Le poids de la démesure

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Une visite sur le site www.marcheursphilanthropes.com permet de réaliser tout le boulot accompli au cours des derniers mois par Véronique Germain qui veut poursuivre sur sa lancée. Aider fait partie de sa thérapie.

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Véronique Germain mange ses émotions et des émotions, elle en a beaucoup. Trop même. À en perdre le contrôle.

Âgée de 36 ans, la Trifluvienne souffre d'hyperphagie, un trouble alimentaire méconnu et tabou puisqu'on l'associe au surplus de poids, mais plus encore, à l'obésité.

Forte de ses 275 livres, Véronique sait pertinemment qu'elle ne passe pas inaperçue. Le regard des autres en dit long sur ce qu'ils pensent, les plus malveillants ne se gênant pas pour la traiter de grosse dans son dos et dans sa face.

Pour la personne hyperphagique, tout devient prétexte à manger: une bonne comme une mauvaise nouvelle, une grande joie comme un vague à l'âme, un souper entre amis comme un sentiment d'ennui.

Souffrir d'hyperphagie, c'est s'empiffrer sans avoir faim, dans un court laps de temps et jusqu'à en avoir mal au coeur, à l'estomac puis à l'âme. Après une crise, la culpabilité ressentie est aussi lourde que la quantité d'aliments absorbés.

La dernière fois que Véronique a mis les pieds dans un restaurant «buffet à volonté», elle a rempli neuf fois son assiette. La commis en comptabilité venait de vivre une journée stressante au bureau. Manger lui procurait une impression d'apaisement. «Tu deviens comme en transe. Tu te goinfres sans trop savoir ce qui se passe», explique la femme rencontrée dans le confort de sa maison où des crises l'ont également rattrapée.

Contrairement à la personne boulimique qui, après ses excès, aura le réflexe de se faire vomir, de prendre des laxatifs ou de se lancer intensivement dans l'activité physique, l'hyperphagique n'aura pas de comportements dits compensatoires, d'où la prise de poids importante.

Pour parler d'hyperphagie, il faut compter un minimum de deux crises par semaine, pendant au moins six mois. Véronique a vécu jusqu'à quatre épisodes par semaine. La nourriture l'obsédait au point de ne plus avoir de vie sociale. «J'avais honte de sortir», avoue la Trifluvienne de 5 pieds et 4 pouces qui a déjà pesé 312 livres.

Consciente des risques pour sa santé, Mme Germain a finalement compris que ce n'était pas d'un énième régime dont elle avait besoin, mais d'une thérapie.

Comme c'est souvent le cas avec les autres troubles alimentaires, l'hyperphagie cache une grande souffrance. Dans la jeune vingtaine, Véronique a été victime d'une agression sexuelle. Les années subséquentes ont été marquées par des difficultés personnelles de toutes sortes. La jeune femme, qui avait toujours été mince, a trouvé refuge dans la nourriture avec l'histoire qu'on connaît.

Dans le bureau de sa psychologue, Véronique apprend à identifier la source de son trouble alimentaire, à reconnaître ses symptômes et à éviter de tomber dans le piège du garde-manger. C'est le travail d'une vie dont les premiers résultats sont encourageants. Les rages de bouffe ont considérablement diminué. «Ça m'arrive deux ou trois fois par mois maintenant», précise-t-elle sans qu'on lui pose la question.

Véronique Germain souffre d'asthme sévère, d'hypothyroïdie, d'un important problème d'articulation au niveau des genoux et n'ovule plus depuis cinq ans en raison de son surpoids. Dans quelques semaines, elle subira une chirurgie bariatrique. Aux grands maux les grands moyens. Même avec la meilleure volonté du monde, la jeune femme ne peut pas aspirer à une meilleure qualité de vie sans se tourner vers cette solution radicale. «Mon estomac est trop étiré. Même si je consomme 2000 calories par jour, j'ai tout le temps faim», dit-elle en toute franchise. La Trifluvienne fonde beaucoup d'espoir sur cette chirurgie pour perdre du poids rapidement, se remettre à l'exercice «pour vrai» et - qui sait? - devenir enceinte.

Encouragée par son conjoint, Véronique Germain n'a plus peur et n'a plus honte de parler publiquement de l'hyperphagie qui ronge sa vie, au point où elle a décidé de tendre la main àceux et celles qui souffrent en silence.

Au cours de la dernière année, elle a mis sur pied l'organisme «Groupe de marcheurs les philanthropes» pour faire tomber un tabou et briser l'isolement. L'activité hebdomadaire s'adresse à tous, peu importe la raison de cette solitude qui finit par peser trop lourd. En fait, pas besoin de souffrir d'un trouble alimentaire pour emboîter le pas. Si vous endossez la cause, vous êtes les bienvenus.

Les premiers groupes de marcheurs ont pris forme à Trois-Rivières et un an plus tard, on en compte une douzaine au Québec. Véronique rayonne. À défaut d'être «capable», admet-elle timidement, d'envoyer promener ceux et celles qui se moquent encore de sa taille, elle multiplie les projets pour faire connaître l'hyperphagie.

Véronique Germain a longtemps manqué de confiance, mais aujourd'hui, elle réalise avec un mélange d'étonnement et de fierté que ses actions font bouger des gens. La jeune femme devient émue en pensant à cette maman de quatre enfants qui lui a avoué se lever la nuit, à l'insu de son mari, pour manger, manger et encore manger.

Inspiré par le coming-out de Mme Germain, la dame a compris l'urgence de combler un vide, mais cette fois, en s'éloignant du frigo.

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