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Hélène et Ginette Lapointe entourant leur mère Georgette.... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Hélène et Ginette Lapointe entourant leur mère Georgette.

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «Bonjour Maman, c'est Ginette.»

On croirait entendre la formule classique d'une fille qui téléphone à sa mère. Sauf que Ginette est en face de Georgette qui se laisse prendre la main avec abandon.

Georgette Larouche ignore vraisemblablement qu'elle est atteinte de la maladie d'Alzheimer, tout comme Ginette Lapointe a longtemps ignoré qu'elle était une proche aidante.

C'est pareil pour sa soeur Hélène. Elle ne pouvait pas être une proche aidante puisqu'elle est la fille de Georgette. Il lui a fallu du temps et une certaine dose d'humilité pour se faire à l'idée qu'une ne va pas sans l'autre.

Le terme «proche aidant» n'existe pas dans le dictionnaire, mais dans la vraie vie, il colle à la peau de tous ces conjoints et enfants qui s'assurent que leur être cher en perte d'autonomie ne manque de rien. La liste des responsabilités est longue et infiniment complexe parce que les émotions sont indissociables des décisions à prendre pour lui ou pour elle.

«Maman, vous avez mis votre blouse préférée!», lance Ginette avec joie.

Âgée de 89 ans, Mme Larouche a toujours aimé les couleurs éclatantes. Se montrer espiègle aussi. L'Alzheimer a beau gagner du terrain, la maladie ne peut pas l'emporter sur tout, tout de suite. Aux dominos, Georgette demeure imbattable.

Assise entre ses deux filles, la vieille dame écoute ou du moins, paraît tendre l'oreille. Difficile de savoir ce qu'elle distingue vraiment de cette conversation qui se déroule en sa présence. Ses yeux fixant ses mains tremblantes, Georgette semble retirée dans son monde pendant que ses filles expliquent qu'elles n'ont pas appris à devenir des proches aidantes. Elles l'étaient sans le savoir ou sans se l'admettre. Peu importe, le résultat est le même et c'est la raison pour laquelle les deux soeurs partagent aujourd'hui leur histoire.

En Mauricie, près de 15 000 aidants fournissent des soins à un aîné, et ce, plus de cinq heures par semaine. Parmi eux, plusieurs négligent leurs propres besoins, faute de temps pour réaliser qu'ils en ont.

Issues d'une famille de cinq enfants dont trois vivent à l'extérieur de la région, Ginette et Hélène Lapointe sont proches aidantes depuis près de dix ans. Elles l'ont d'abord été pour leur mère et pour leur père qui est décédé en 2012. Guy Lapointe était aussi atteint d'Alzheimer.

Ses deux filles gardent le souvenir d'un être brillant, qui au début de sa maladie, se mettait à siffler quand il cherchait ses mots. Ginette et Hélène n'ont pas oublié non plus sa vive opposition lorsqu'elles ont dû se résigner à trouver une résidence adaptée pour l'homme et son épouse.

C'est sans aucun doute le rôle le plus ingrat que doit assumer un proche aidant: décider pour l'autre, pour cette personne aimante et aimée.

«On se répète qu'on n'a pas le choix, qu'il faut le faire, que nos parents soient d'accord ou non. Il faut accepter les conséquences aussi: leur peine et leur colère. Il faut être convaincu...», laisse tomber Ginette en caressant le bras de sa mère présente et absente à la fois.

«On aurait préféré que nos parents choisissent eux-mêmes, mais ils étaient inaptes à le faire. Alors il a fallu décider pour eux. On l'a fait de notre mieux, mais ça n'empêche pas qu'on se sent tout seul au monde», renchérit Hélène qui a affronté sans se défiler les troubles cognitifs de ses parents. Ce n'est pas dans la génétique familiale de se poser en victime. 

Rappelant qu'il est impossible d'aller à l'encontre d'une maladie dégénérative, Ginette et Hélène Lapointe préfèrent s'attarder à ce qu'elles ont toujours, une mère qui s'épanouit malgré tout.

Depuis un an, Georgette habite la Résidence Saint-Pie-X, une véritable bénédiction, aux dires de ses filles qui sont soulagées de la voir heureuse dans cet environnement familial.

Cette sérénité retrouvée permet à Ginette et à Hélène de jeter un regard lucide sur l'importance d'être orienté vers les ressources spécifiques aux besoins de la personne à charge.

En ce mois de sensibilisation sur la maladie d'Alzheimer, Mmes Lapointe ont décidé de joindre leurs voix à celle de l'Appui Mauricie (www.lappui.org) qui souhaite rejoindre le plus grand nombre de proches aidants, à commencer par ceux et celles qui s'ignorent.

L'organisme met notamment à leur disposition une ligne téléphonique où des conseillers peuvent répondre à leurs questions, mais mieux encore, les écouter quand ils veulent exprimer leur désarroi.

«Souvent, on attend d'être épuisé avant d'aller chercher de l'aide», constatent les deux femmes qui parlent en connaissance de cause. Tout en s'occupant de leur mère, Ginette et Hélène Lapointe travaillent à la Fadoq Mauricie et à la section régionale de la Société Parkinson du Québec. Elles y côtoient des hommes et des femmes qui veillent aux bons soins d'un conjoint, mais qui s'oublient trop souvent à travers toutes leurs responsabilités.

«Une fois qu'on se reconnaît comme une personne aidante, il faut s'avouer à soi-même qu'on a aussi besoin d'aide», répètent Hélène et Ginette Lapointe en regardant leur mère avec tendresse.

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