Manuela, petit soleil d'Haïti, devenue grande

Manuela peut compter sur une famille tricotée serrée.... (Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Manuela peut compter sur une famille tricotée serrée. Dans l'ordre: son père, Sylvain Ricard, sa soeur Rosa-Lee et sa mère, Chantal Périgny. Derrière, Miriam et absente au moment de la photo, Amély, qui vole maintenant de ses propres ailes dans la région de l'Outaouais.

Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Du haut de ses huit ans, Manuela ne se doute pas à quel point il y a cinq ans, son prénom a touché toute une région. C'est ici qu'elle a amorcé une nouvelle vie après avoir quitté son île dévastée par un important tremblement de terre. Manuela est un petit soleil d'Haïti qui rayonne de joie.

Cette photo a été prise le 27 janvier... (Photo: Le Droit) - image 1.0

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Cette photo a été prise le 27 janvier 2010, lors de l'arrivée de Manuela à l'aéroport d'Ottawa avec quelque 40 autres orphelins d'Haïti. La bambine, alors âgée de 3 ans, pesait à peine 9 kilos. 

Photo: Le Droit

Chantal Périgny et Sylvain Ricard ne peuvent pas oublier cette date du 12 janvier 2010. Leur monde s'est arrêté de tourner à l'instant précis où ils ont su pour le séisme dévastateur. Le couple de Shawinigan a craint le pire pour l'orpheline qu'il était sur le point d'adopter avant que tout s'écroule.

C'est une fillette mince et élancée, de rose vêtue, qui ouvre la porte de la maison de la rue Buteux. Dehors, il fait un froid mordant, mais à l'intérieur, on ressent toute la chaleur d'une famille unie. Manuela est resplendissante. Son sourire illumine son visage couleur brownies. On est loin de la minuscule bambine de 3 ans, trois petits doigts inquiets dans la bouche, qui a été déposée dans les bras de ses parents le 27 janvier 2010, mettant ainsi fin à une attente insoutenable.

Manuela comptait parmi une quarantaine d'orphelins qui ont été ramenés au Québec grâce au courage et à la ténacité de Ginette Gauvreau. La Trifluvienne venait d'arriver en Haïti quand Port-au-Prince s'est retrouvée sens dessus dessous. L'ancienne responsable de l'organisme Soleil des nations est sortie juste à temps d'un marché qui s'est effondré derrière elle. Mme Gauvreau s'est relevée et a marché pendant des heures à travers les décombres, les morts et les blessés. La femme n'avait qu'une idée en tête, atteindre les crèches où se trouvaient les enfants promis à des parents sous le choc.

«Tous les 12 janvier, nos premières pensées sont pour Ginette Gauvreau. Si elle n'avait pas été là...», laisse tomber Sylvain et Chantal, éternellement reconnaissants envers cette cigogne qui a remué ciel et terre pour s'assurer que Manuela puisse rentrer à la maison.

La rencontre débute à peine que nous voilà réunis autour de la table de cuisine, en train de tourner les pages d'un album que Mme Périgny a fabriqué expressément pour sa fille. On y retrouve les reportages qui ont été écrits sur Manuela qui ne garde aucun souvenir de sa petite enfance en Haïti ni des circonstances dans lesquelles elle est arrivée ici. La fillette connaît néanmoins son histoire et s'amuse aujourd'hui à en ajouter des chapitres.

«Je suis en 2e année, à l'école Saint-Charles-Garnier. J'aime le français, les récréations et... le froid!», lance-t-elle, le regard vif. Un tantinet «tomboy» sous ses allures de princesse, Manuela a de l'énergie et de l'affection à revendre. Durant sa première année au sein de sa nouvelle famille, elle s'est abreuvée d'amour et d'une tonne de nourriture, à s'en rendre quasiment malade parfois.

Pour ses parents, il est clair que leur fille a souffert de malnutrition avant de leur être confiée. Ils ont dû la convaincre qu'elle mangerait toujours à sa faim, tout comme elle pouvait occuper toute la place dans son lit. Les premières nuits, la bambine dormait recroquevillée dans un coin. Un réflexe. Dans son orphelinat d'Haïti, Manuela devait partager son matelas avec quatre autres enfants.

Cette première année a aussi été marquée par des heures de stimulation. À 3 ans, Manuela ne savait pas quoi faire avec les blocs à empiler, pas plus qu'elle ne connaissait leurs couleurs. La petite arrivait et partait de loin. Elle ne savait pas encore marcher en janvier 2010. Cinq ans plus tard, on a affaire à une p'tite vite sur ses patins, qui adore lorsque son père la compare à «Pikette Subban»!

L'amour à l'abri des secousses

Manuela a mis plus de six mois à se débarrasser d'un virus contracté en Haïti et qui l'a sérieusement affaiblie lors de son arrivée au Québec. Il aura fallu un remède de cheval, au sens littéral du terme, pour venir à bout de ce parasite qui se manifestait par d'importantes diarrhées.

Une fois remise sur pied, la petite fille a gagné douze pouces en quinze mois. «Aux trois semaines, ses pantalons ne lui faisaient plus!», ajoute Chantal Périgny, ravie.

Manuela est une fillette aimante, attachante, pleine d'humour et brillante comme la prunelle de ses yeux bruns chocolat. Avec l'aide de sa mère métamorphosée en infirmière, enseignante, psychologue et le reste, Manuela a rattrapé son retard psycho-moteur pour devenir une élève persévérante et appréciée en classe pour son comportement exemplaire.

Difficile alors d'imaginer Manuela en train d'en faire voir de toutes les couleurs à ses parents. Manuela n'est pas différente des enfants dont l'affirmation du caractère s'exprime parfois par de la confrontation, voire de la colère. En y regardant de plus près, on reconnaît cependant les signes d'une profonde insécurité dont la fillette réussit, peu à peu, à apprivoiser.

Chantal Périgny et Sylvain Ricard ne sont pas sans se douter que Manuela a eu un début de vie difficile en Haïti, qu'elle était une survivante bien avant le tremblement de terre de janvier 2010. Leur patience d'or est en train de leur donner raison.

En vieillissant, Manuela réalise que peu importe les crises, ses parents ne vont jamais l'abandonner. Leur amour est inconditionnel et Manuela leur rend au centuple à coup de «Je t'aime» et de «Je suis contente d'être ici».

Chantal en est émue chaque fois, elle qui consacre toutes ses énergies à l'épanouissement de Manuela, et ce, tout en poursuivant son rôle de mère auprès de ses deux filles biologiques, Amély, 21 ans, et Miriam, 19 ans, et de sa fille adoptive d'origine chinoise, Rosa-Lee, 15 ans.

Manuela multiplie les allées et venues entre le salon et la cuisine où se déroule l'entrevue, visiblement curieuse d'entendre toutes les questions et réponses entourant sa renaissance.

Fiers de ce que leur fille est en train de devenir, Chantal Périgny et Sylvain Ricard ont l'intention de se rendre un jour en Haïti avec celle qui, jour après jour, leur partage toute la splendeur de son soleil.

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