Lueurs d'étoiles

Francis Auger, Yves Leduc et Geneviève Moreau-Blier, coordonnatrice... (Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste)

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Francis Auger, Yves Leduc et Geneviève Moreau-Blier, coordonnatrice clinique à l'Accalmie.

Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Yves Leduc et Francis Auger n'ont rien demandé pour Noël. En fait, oui, mais le cadeau qu'ils souhaitent recevoir, ils sont les seuls à pouvoir se l'offrir.

L'amour de soi ne sort pas comme par magie d'un paquet joliment emballé. Il faut le fabriquer, le bichonner et c'est toujours à recommencer. Sa garantie à vie ajoute toutefois à la paix d'esprit.

Yves, 31 ans, a déjà tenté de mettre fin à ses jours, alors que Francis, 36 ans, a dangereusement jonglé avec des idées suicidaires.

Ce matin, dans un élan de générosité comme seul Noël en est capable, ils acceptent de rompre le silence pour partager leur récente expérience à l'Accalmie. C'est ici qu'ils sont venus déposer leurs valises et leurs tourments.

La maison de la rue Royale, à Trois-Rivières, porte bien son nom. On y entre comme chez soi, en y troquant ses bottes devenues trop lourdes pour des pantoufles aussi chaudes que légères.

De la cuisine proviennent les arômes réconfortants d'un plat qui mijote à feu doux. Des guirlandes en carton, faites à la main par les résidents, sont suspendues au plafond du salon où s'empilent, pêle-mêle, des livres, des jeux de société, des blessures profondes et des lueurs d'espoir.

Coordonnatrice clinique, Geneviève Moreau-Blier parle du «phénomène de la porte» pour expliquer la sensation d'apaisement qui envahit la plupart des gens qui se présentent à l'Accalmie. C'est comme si en atteignant ce seuil critique, ils réalisaient que le pire de la tempête est derrière eux.

Yves Leduc en est à son troisième séjour. La première fois, c'était il y a deux ans, après une tentative de suicide. Au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières où il s'est retrouvé, on lui a dit qu'on pouvait le garder une journée, peut-être deux, avant de le diriger vers l'Accalmie, l'urgence pour les âmes en détresse.

Neuf personnes peuvent être hébergées dans cette maison inaugurée en février 2006. La lumière du jour est omniprésente dans la pièce d'accueil, tout comme à l'arrière, dans la véranda, où on oublie que le centre-ville est à seulement quelques coins de rue.

L'Accalmie offre une pause d'une durée maximale de 21 jours. Pendant ces trois semaines, les résidents essaient de faire le vide des idées noires et de reprendre leur vie là où ils ont eu envie de l'abandonner. En ce moment, toutes les chambres sont occupées et des noms s'ajoutent sur une liste d'attente. Bonne ou mauvaise nouvelle? La question se pose.

Temps d'arrêt

Yves Leduc ne peut pas oublier cette première fois où il s'est présenté à l'Accalmie. «J'étais rendu vraiment bas... Et j'avais peur d'être jugé...», laisse-t-il tomber.

«Le jugement des autres, c'est la première peur qu'on brise en entrant ici», fait remarquer Francis Auger. La parole facile et le débit rapide, l'homme s'est présenté à l'Accalmie pour affronter son tumulte intérieur et tenter de l'amadouer. Jusqu'à preuve du contraire, il réussit.

«Ma mère est tellement fière que je sois ici. Elle voit beaucoup de changements en moi», ajoute Francis qui a l'impression d'avoir trouvé une deuxième famille auprès des gens de l'Accalmie. «Les intervenants ont toujours du temps pour nous, à toute heure du jour et de la nuit. Ils ne nous disent pas quoi faire, mais nous écoutent et nous aident à trouver nos propres solutions», souligne-t-il.

«Ce sont des héros dont il manque juste la cape», image Richard* qui apprécie leur approche solidaire. «Ce n'est pas évident de dire qu'on ne va pas bien, qu'on a des idées suicidaires, mais ici, on peut en parler», ajoute-t-il avant de se tourner vers Francis.

Ses réflexions à coeur ouvert et à visage découvert alimentent les confidences parmi les autres résidents qui se joignent à la conversation. Présence discrète, Geneviève Moreau-Blier est visiblement heureuse de les voir renouer avec le sentiment de confiance. Un séjour à l'Accalmie n'efface pas toutes les souffrances, mais il peut certainement aider à diminuer leur intensité.

Une évaluation du risque suicidaire d'une personne est faite dès son arrivée. Chaque cas étant unique, les services offerts (d'hébergement, de crise ou de transition) diffèrent d'un résident à un autre. L'Accalmie s'entoure également de nombreux partenaires (Calacs, Domrémy, etc.) pour favoriser le rétablissement de ses protégés au-delà des limites de la maison.

L'accompagnement se fait également en groupe. Le matin de ma visite, l'atelier portait sur l'affirmation de soi, un thème lié aux inquiétudes exprimées par les résidents. Les rencontres familiales et entre amis seront nombreuses durant la période des Fêtes. Les «Comment ça va?» aussi.

Josée* a été claire. Elle n'a plus envie de mettre le masque de la fille qui va toujours bien. Elle voudrait qu'on reconnaisse sa vulnérabilité, mais aussi son courage. Car il en faut pour appeler au secours.

Lorsqu'il retournera au boulot, Yves Leduc aimerait que ses compagnons de travail lui disent tout simplement qu'ils sont heureux pour lui, parce qu'il a décidé de prendre soin de lui... «On n'est pas guéri en sortant de l'Accalmie. Notre cheminement se fera sur toute une vie», rappelle Francis Auger qui entend poursuivre le travail d'introspection des dernières semaines.

Josée acquiesce du regard avant de me tendre une lettre écrite il y a quelques jours par une ancienne résidente. Intitulée «Un espoir pour le temps des Fêtes», cette lettre a été adressée aux battants de l'Accalmie et déposée sur la tablette du foyer.

Elle dit notamment ceci: (...) «N'oublions pas d'être fiers d'avoir demandé de l'aide et d'être ensemble pour affronter nos peurs... Notre cadeau, c'est notre présence...»

* Des résidents ont demandé à modifier leur prénom par souci de confidentialité.

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