Un 14 janvier, au beau milieu de la nuit...

Dix ans après les explosions dans le secteur... (Photo: François Gervais Le Nouvelliste)

Agrandir

Dix ans après les explosions dans le secteur Pointe-du-Lac, le curé François Doucet estime que la solidarité des résidents du secteur ne s'est jamais démentie.

Photo: François Gervais Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il y a dix ans aujourd'hui, en pleine nuit, le coeur de Pointe-du-Lac explosait pour laisser une population en état de choc.

François et Jeannine Guay sont très fiers de... (Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste) - image 1.0

Agrandir

François et Jeannine Guay sont très fiers de cette toile qui illustre leur boulangerie avant l'incendie du 14 janvier 2005. Il s'agit d'une oeuvre de Normand Gendron, le cousin de M. Guay.

Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste

Je m'y suis retrouvée au lever du jour avec mes réflexes de journaliste et mon attachement pour mon secteur d'adoption. Devant les amas de débris fumants, j'étais comme les autres résidents accourus sur place, envahie du sentiment étrange de vivre un cauchemar éveillé.

Les témoins ont parlé d'une nuit d'enfer, de vision apocalyptique, de film d'horreur... Plusieurs avaient vu des lueurs bleues se transformer en boules de feu. Ces projectiles volaient de part et d'autre de la rue Notre-Dame, enflammant sur leur passage des immeubles à logements et des commerces.

Des personnes avaient dû être transportées d'urgence dans les centres hospitaliers. Je pense ici à Josée Houle, rencontrée un mois après la tragédie, à sa sortie de l'unité des grands brûlés de l'Hôpital de l'Enfant-Jésus, à Québec. La femme avait dû passer à travers les flammes pour s'échapper de son appartement.

On se souvient aussi du froid humide et de l'atmosphère empreinte d'inquiétude ressentis en ce matin de janvier. Pauline Chouinard était introuvable et sa demeure n'était que débris. La dame a malheureusement péri dans l'incendie.

De la cour arrière de leur maison, sur le rang Saint-Charles, François et Jeannine Guay peuvent accéder à la rue Notre-Dame. C'était très pratique à l'époque où ils étaient propriétaires de la célèbre boulangerie au nombre des bâtisses pulvérisées par les explosions.

La nuit du 14 janvier 2005, le couple a assisté en direct et impuissant à une tragédie dont il se guérit à peine. Jeannine surtout.

La dame s'est sentie responsable du triste événement dont elle compte plutôt parmi les victimes. Ses blessures, d'ordre émotif, ont longtemps été à vif. Encore aujourd'hui, il lui est difficile d'en parler sans pleurer. Mme Guay tente néanmoins de faire la paix avec les images du champ de guerre qu'elle aura toujours en tête.

Dimanche dernier, elle a jeté toutes les découpures de journaux relatant la catastrophe. Elle en avait des tiroirs pleins.

À l'aube de cette onzième année, François et Jeannine regardent en avant. Après avoir vendu leur boulangerie en 2012, ils viennent de mettre une pancarte devant leur maison, eux, les Pointe-du-laquois de souche que les petits surnomment affectueusement «Monsieur et Madame bines».

La résidence aux nombreux escaliers est devenue trop grande pour le couple qui, sans les encouragements de tous et chacun, n'aurait jamais reconstruit la boulangerie. En ce matin du 14 janvier, ce commerce qu'il chérira à jamais symbolise la force tranquille de Pointe-du-Lac.

François et Jeannine Guay habiteront en dehors des limites du secteur, pas trop loin cependant de l'église qui les a vus vieillir.

Croyants, ils ne veulent pas s'éloigner de leur curé François Doucet qui s'est avéré un pilier pour plusieurs âmes en peine.

À Pointe-du-Lac, il y a l'avant et l'après 14 janvier 2005. Pour l'abbé en poste depuis 1999, il ne fait aucun doute qu'au lendemain des explosions, la solidarité des gens du secteur s'est révélée comme jamais auparavant. «Et ce sentiment d'appartenance ne s'est jamais démenti depuis», constate le curé qui, dans les heures suivant la catastrophe, accourait dans les hôpitaux pour offrir un peu de réconfort aux blessés et à leurs proches.

Les mois qui ont suivi la tragédie ont été des plus intenses, admet celui-ci. Il fallait reconstruire le centre du village en utilisant les mots «paix, espérance et confiance», énumère le prêtre qui considère que son rôle de rassembleur en était un de première ligne.

Lorsque le curé a célébré, à 3h du matin, la messe commémorant le premier anniversaire de la tragédie, une page s'est tournée. En silence, quelque 500 personnes ont quitté l'église pour arrêter leur marche au coeur de la zone sinistrée.

Le 14 janvier 2005 fait maintenant partie de l'histoire de Pointe-du-Lac, mais les résidents «ne traînent pas cette date comme un boulet», assure le curé qui est reconnu pour son positivisme à toute épreuve.

François Doucet aime croire qu'au fil des dix dernières années, l'esprit de famille qui distingue les gens du secteur Pointe-du-Lac a réussi à adoucir les pénibles souvenirs.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer