Le maire et le bedeau

Maire de Louiseville, Yvon Deshaies est aussi le... (Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste)

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Maire de Louiseville, Yvon Deshaies est aussi le fier gardien de l'église.

Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Tous les mardis et mercredis de chaque semaine, Yvon Deshaies déserte l'hôtel de ville pour traverser juste en face. En entrant dans l'église, il retire son inséparable chapeau, fait un signe de croix et amorce sa tournée avec dévotion. Des fonts baptismaux jusqu'au clocher, il aime que ça reluise. À Louiseville, Monsieur le maire est bedeau.

Saint Antoine de Padoue est chez lui dans cette église aux allures de cathédrale. Yvon Deshaies aussi. Croyant et pratiquant, l'homme de 59 ans connaît tous ses recoins. Depuis trois ans, l'ancien conseiller municipal et pompier volontaire est le fier gardien de l'imposant édifice qui règne en maître sur l'avenue Saint-Laurent.

«Notre église compte parmi les plus belles au Canada!», s'exclame le bedeau qui, pour l'occasion, a pris soin de maintenir le chauffage à 18 degrés Celsius et d'ajuster l'éclairage. En cette matinée grise de la Semaine sainte, les vitraux brillent de tous leurs feux. C'est magnifique. On en oublie presque la facture d'électricité s'élevant à 75 000 $ par année.

Yvon Deshaies compare l'endroit à une maison, la sienne comme la nôtre.

Tenez, l'autre jour, au beau milieu d'un après-midi glacial de février, deux jeunes pouceux largués sur la route 138 y sont entrés timidement, question de se réchauffer un peu. En voyant leur air misérable, M. Bedeau a compris qu'ils n'avaient pas dormi depuis longtemps. Plutôt que de les obliger à payer un lampion en échange d'un peu de chaleur, l'homme d'entretien a tamisé les lumières, leur a donné la permission de roupiller sur un banc à l'arrière et a rempli la cafetière.

Tout le monde est bienvenu à l'église d'Yvon Deshaies. Sans exception. Pensons seulement à Michel Gélinas, ce Louisevillois qui a déjà fait les manchettes, mais pour les mauvaises raisons.

En novembre dernier, l'homme est monté tout en haut du château d'eau de l'ancienne usine Associated Textile pour revendiquer le droit de voir ses enfants. C'était la deuxième fois qu'il faisait le coup, au grand dam de Monsieur le maire et de ses concitoyens.

Accusé de méfaits et de bris de probation, Michel Gélinas a été condamné à effectuer des travaux dits compensatoires sous la gouverne du... bedeau.

«Ce gars-là a besoin d'aide» rappelle Yvon Deshaies qui, en bon samaritain, a accepté de lui tendre la main. Il faut dire que ce n'est pas l'ouvrage qui manque dans son église. De la poussière finit toujours par s'accumuler sur les statues qui veillent sur les âmes désespérées.

À raison de 15 heures par semaine, Yvon Deshaies répare tout ce qui ne tourne pas rond dans l'église. Payé au salaire minimum, il ne déclare jamais les heures supplémentaires. Il les offre au Bon Dieu.

«Ça compte dans mon forfait du coeur», indique le bedeau qui, tout en vaquant à ses occupations, croise parfois le regard de personnes venues se recueillir dans l'église en dehors des heures de messe.

«Je ne les achale pas avec mes questions», mentionne M. Deshaies qui, le premier, aime se plonger dans la sérénité des lieux. Des gens lui confient parfois leurs prières, la raison de leurs larmes. Un homme a perdu son emploi, une femme a reçu un grave diagnostic...

Apprécié pour son écoute, aurait-il fait un bon curé? «Non!», se défend Yvon Deshaies en riant. De son propre aveu, le bedeau cache un maire «coloré», qui peut s'exprimer de manière «radicale», se présente-t-il en toute franchise.

Le Louisevillois revient sur l'épisode de décembre dernier, lorsqu'il a réclamé le retour de la peine de mort pour des gens coupables de crimes graves. On ne relancera pas le débat dans cette chronique, encore moins au beau milieu d'une église, mais prendre note que le bedeau au col roulé abonde dans le même sens que le maire affublé de son éternel noeud papillon.

Soit, mais comment a réagi Monsieur le curé, le vrai, au lendemain de la surprenante déclaration de son homme à tout faire? «Il ne se mêle pas de mes affaires à la mairie. Comme on dit, chacun à sa place!», déclare M. Deshaies qui, en retour, ne parle jamais de politique à l'église.

Les gens de Louiseville le savent. Inutile de l'attendre sur le parvis pour régler un problème d'aqueduc. Yvon Deshaies passera tout droit et les invitera plutôt à le suivre jusqu'à l'hôtel de ville. C'est ici qu'il remet son chapeau de premier magistrat et reçoit les doléances.

Ceci dit, Yvon Deshaies a beau être connu dans sa communauté comme Barabbas dans la Passion, il arrive que son visage n'évoque rien de particulier aux touristes étrangers venus admirer la beauté de l'église. Le bedeau ne s'en offusque pas. Au contraire. Il en profite.

«Je leur dis qu'à Louiseville, on a un maudit bon maire!», s'esclaffe Yvon Deshaies dont la résidence se trouve à 500 pieds de l'hôtel de ville et de l'église. Il ne peut pas être plus heureux, à faire la navette entre tout son monde.

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