de leur donner un peu d'espace», explique Mme Vincent avant d'ajouter que les jeunes n'ont pas tous les mêmes réactions quand ils atterrissent à La Séjournelle. Si certains sont soulagés d'accompagner leur mère qui souhaite reprendre sa vie en main, d'autres lui en veulent de les éloigner de leur milieu, y compris de leur père violent qu'ils aiment malgré tout.

«Je ne veux pas que papa aille en prison!», a déjà confié une adolescente en se braquant devant la main tendue par les intervenantes.

«C'est sûr qu'au début, ça me faisait un peu drôle d'être ici, avec des personnes inconnues», avoue Marc qui, lors de son passage à La Séjournelle, a d'abord eu le réflexe de s'isoler dans son coin. Le jeune homme se croyait le seul gars dans la place jusqu'à ce qu'on lui présente non pas une, mais un intervenant avec qui, peu à peu, il a appris à sortir de sa coquille.

En 2011, La Séjournelle a mis sur pied une équipe d'intervention jeunesse composée d'une femme (Chantal Vincent) et d'un homme (Jean-François Daneault). «Nous souhaitons que les jeunes puissent s'identifier à un modèle de relation égalitaire», explique Mme Vincent qui constate, à la lumière des propos de Béatrice et de Marc, que l'aide qu'ils continuent de recevoir en externe leur permet d'aborder l'avenir avec confiance et sérénité.

«Ils ont repris leur vie d'adolescents», se réjouit Chantal Vincent en regardant ces deux jeunes somme toute heureux d'avoir franchi les portes de La Séjournelle avec leur mère qui, elle aussi, se porte mieux.

* Prénoms fictifs

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