La classe du bout du monde

Lisa-Marie Lamothe enseigne à l'école secondaire des Pionniers.... (PHOTO: SYLVAIN MAYER)

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Lisa-Marie Lamothe enseigne à l'école secondaire des Pionniers. Elle accueille les élèves de toutes les origines dans sa classe de francisation.

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Lisa-Marie Lamothe n'hésite pas à gesticuler exagérément, ni à emprunter des mimiques amusantes. Tous les moyens sont bons pour arriver à se faire comprendre par des adolescents qui ont grandi en parlant uniquement le portugais, l'arabe, le swahili ou le lingala.

Dans sa classe de l'école secondaire des Pionniers, la Trifluvienne de 27 ans enseigne le français, mais bien plus encore, l'espoir d'une vie meilleure.

Le portrait de son groupe change chaque année, voire en cours d'année. En ce moment, on y dénombre dix-huit filles et garçons originaires de sept pays différents.

Ils ont entre 12 et 17 ans. Quatorze d'entre eux ont le statut de réfugiés. Certains affichent un sérieux retard académique. Leur prof fait preuve de compréhension. Elle s'adapte à eux et non l'inverse, sachant pertinemment que leur enfance a été marquée par les cauchemars de la guerre. Ils ont appris à survivre avant de savoir lire, écrire et compter.

Prononcé avec tous les accents, le nom de «Madame Lamothe» résonne comme de la musique dans la bouche de ces ados récemment immigrés à Trois-Rivières.

Lisa-Marie leur partage sa langue, sa culture, sa liberté de penser et de s'exprimer. Ses croyances en un monde meilleur aussi. Cette enseignante au regard perçant symbolise leur premier visage québécois, celle en qui ils peuvent mettre leur confiance. Le pire est derrière eux.

La jeune femme n'a pas besoin d'écouter les nouvelles internationales pour être au fait de ce qui se passe ailleurs. Elle n'a qu'à regarder ses élèves pour prendre acte des conflits politiques, religieux, armés et sans pitié qui secouent la planète.

Mme Lamothe donne l'exemple d'une adolescente arrivée depuis peu dans sa classe. Elle est la seule survivante d'un massacre qui a emporté ses parents, frères et soeurs. L'orpheline a quitté son pays d'Afrique avec sa famille adoptive. Elle s'est posée à Trois-Rivières avec le désir profond d'être la bienvenue.

«Cette élève me touche beaucoup par sa résilience et sa force de caractère», souligne Lisa-Marie avec un mélange de respect et d'affection dans la voix. Malgré les drames dont ils ont pu être victimes et témoins, ces jeunes qu'elle côtoie jour après jour expriment une soif et une joie de vivre qui l'émeuvent chaque fois.

Mme Lamothe pointe subtilement du regard deux garçons qui sourient à tout un chacun dans la classe. Ils ne savent plus où donner de la tête avec les explications de l'enseignante sur les accents aigus, graves et circonflexes, mais ils sont là, assis sur le bout de leur chaise, la main levée pour tenter une réponse.

Ces deux frères sont débarqués dans la classe de francisation il y a quelques semaines à peine. Nés en Irak, ils s'étaient enfuis en Syrie où ils ont échappé à un attentat à la voiture piégée avant de se retrouver ici, l'esprit en paix.

Ces deux garçons ne sont pas différents des autres Irakiens que Lisa-Marie a fréquentés ces dernières années. «Ils sont joyeux, dynamiques et toujours prêts à apprendre. Ce sont mes rayons de soleil!», souligne-t-elle.

L'enseignante revient sur le mot résilience, cette capacité qu'ont ses élèves, à peine sortis de l'enfance, de laisser leurs traumatismes devant la porte d'entrée de la classe. Sans le savoir, ils lui transmettent cette leçon...

«Je réalise à quel point nous sommes préservés ici de tout mal et de tout danger. Ces jeunes ont vécu ou ont vu des atrocités, mais ils doivent continuer. Ils mordent dans la vie», observe Lisa-Marie avant de louanger le courage des jeunes dont un des parents est demeuré dans leur pays d'origine.

Au début, pour arriver à communiquer avec ses élèves et leurs parents venus d'ailleurs, Mme Lamothe fait appel aux interprètes du Service d'accueil aux nouveaux arrivants (SANA) de Trois-Rivières. Sinon, elle est maître à bord pour enseigner le programme Intégration linguistique, scolaire et sociale.

«J'ai des élèves qui ont une très bonne scolarité et d'autres qui, à l'opposé, ne sont jamais allés à l'école parce qu'ils ont vécu dans des camps de réfugiés. J'ai un beau mélange!», dit-elle avec l'enthousiasme que le défi exige.

Mme Lamothe parle très bien l'anglais et l'espagnol, mais s'adresse à tout son monde en français et dans la langue du coeur. «Je me sens utile et j'aime penser que j'aide mes élèves à retrouver confiance envers l'être humain», explique-t-elle simplement. 

Lisa-Marie dit souvent à ses élèves que peu importe leur origine ou la couleur de leur peau, ils sont tous égaux à ses yeux. Ce sont des ados en quête d'amour, de justice, de respect et de bonheur, des mots écrits en caractère gras au tableau. Impossible de passer à côté sans les voir.

«Mon but, c'est que ces jeunes se sentent accueillis, qu'ils se sentent bien», sourit l'enseignante avant de retourner à ses élèves qui ne demandent pas mieux.

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