Voleurs de rêves

L'année 2015 a très mal commencé pour Jean-Pierre... (Photo: Sylvain Mayer Le Nouvelliste)

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L'année 2015 a très mal commencé pour Jean-Pierre Nadeau, alors que sa bijouterie de la rue Royale, à Trois-Rivières, a fait l'objet d'un important vol de coffre-fort.

Photo: Sylvain Mayer Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

En 40 ans de métier, le joaillier Jean-Pierre Nadeau s'est bâti une réputation aussi solide que les diamants qu'il taille sur mesure. L'artisan de 62 ans n'hésite pas à parler de passion, la seule chose que les voleurs n'ont pas réussi à lui dérober. Pas totalement du moins.

Le matin du 2 janvier 2015, le Trifluvien s'est présenté à la bijouterie qui porte son nom, sur la rue Royale. Dès qu'il a ouvert la porte, le commerçant a senti que quelque chose d'anormal s'était passé en son absence. Une odeur de poussière enveloppait les lieux et des fragments de ciment jonchaient le plancher.

Ses pas l'ont dirigé à l'arrière du comptoir où ses appréhensions se sont confirmées. Une porte du coffre-fort avait été arrachée et son contenu, complètement vidé.

Les voleurs avaient bien planifié leur coup. Ils ont vraisemblablement profité de la nuit du Nouvel An, alors que tout le monde était occupé à festoyer, pour s'introduire dans un local vacant et adjacent à la bijouterie. Comme dans un film, ils ont percé un trou dans un mur et se sont glissés à l'intérieur du commerce avec le résultat qu'on connaît.

L'évidence saute aux yeux. Les cambrioleurs ont eu recours à des outils aiguisés et à un savoir-faire digne de professionnels pour venir à bout de l'énorme coffre-fort en acier, une armoire d'environ 6000 livres (2700 kilos), aux dires de M. Nadeau. «Ils ont probablement utilisé un grinder», avance le joaillier qui prétend qu'un vol semblable n'a pu être commis par un seul homme, encore moins par des amateurs. Le système d'alarme a été neutralisé, permettant ainsi aux malfaiteurs de repartir comme si de rien n'était par où ils étaient entrés.

Ils ont apporté avec eux entre 250 et 300 enveloppes renfermant, chacune, autant de montres, chaînes 14 carats, colliers, bagues, etc. que des clients souhaitaient faire réparer, polir, souder, sertir...

«Les voleurs sont aussi partis avec mes créations. Ce sont des pièces qui valent cher, avec des diamants, émeraudes et saphirs», détaille le joaillier qui n'a jamais roulé sur l'or pour autant.

«Nous sommes une petite entreprise. Nous travaillons discrètement avec de très beaux morceaux», dit-il en se tournant vers son collègue Jean Pierre Bordeleau, un horloger qui, la veille du cambriolage, livrait à un client une Rolex remise à neuf.

Si le monsieur avait attendu au lendemain du Jour de l'An pour récupérer sa montre de luxe, elle aurait fait des heureux parmi les voleurs qui ont tout de même mis le grappin sur un butin estimé à plus de 100 000 $.

La Bijouterie Nadeau n'était pas assurée contre le vol. Son propriétaire rappelle que les coûts d'assurances sont exorbitants pour les commerces à risque comme le sien. C'est sans compter les dépenses qu'il a déjà encourues pour sécuriser les lieux: grillage métallique devant la porte, éclairage 24 heures sur 24, système d'alarme relié à une centrale et le reste.

Comble de malchance, Jean-Pierre Nadeau et son associé n'avaient aucun numéro de référence ou de téléphone pour rejoindre les clients dévalisés sans le savoir. Leurs coordonnées étaient inscrites sur les enveloppes déposées dans le coffre-fort éventré.

Le joaillier et l'horloger ont donc dû attendre que les gens prennent contact avec eux ou se présentent à la porte de la boutique pour leur apprendre la mauvaise nouvelle.

«Je ne sais pas si tu le sais, mais les premières semaines passées ici, c'était comme recevoir 50 claques sur la gueule chaque jour», illustre M. Nadeau avant de mentionner que la majorité des clients se sont montré compréhensifs, quoiqu'attristés par la tournure des événements.

Des clients qui avaient des bijoux de grande valeur ont pu être indemnisés par leur propre compagnie d'assurances. Pour les autres, l'honnête bijoutier est parvenu à des arrangements. Du cas par cas.

La semaine dernière, son collègue Jean-Pierre Bordeleau s'est rendu à Montréal pour une cliente. Il lui a acheté une montre dont la qualité et le prix équivalaient à celle cambriolée. L'horloger en assume les coûts pendant que le joaillier reproduit à ses frais des bijoux qui se trouvaient également dans le coffre-fort dévalisé.

Les deux hommes de 62 ans assurent qu'ils feront tout en leur possible pour éviter de fermer boutique, mais ce vol survient à un très mauvais moment.

«Le contexte économique est très difficile pour le commerce au détail», rappelle M. Nadeau qui se donne jusqu'à la fin de l'année 2015 pour prendre une décision quant à l'avenir de la bijouterie fondée par son père Omer, en 1948.

Tout est à repenser pour le bijoutier qui croyait son fonds de retraite à l'abri dans le coffre-fort acheté par son père, en 1969, la dernière fois que le commerce a fait l'objet d'un vol de bijoux. «On fera tout ce qu'il faut pour rester en affaire», répète Jean-Pierre Nadeau, soulagé de constater que le cambriolage de sa bijouterie n'ait pas été publiquement ébruité avant aujourd'hui. Ça lui a permis d'encaisser le choc.

Car la poussière retombe peu à peu depuis le 2 janvier 2015. «Mais c'est long», avoue l'artisan qui, ces dernières semaines, et bien malgré lui, a dû mettre sa passion de côté pour affronter une épreuve dont il se serait bien passée.

L'enquête policière se poursuit.

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