Une classe, dix élèves, cinq niveaux

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Myriam Brouillette a à coeur de faire connaître l'existence d'un milieu où évoluent dix élèves de cinq niveaux scolaires différents.

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Notre-Dame-de-Montauban) Habituellement, les enseignants préfèrent passer leur tour. Retourner à l'époque d'Émilie Bordeleau? Non merci. Myriam Brouillette, elle, a levé la main sans hésiter, mais précise que s'arrête ici la comparaison entre elle et la mythique institutrice.

L'école primaire de la Passerelle, à Notre-Dame-de-Montauban, n'a rien d'une école de rang. Pourtant, on y retrouve qu'une seule classe de cinq niveaux différents. Dix et cinq comme dans: Kéliane en 1re année, Léa et Océane en 3e, Nicolas en 4e, Sophie, Alyssia et Sarah-Maude en 5e, puis Marylie, Jolène et Dylan en 6e. La moitié d'entre eux ont des liens de parenté.

On peut écrire sans exagérer que la tâche est colossale pour Myriam Brouillette, une prof chef d'orchestre qui maîtrise l'art de la planification. De Kéliane à Dylan, elle doit s'assurer que d'ici la fin juin, chacun de ses protégés aura acquis toutes les connaissances prescrites dans les cinq programmes académiques.  

Oui, ça lui en fait beaucoup à se mettre sous la dent. Les soirées de correction sont longues et les week-ends, occupés à organiser son agenda de la semaine à venir. Elle a la vocation donc.

Mme Brouillette peut heureusement compter sur la présence dans sa classe de Nathalie Moreau, une collègue avec qui elle pratique le coenseignement («team teaching»). Mme Moreau se joint aux spécialistes en musique, anglais et en éducation physique qui vont et viennent dans l'école.

Rien n'est laissé au hasard dans cette classe où les élèves évoluent dans une ambiance familiale exempte de conflits et d'intimidation. «Il n'y a pas de chicane ici. Le climat de travail est détendu», décrit l'enseignante qui n'a pas besoin de demander à ses élèves de former un rang pour circuler dans l'école.

La directrice, Geneviève Buist, est persuadée que dans la classe de Madame Myriam, on s'épanouit comme nulle part ailleurs. L'enseignement y est de très grande qualité avec, en prime, «des paysages magnifiques et des grands espaces», dit-elle à l'intention des petites familles adeptes du plein air qui pourraient avoir le goût de s'établir dans le coin. 

En plus de la Passerelle, Geneviève Buist dirige l'école le Sablon d'or (72 élèves), à Lac-aux-Sables, et l'école Masson (170 élèves), à Sainte-Thècle.

Madame la directrice regarde avec un mélange de fierté et d'affection la plus petite qui, assure-t-elle, n'a rien de la laissée-pour-compte du trio. Au contraire. Son gymnase et la bibliothèque ont tout ce qu'il faut pour faire des jaloux. Les jeunes ne manquent pas d'équipements sportifs pour s'amuser, encore moins de livres à parcourir dans un local dont le décor est sorti tout droit du monde de l'imaginaire. 

La présence d'un tableau blanc interactif, d'ordinateurs et de tablettes numériques est également la preuve qu'Internet a trouvé son chemin jusqu'aux limites nord-est du secteur Mékinac. Les projets entrepreneuriaux se succèdent aussi avec enthousiasme. Un nouveau site Web s'apprête notamment à voir le jour sous l'oeil d'expert des élèves.

Bref, inutile de se montrer de mauvaise foi en demandant où se trouvent le poêle à bois et le ténébreux Ovila Pronovost pour charrier les bûches dans la classe. L'école de la Passerelle est chauffée, éclairée, branchée et lumineuse. 

Le hic, c'est que c'est un secret trop bien gardé, même à Notre-Dame-de-Montauban où des parents sont tentés d'inscrire leur enfant dans les écoles populeuses des municipalités voisines. La directrice et l'enseignante n'y voient pas une faute majeure, mais la méconnaissance d'une situation qu'elles souhaitent corriger.

«On existe!»

Construite en 1980, l'école de la Passerelle a une capacité d'accueil de 120 élèves, ce qui veut dire qu'il y a plusieurs classes vacantes, et ce, depuis de nombreuses années. 

Geneviève Buist est réaliste. Elle ne s'attend pas à ce que du jour au lendemain, la population de quelque 850 habitants de Notre-Dame-de-Montauban augmente comme le débit, au printemps, de la chute du Neuf.

Mme Buist ne va pas jusqu'à espérer l'invasion de joyeux écoliers dans sa cour de récréation, mais refuse de rester impuissante devant la diminution constante du nombre d'élèves observée ces dernières années, une baisse qui s'explique par des bonnes et mauvaises raisons, dont la désertion.

Sachant qu'il y a seulement dix élèves à l'école du village, des parents inscrivent leur enfant à l'école voisine avec le résultat qu'avant longtemps, d'autres parents se sentiront justifiés de les imiter parce que le nombre d'élèves à de la Passerelle sera passé de dix à neuf, à huit, sept et ainsi de suite.

La Commission scolaire de l'Énergie se montre rassurante en affirmant qu'elle n'a aucunement l'intention de fermer l'école de Notre-Dame-de-Montauban. La directrice préfère malgré tout sonner la cloche tout de suite que trop tard.

«C'est important de faire connaître l'école à la population. On existe!», déclarent en coeur Geneviève Buist et Myriam Brouillette. Vantant le caractère unique de l'enseignement qui y est offert, les deux femmes n'en démordent pas: la classe (très) multiniveaux de l'école de la Passerelle vaut le détour.

Récemment, Geneviève Buist a rencontré le maire Jean-Guy Lavoie pour discuter avec lui du rôle qu'il pourrait jouer. Après tout, la municipalité est directement concernée par l'avenir de l'école primaire sur son territoire. 

L'école de la Passerelle n'a pas les moyens de s'offrir un service de garde après les heures de classe, un service essentiel en 2015. À Notre-Dame-de-Montauban comme à Trois-Rivières, la journée de travail de la vaste majorité des parents ne se termine pas en même temps que leur progéniture, à 15 h.

Mme Buist aimerait que la Municipalité prenne la relève de l'école une fois la classe terminée. Sa demande est légitime. 

Depuis septembre, trois écoliers de Notre-Dame-de-Montauban fréquentent l'école primaire de Lac-aux-Sables, une conséquence directe de l'absence d'un service de garde dans leur patelin d'origine. L'an prochain, deux enfants s'y rendront pour faire leur maternelle. Reviendront-ils par la suite? Dossier à suivre. «Nous, tout ce qu'on souhaite, c'est garder nos jeunes dans notre milieu et peut-être même en attirer d'autres», souligne Geneviève Buist avant de rappeler qu'à Notre-Dame-de-Montauban, une frimousse de plus dans la classe de Madame Myriam change le portrait de toute une école.

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