La différence en cadeau

Annie et Nathalie Comeau ont beaucoup à apprendre... (PHOTO: ISABELLE LÉGARÉ)

Agrandir

Annie et Nathalie Comeau ont beaucoup à apprendre l'une de l'autre.

PHOTO: ISABELLE LÉGARÉ

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Nathalie Comeau, 49 ans, s'intéresse à la politique. D'ailleurs, il n'y a pas si longtemps encore, elle envisageait d'être nommée ministre «de quelque chose»...

C'est jours-ci, quand le téléphone sonne dans sa chambre du CSSS du Haut Saint-Maurice, à La Tuque, elle répond en disant «Bonjour, ici docteur-infirmière!» Après tout, la dame au coeur d'enfant dit qu'elle vit dans un «hôtel de la santé», l'endroit par excellence pour nourrir de belles et grandes ambitions. 

À sa naissance, en 1966, le médecin n'y est pas allé par quatre chemins. Nathalie ne parlerait pas, ne saurait pas s'asseoir, ne marcherait pas, serait incapable d'apprendre à lire et à écrire... Bref, elle ne franchirait probablement jamais la barre de la vingtaine. Le bébé avait la trisomie 21 et ses projets d'avenir s'arrêtaient là. 

Rita Villeneuve Comeau aurait pu s'écrouler en apprenant que la dernière de ses sept enfants était différente. Non. Instinctivement, la mère de famille de la rue Caron a compris qu'exposée à diverses stimulations et encouragée dans ses apprentissages, sa fille allait s'épanouir comme le reste de sa marmaille, à son rythme et à sa façon.

Ainsi, Nathalie n'était qu'une bambine lorsqu'elle a reçu une dactylo en cadeau avec un contenant rempli de bouts de papier. La fillette devait en piger un au hasard, décoder le mot inscrit dessus et le recopier avec l'aide de sa machine à écrire. Quand «Nath» était en super forme, elle pouvait taper tout en épelant des trucs aussi longs que pamplemousse et locomotive. Une pro.

Nathalie Comeau aime être le centre d'intérêt. «Je suis fière de moi!», explique-t-elle avec entrain. La Latuquoise n'en a rien à cirer des termes «trisomie» et «déficience intellectuelle» qui sont utilisés pour la personnifier. «Je suis exceptionnelle!», statue Nathalie sur un ton enjoué, exprimant surtout l'évidence même.

Ce n'est certainement pas Annie qui va contredire sa petite soeur née à une époque où les bébés trisomiques étaient encore perçus comme une punition du bon Dieu. Ces enfants sortaient peu. Leurs parents, honteux, finissaient eux-mêmes par s'isoler. 

Ce n'était heureusement pas le cas de Rita Comeau. Avec deux autres mamans de La Tuque, elle a fondé l'ancienne Association de parents d'enfants exceptionnels qui avait pour but de favoriser des échanges et du soutien entre parents ayant un enfant avec une déficience intellectuelle. 

Nathalie Comeau a grandi au sein d'une famille qui a tout de même dû s'adapter à ce «cadeau parfois mal emballé, mais toujours un cadeau», souligne Annie avec affection. 

Cette grande soeur un peu bohème vivait depuis dix ans sur la côte ouest canadienne lorsqu'elle est revenue à La Tuque pour les funérailles de son père Rosaire, il y a près de vingt ans. Elle n'est plus jamais repartie pour s'occuper de sa benjamine comme de sa propre fille.

En fait, Annie Comeau et les autres membres de sa famille, à commencer par sa soeur Hélène, ont réagi comme leur propre mère plusieurs années auparavant, instinctivement et en faisant preuve du don de soi. 

Récemment, Annie écrivait ceci dans le cadre de la Semaine de la déficience intellectuelle: «Il nous aura pris 34 ans après le départ de notre mère et 19 ans après celui de notre père pour trouver notre façon de travailler ensemble pour le bien-être de Nathalie.»

La femme de 56 ans insiste beaucoup sur la notion du «ensemble» pour démontrer qu'il leur a été possible de s'adapter à la réalité de Nathalie et braver les préjugés qui sont tenaces en 2015.

«Il y a eu des déménagements, plusieurs sacrifices, des obstacles à chaque tournant, des appels à l'aide, de grands moments de colère et de désespoir. Il y a eu des rapprochements, des victoires à presque tous les défis, des mains qui se sont tendues, de grands moments de bonheur et d'espoir», a-t-elle encore écrit, en toute franchise.

«On a fait des sacrifices, oui, mais on a gagné beaucoup: une ouverture extraordinaire sur le monde!», insiste Annie qui rappelle qu'elles sont plusieurs en ce moment à graviter autour de Nathalie pour s'assurer de son bien-être. Ça va de la nièce âgée de 14 ans à la soeur de 72 ans en passant par une belle-soeur fidèle au poste chaque semaine

«C'est possible!», réitère Mme Comeau avant d'encourager d'autres familles à s'occuper d'un être cher plus vulnérable en raison de sa déficience intellectuelle. «C'est difficile parfois, mais c'est faisable. Il faut se donner une chance, se parler et faire preuve de souplesse entre nous», ajoute Annie Comeau dont les propos sont approuvés par la joie de vivre de Nathalie. 

«C'est quand je suis avec Nath que je suis le plus moi-même. Elle me prend telle que je suis», fait remarquer Annie avec reconnaissance pour cette petite soeur qui a le don de transformer les gens autour d'elle, et ce, en les accueillant tout naturellement dans son monde exceptionnel.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer