Vendredi 13, superstitions et mise au jeu

Entraîneur des Cataractes, Martin Bernard ne cache pas... (Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Entraîneur des Cataractes, Martin Bernard ne cache pas qu'il a des superstitions d'avant-match tout en reconnaissant que leur impact est nul sur le résultat final.

Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Martin Bernard ne jouera plus de malchance. Lors du prochain match opposant son équipe à l'Océanic de Rimouski, l'entraîneur des Cataractes se présentera derrière le banc avec sa chemise verte fraîchement repassée. C'est celle qu'il portait à chacune des trois premières rencontres entre les deux clubs et ses Cats l'ont toujours emporté.

Au quatrième affrontement, le coach a changé de look en se disant qu'après tout, il n'y a aucun lien de cause à effet entre la couleur d'un vêtement et le dénouement d'une joute de hockey. La chemise verte est restée suspendue dans le placard et l'Océanic s'est sauvé avec la victoire. Ça lui apprendra.

L'homme rigole en racontant l'anecdote. Oui, Martin Bernard est superstitieux, mais il se soigne.

C'est vendredi 13 février aujourd'hui et pour ceux et celles qui craignent de croiser un chat noir ou de passer sous une échelle, prenez note que vous n'êtes pas sortis du bois. En mars aussi, le treizième jour du mois tombera un vendredi. Ce n'est pas parce qu'on sourit que c'est drôle. Des gens souffrent réellement de paraskevidékatriaphobie, un mot aux racines grecques qui définit la peur du vendredi 13. Cette phobie n'affecte pas l'entraîneur des Cataractes, mais en ce jour maudit, il a accepté de jouer le jeu en parlant de ses manies d'avant-match.

Depuis le temps que Martin Bernard évolue dans le monde du hockey, il est bien placé pour savoir que ce sont les qualités d'un athlète, ses efforts à l'entraînement et ses capacités à redoubler d'intensité devant l'adversaire qui agissent sur le compte final, et non pas dans quel ordre il a mis ses patins ou dans quel sens il a enrubanné la palette de son bâton de hockey.

Pourtant, les vestiaires sont remplis de joueurs qui ne «niaisent pas avec la puck» en matière de rituels.

À l'époque où il jouait lui-même au hockey, Martin Bernard mettait la jambière gauche avant la droite jusqu'à ce qu'une contre-performance l'oblige à revoir sa routine de but en blanc. S'il retrouvait son élan, c'était la preuve qu'il avait eu raison d'apporter un changement... jusqu'au prochain creux de vague qui le forçait à reprendre du début. «Y'en n'aura pas de facile», aurait dit feu Claude Ruel.

À titre d'entraîneur des Cataractes, Martin Bernard emprunte toujours la même route pour se rendre au Centre Gervais Auto. Si possible, il tente d'éviter les lumières rouges, comme si son erre d'aller présageait une séquence victorieuse pour son équipe. «Je ralentis ou j'accélère, mais j'essaie de prendre toutes les vertes», décrit-il en se moquant gentiment de lui-même.

Martin Bernard se compare et se console. Il y en a des plus superstitieux que lui. Entraîneur du Phoenix de Sherbrooke, Judes Vallée ne donne pas sa place au palmarès des marottes. Lorsque son équipe essuie une défaite, il s'empresse de changer d'itinéraire, en quête d'une rue porte-bonheur.

Un jour, pas de veine, après dix victoires consécutives, sa route fétiche faisait l'objet de travaux de réparation. Qu'à cela ne tienne, l'homme a trouvé le moyen d'éviter la voie de contournement et de poursuivre son petit bonhomme de chemin. L'épisode rapporté par l'entraîneur de Shawinigan ne dit pas si l'équipe de son ami a gagné ou perdu cette fois-là.

Des études tendent à démontrer que les sportifs superstitieux sont moins stressés parce qu'ils ont l'impression de maîtriser une situation qu'ils ne contrôlent pas en réalité. Martin Bernard confirme en rappelant qu'il n'a pas d'emprise sur l'équipe adverse et les arbitres, mais sur la couleur de son vêtement, oui. Que faut-il en comprendre?

Pendant que Martin Bernard cherche dans la garde-robe sa chemise verte, il est concentré sur le moment présent, en train d'évacuer plus ou moins consciemment les pensées négatives susceptibles de briser sa confiance de l'emporter. «La dureté du mental...», dirait Bob dans le film Les boys.

Dans le vestiaire des Cataractes, M. Bernard est entouré de joueurs qui se donnent toutes les chances d'être performants. Certains enfilent leur équipement une heure avant le match, d'autres préfèrent attendre à la dernière minute. Entre deux périodes, certains déposent leur bâton à un endroit précis du vestiaire (avec interdiction d'y toucher), d'autres surveillent le chronomètre pour récupérer leurs gants à la seconde près...

«Tant que tu demeures conscient que les superstitions n'ont aucun impact sur le match, ça reste amusant», insiste Martin Bernard avant d'ajouter que le directeur général des Cataractes a lui aussi ses petites manies. La poignée de main entre Martin Mondou et son coach respecte un rituel qui leur est propre, et ce, devant l'oeil sceptique de Mario Carrière, l'adjoint de Martin Bernard.

«Mario dit qu'il ne croit pas aux superstitions, mais durant une série de victoires, je l'ai surpris à porter le même habit!», raconte l'entraîneur qui exige que mon collègue Steve Turcotte, assigné à la couverture des Cataractes, se place toujours à sa gauche lors de l'entrevue d'avant-match projetée sur l'écran géant de l'amphithéâtre.

«Cette année, on a une belle fiche à la maison. Ça va bien», se justifie Martin Bernard avant d'avouer que jusqu'à preuve du contraire, le journaliste du Nouvelliste lui porte chance et s'inscrit, par la force des choses, à la liste de ses superstitions.

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