Survivre à un braquage à domicile

Guy Daneault et Marcelle Mélançon ont été victimes... (Photo: Sylvain Mayer)

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Guy Daneault et Marcelle Mélançon ont été victimes d'un braquage à domicile le 29 avril 2014. Le couple de Shawinigan se relève lentement du choc qu'il a vécu pour se battre contre le cancer qui s'est récemment glissé dans leur vie.

Photo: Sylvain Mayer

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Il y a des dates qui ne s'oublient pas parce qu'elles n'auraient jamais dû exister. Guy Daneault, 70 ans, et Marcelle Mélançon, 61 ans, ont beau tenter de l'effacer, le 29 avril 2014 s'est malheureusement incrusté dans leur tête et dans leur corps.

Ils en ont eu encore la preuve cette semaine, en apprenant qu'un couple de Saint-Maurice avait été victime, comme eux, d'un braquage à domicile. Les Shawiniganais n'ont pu faire autrement que de ressentir de l'empathie pour ces gens qu'ils ne connaissent pas, mais avec qui ils partagent le malheur d'être faits prisonniers chez soi.

Il était 18 h 30 quand deux hommes ont fait irruption dans leur résidence de la 5e Rue, dans le secteur Grand-Mère. Guy Daneault et Marcelle Mélançon ont été frappés à coups de poing et de pied avant d'être solidement ligotés. M. Daneault a perdu connaissance et quand il est revenu à lui, l'un des gars cagoulés lui a accordé dix secondes pour lui révéler où se trouvait l'argent. Dix secondes et pas une de plus. Le chien allait y passer sinon.

«Dix, neuf, huit, sept»... s'est mis à compter le malfaiteur en tenant le cocker d'une main et un couteau de cuisine dans l'autre.

Insatisfait de la somme que M. Daneault avait en sa possession, les individus ont exigé qu'il leur donne sa carte de crédit et son numéro d'identification personnelle. Le vieil homme avait intérêt à ne pas se tromper de chiffre. Ils connaissaient l'adresse de sa fille et n'allaient pas hésiter à se rendre chez elle pour lui faire vivre à son tour un mauvais quart d'heure.

Pendant que M. Daneault obéissait aux ordres du mieux qu'il le pouvait, sa conjointe maudissait les deux voleurs qui l'ont frappée encore plus violemment.

«Sois gentille avec les messieurs», lui suppliait son mari avec impuissance. Attaché et couché sur le plancher du salon, il ne pouvait par voir sa femme dans la cuisine, mais l'entendait encaisser leur colère. Elle avait beau leur crier sa douleur, ils ont continué de taper sur la pauvre femme.

«Marcelle en a mangé toute une...», témoigne son mari qui ne pouvait pas bouger quand les truands ont pris la dame par les pieds et l'ont traînée jusqu'au sous-sol. Les mains liées, Mme Mélançon n'a pas pu protéger sa tête qui a rebondi sur chacune des marches de l'escalier.

«J'ai peut-être été trop baveuse avec eux?», suppose en souriant tristement Mme Mélançon. Son mari l'écoute sans rien ajouter. L'heure n'est pas à ce qu'ils auraient dû faire ou ne pas dire.

Le 29 avril 2014, des malfaiteurs ont pris leur argent, les bijoux, le téléviseur et même la viande dans le congélateur. Mais comme si ce n'était pas assez, ils ont dérobé la santé d'un homme et d'une femme à jamais fragilisés.

Lutter pour sa vie

Le diagnostic est tombé en novembre dernier. Marcelle Mélançon est atteinte du cancer. «Ce sont les poumons et c'est incurable», dit-elle le souffle court.

Un lit d'hôpital a été installé dans le salon. Le divan-lit est ouvert juste à coté. Guy et Marcelle peuvent continuer de dormir l'un près de l'autre. En couple depuis dix ans, ils entendent profiter de chaque minute que la vie leur accorde.

Chaque hiver, ils avaient l'habitude de faire un voyage dans le sud. Ce ne sera plus le cas. Mme Mélançon est trop malade pour envisager de prendre l'avion. Dans sa maison où elle reçoit des soins palliatifs, la dame s'accroche cependant à l'espoir de profiter de quelques jours de répit dans un hôtel de Québec reconnu pour son ambiance exotique.

C'est M. Daneault qui est en train d'organiser cette première sortie en neuf mois, depuis le braquage en fait.

«Ça va nous faire du bien de changer de décor et de se changer les idées», dit-il en regardant sa conjointe dont les nuits ont longtemps été hantées par l'agression.

Pendant plusieurs mois, Mme Mélançon était très nerveuse, hésitant à marcher sur la rue où elle craignait de reconnaître la voix des voleurs qui n'ont jamais été retrouvés.

Guy Daneault s'efforce quant à lui d'oublier cet événement traumatisant. Il veut consacrer toutes ses énergies à sa conjointe gravement malade.

Mais l'homme qui a oeuvré pendant plus de 30 ans dans le monde des assurances n'est plus comme avant. C'est Mme Mélançon qui le dit et M. Daneault n'a pas le choix de lui donner raison.

«Mon mari manque parfois de concentration. Il a des pertes de mémoire. Il est confus. Ce n'était pas comme ça avant», constate la dame qui apprécie tout ce que son compagnon fait pour elle avec patience et amour.

Guy Daneault se lève pour faire sortir le chien et verrouille aussitôt la porte, même si ce n'est que pour quelques minutes. Rassuré, il retourne au chevet de celle auprès de qui s'estompent doucement les mauvais souvenirs.

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