Quand les «Je t'aime» se taisent

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Cinq ans après la mort tragique de leur fille Laurence, Huguette Rompré et Richard Ébacher font le récit du deuil qu'ils porteront en eux à jamais.

Photo: Alain Roberge, La Presse

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Candiac) Chaque soir, Huguette Rompré s'introduit dans la chambre de Laurence pour y allumer une chandelle. Pendant cet entretien mère-fille à la lueur d'une flamme vacillante, il lui semble entendre son adolescente lui souffler des «je t'aime» dans l'oreille.

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Laurence Ébacher est omniprésente dans le coeur de ses parents et dans la maison de Candiac où elle a grandi jusqu'à l'âge de 16 ans.

Photo: Alain Roberge, La Presse

Richard Ébacher est policier au poste de la Sûreté du Québec, à Candiac. La photo de Laurence est apposée à l'intérieur de la porte de son casier. Avant de monter à bord de son véhicule de patrouille, le papa embrasse l'image du regard et effleure une pince à cheveux qui appartenait à celle dont les traits ne mentent pas. «Lolo» est bien la fille de son père.

La vie de Laurence Ébacher, 16 ans, s'est dramatiquement arrêtée le 26 février 2010, sur la 55, à la hauteur de Sainte-Eulalie. 

Originaire de Candiac, sur la rive sud de Montréal, l'adolescente prenait place à l'arrière d'une voiture conduite par un jeune homme de 20 ans. Le garçon et sa copine avaient offert à leur amie de l'accompagner en Mauricie, une région qu'elle connaissait déjà puisque son père est natif de Sainte-Thècle et sa mère, de Sainte-Anne-de-la-Pérade. Laurence y a grandi aussi, pendant les vacances d'été, au chalet familial avec vue sur le fleuve Saint-Laurent.

Depuis quelques mois, l'adolescente avait un amoureux, un gars de Trois-Rivières dont c'était l'anniversaire en ce vendredi 26 février 2010. Avec l'accord de ses parents et la complicité du jeune couple d'amis, Laurence lui rendait exceptionnellement visite. 

L'accident s'est produit un peu après 18 h. Ni la vitesse, ni l'alcool, ni la glace noire ne sont en jeu. La chaussée était sèche sur cette «autoroute» qui consiste en réalité à deux voies séparées par une bande rugueuse.

Selon ce qui a été rapporté à l'époque, les forts vents auraient entraîné la perte de contrôle de la petite voiture dans laquelle se trouvait Laurence, assise sur la banquette arrière. L'automobile s'est retrouvée sur la route opposée où arrivait un véhicule en direction sud. L'impact a été aussi inévitable que foudroyant. 

Les pinces de désincarcération ont été nécessaires pour extirper les occupants impliqués dans la collision. Six personnes ont été blessées. Laurence est la seule qui a péri.

Une heure plus tôt, Huguette Rompré avait joint sa fille sur son cellulaire. La maman hygiéniste dentaire venait aux nouvelles. Comme toujours, Lolo s'était montré de bonne humeur. Une belle soirée se dessinait à l'horizon. Avant de raccrocher, Laurence s'est amusée à faire répéter des «je t'aime» à sa mère qui murmure aujourd'hui: «C'est la dernière fois que je lui ai parlé.»

C'est Julien, le grand frère, qui a reçu l'appel de l'amoureux de Laurence. Un accident avait eu lieu sur la 55 et il était inquiet pour sa copine qui ne répondait pas à ses appels.

Informé de la situation, Richard Ébacher a aussitôt contacté le poste de la SQ, à Drummondville, et a demandé à parler au sergent assigné sur les lieux de l'accident. 

Au bout du fil, on lui a confirmé la présence de Laurence, mais pire encore, qu'elle était «grièvement» blessée. «Les deux jambes m'ont plié...», laisse tomber M. Ébacher qui a alors compris que sa fille était morte.  L'instinct.

Il y a des signes qui ne trompent pas. Le papa de Lolo a reconnu le choix des mots et l'émotion dans la voix du collègue de la SQ. M. Ébacher a, lui aussi, déjà annoncé le pire à des parents.

Au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières, un policier et une infirmière sont venus à la rencontre du couple de Candiac qui a été amené dans une pièce, à l'écart. Leur fille se trouvait derrière un rideau. Allongée sur une civière, Laurence donnait l'impression de dormir paisiblement avec sa petite bouche entrouverte. 

«Elle n'avait rien, juste un peu de sang à la sortie d'une oreille, en raison du traumatisme crânien», décrit sa maman qui, sous le choc, a eu le réflexe de vérifier l'état des dents de sa fille. 

«J'étais certaine qu'elle allait se réveiller», relate-t-elle en essuyant ses larmes. Mme Rompré s'est également permis de retirer tout doucement les bas mouillés de Laurence. Cinq ans plus tard, cette femme n'arrive pas à se libérer de cette image où sa grande fille enjouée lui est apparue dans son ultime fragilité.

«On m'a dit qu'elle est morte sur le coup, mais tu te demandes toujours si c'est vraiment le cas, si elle m'a appelée...», pleure sa mère qui ne peut pas anesthésier sa douleur.

«Même si j'ai vu tout ce que j'ai vu, je pense toujours que Laurence va revenir», admet Huguette Rompré qui n'a jamais repris son travail d'hygiéniste dentaire depuis le décès de sa fille.

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