Le rebond pour Marc Laurence

Étudiant en administration des affaires à l'Université du... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Étudiant en administration des affaires à l'Université du Québec à Trois-Rivières, Marc Laurence a remporté la médaille d'or aux Jeux du Canada avec son équipe de basket-ball en fauteuil roulant.

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Marc Laurence se déplace sur un terrain de basket-ball comme peu de joueurs savent le faire, en dribblant et en faisant avancer son fauteuil roulant une poussée à la fois.

Le jeune homme de 20 ans a une nouvelle médaille d'or à son cou. Elle a été remportée aux Jeux du Canada, en février dernier, à Prince George, en Colombie-Britannique. Cette médaille symbolise également la fin de sa carrière dans un sport qui lui aura permis de grandir comme tous les enfants de son quartier, en lançant au panier installé devant la maison.

Depuis septembre, Marc Laurence étudie à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Originaire de Saint-Hyacinthe, il est inscrit au baccalauréat en administration des affaires, profil logistique.

Atteint de paraplégie spastique familiale, une maladie dégénérative neuromusculaire, Marc Laurence a graduellement perdu l'usage de ses jambes, sans pour autant se laisser aller à ne rien faire. Une question de gènes sans doute. Adeptes de la pratique sportive, ses parents et ses deux grandes soeurs l'ont toujours encouragé à bouger et à se dépasser.

C'est en accompagnant son père au Défi sportif AlterGo, un événement rassemblant des athlètes handicapés de différents pays, que le petit Marc, alors âgé de six ans, a assisté à son premier match de basket en fauteuil roulant. On peut parler d'un véritable coup de coeur puisque les avant-bras solidement appuyés sur ses «béquilles canadiennes», il a dès lors annoncé ses couleurs: «C'est ça que je veux faire.»

À six ans, Marc Laurence était un spécimen rare. À Saint-Hyacinthe comme ailleurs, les enfants susceptibles de jouer au basket en fauteuil roulant ne couraient pas les rues. On aurait parfaitement compris ses parents de l'inciter à opter pour un autre sport, coup de coeur ou non. Pas ceux de Marc.

Bon joueur, papa a accompagné fiston aux pratiques d'une ligue pour adultes jusqu'à ce que le mot se passe en ville et qu'un jeune handicapé, puis un autre et un autre forment avec Marc une équipe digne de ce nom.

La beauté d'une équipe de basket-ball en fauteuil roulant, c'est qu'elle peut également compter dans ses rangs des personnes qui n'ont pas d'handicap, du moment qu'elles s'engagent à mettre sérieusement l'épaule à la roue. C'est le cas des deux soeurs de Marc Laurence. Pendant plusieurs années, Claire et Sarah se sont fait un plaisir de jouer aux côtés de leur frère qui répète sa chance d'avoir une famille qui ne l'a jamais freiné dans ses ambitions.

Marc Laurence en a encore eu la preuve en septembre dernier, lorsqu'il a quitté Saint-Hyacinthe pour poursuivre ses études universitaires à Trois-Rivières. Installé dans un appartement adapté des résidences Michel-Sarrazin, il apprécie sa nouvelle vie d'étudiant tout en apprivoisant sa récente retraite du basket. Marc quitte la tête haute. Il a fait sa marque pendant quatorze ans sur un terrain de basket-ball, dont quatre ans au sein de l'équipe du Québec.

Le basket-ball en fauteuil roulant est plus rough, aux dires de Marc, que le basket joué debout. Les contacts entre roues - et culbutes par-dessus bord - peuvent survenir dans le feu de l'action. «J'ai déjà eu deux commotions cérébrales...», précise le jeune homme dont les capacités physiques ont diminué ces dernières années.

«Je ressens de plus en plus de douleur au dos et aux genoux. J'ai de la difficulté à me pencher pour ramasser le ballon. Et au niveau de mes lancers, on ne sait jamais si ce sera une bonne ou une mauvaise journée pour moi», reconnaît l'étudiant qui souhaite maintenant consacrer ses énergies à ses études et à sa future carrière d'administrateur.

Quand il pense à l'avenir, Marc Laurence demeure confiant, mais lucide. Il rappelle qu'on sait peu de choses sur la façon dont sa maladie du système nerveux évoluera au cours des prochaines années. La paraplégie spastique familiale touche particulièrement la moelle épinière et le cervelet (coordination des mouvements).

«J'espère que mes bras continueront de me permettre de me déplacer, de travailler et d'avoir une vie normale», commente celui qui ne cache pas avoir du mal à comprendre pourquoi on l'associe aux mots courage, détermination, persévérance, pour ne nommer que ceux-là.

Marc Laurence n'a jamais été du genre à s'apitoyer sur son sort. Il est né avec une maladie et sa réalité. À ses yeux, il n'a pas eu à accepter une situation avec laquelle il a toujours vécu.

Le fauteuil roulant a remplacé ses jambes. Sur un terrain de basket, il a été comme tous les joueurs qui montent à l'attaque, se replient en position défensive, reprennent possession du ballon, visent le panier, attrapent le rebond et réussissent finalement à compter.

Sourire en coin, Marc Laurence ne voit pas en quoi il nous fait la leçon. Et pourtant.

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