Vent de solidarité Chez Grace

Mercredi midi, Chantal Trépanier est venue prêter main-forte... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Mercredi midi, Chantal Trépanier est venue prêter main-forte à Daniel Boutet (derrière elle), associé au restaurant Chez Grace, à Shawinigan. Présidente-directrice générale de l'entreprise SIM, Mme Trépanier se joint aux nombreuses personnes qui veulent aider la propriétaire Grace Renaud qui est durement éprouvée par le décès d'un de ses enfants.

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Mercredi midi, les clients attablés au restaurant Chez Grace, à Shawinigan, n'avaient aucune idée du rythme de travail effréné dans la cuisine. Ils ne pouvaient pas deviner que dans chaque soupe tonkinoise ou sandwich qui leur a été servi, une brigade improvisée a parsemé leur assiette d'un élan de solidarité envers la propriétaire des lieux, Grace Renaud.

Une chronique ne peut pas exprimer la souffrance d'une mère frappée pour la deuxième fois par la mort tragique d'un enfant. Un, c'était déjà trop. Deux, ça relève du non-sens. Grace Renaud n'a pas besoin d'en dire davantage.

Daniel Boutet est son associé, mais avant tout, «son plus grand ami du monde», dit-il simplement.

Mercredi midi, malgré sa peine indicible, l'homme était dans la cuisine du resto, concentré sur les légumes à déposer délicatement dans chaque bol de nouilles.

«Dan» tenait à être là. Pour occuper ses mains, son esprit, mais aussi parce qu'il n'a pas vraiment le choix.

«Chez Grace» a ouvert ses portes il y a moins d'un an, au début du mois d'août en fait. C'est un petit commerce qui démarre avec toute la fragilité des premiers pas.

Fermer les portes du resto le temps d'encaisser le choc et d'amorcer la longue traversée du deuil? Impensable. Daniel Boutet ne s'attend pas à autant de compréhension de la part des créanciers.

N'empêche que Grace a besoin de calme et c'est ici qu'ont décidé d'intervenir des amis, collègues et commerçants désireux de lui apporter un peu de douceur.

«Grace et Dan ont tout fait ici. Tu vois le comptoir? Ils l'ont fabriqué à partir d'une vieille galerie», souligne, admirative, Chantal Trépanier en se servant une nouvelle tasse de thé.

La femme reprend son souffle au beau milieu de la salle à manger où, mercredi midi, elle a exceptionnellement servi les repas.

Chantal Trépanier est une habituée du sympathique restaurant. Présidente-directrice générale de l'entreprise SIM qui est également établie sur la 5e Rue, elle aime se retrouver Chez Grace à l'heure du lunch.

La dame est toujours certaine d'y croiser des employés, partenaires d'affaires et vieilles connaissances qui, comme elle, apprécient la convivialité des lieux.

Avec le temps, on peut dire que Chantale Trépanier est devenue une amie de la proprio dont l'associé, Daniel Boutet, est également à l'emploi de SIM.

«Grace a une telle créativité. Elle n'a pas de recettes. Elle invente!», louange Mme Trépanier, soudainement très émue.

La femme est parfaitement consciente qu'aucune parole ne peut faire disparaître le malheur qui s'abat sur la restauratrice. C'est la raison pour laquelle Chantal Trépanier a décidé de se mettre en action et d'inviter le plus de personnes possible à en faire autant.

Dès dimanche soir, la patronne de SIM envoyait un courriel à ses 120 employés pour les inviter à continuer de fréquenter le restaurant Chez Grace, mais mieux encore, à venir y donner un coup de main.

Le message a été entendu de telle sorte que depuis le début de la semaine, il y a un va-et-vient constant dans la cuisine où Daniel Boutet essaie de reproduire du mieux qu'il peut la touche unique de Grace.

Rapidement, plusieurs commerçants de la 5e Rue et gens d'affaires de partout à Shawinigan ont également décidé d'apporter leur soutien en accueillant la clientèle, préparant des sandwiches, fournissant des desserts...

«Une amie est même venue nous remettre les clés de son chalet pour qu'on aille s'y recueillir!», ajoute Daniel Boutet, les traits tirés par le tourbillon des derniers jours.

«Lorsqu'on a ouvert le restaurant, on voulait offrir un endroit différent à Shawinigan, où on n'aurait pas à marcher dans les platebandes de personne», dit-il avant de rappeler que la compétition est forte, voire encouragée entre commerçants.

Grace Renaud et Daniel Boutet ont décidé de s'élever au-dessus de ce réflexe en tendant la main à leurs voisins du centre-ville. La boulangerie d'à côté leur fournit le pain, le boucher sur l'autre rue, la viande, et ainsi de suite.

Sachant que les deux restaurateurs doivent surmonter une terrible épreuve en plus d'assurer la survie de leur commerce, tout le monde autour s'est senti interpellé avec le résultat qu'on connaît. Un casse-croûte du coin a même proposé à M. Boutet de lui prêter un de ses cuisiniers.

«Le terme solidarité n'est pas galvaudé ici. On reçoit l'énergie des gens qui souhaitent nous aider en se rendant utiles», les remercie M. Boutet en parlant aussi au nom de Grace.

La dame reviendra dans sa cuisine le moment venu. «Grace, c'est la résilience à l'état pur...», témoigne Chantal Trépanier qui, entre deux réunions, sera de nouveau au poste au resto pour soutenir une maman qui en a bien besoin.

Une campagne de financement en ligne sera créée afin de permettre à Grace Renaud et à Daniel Boutet d'affronter les semaines à venir sans trop de soucis financiers.

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