La diaspora shawiniganaise du Saguenay-Lac-Saint-Jean

Sylvain Saint-Amant, Mario Leclerc et René Descormiers font... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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Sylvain Saint-Amant, Mario Leclerc et René Descormiers font partie des ex-travailleurs de l'aluminerie Alcan de Shawinigan qui ont quitté la région pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean afin d'y gagner leur vie.

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Depuis un an, le Saguenay-Lac-Saint-Jean compte dans son royaume une cinquantaine de nouveaux arrivants. L'intégration ne pose pas de problème. Ces ex-travailleurs de l'aluminerie Alcan de Shawinigan imitent déjà à la perfection, ou presque, l'accent d'une région qui leur offre une deuxième chance de gagner leur vie.

René Descormiers, Mario Leclerc et Sylvain Saint-Amant sirotent un café au centre-ville de Shawinigan avant de prendre la route de La Tuque, celle qu'ils privilégient pour atteindre Saguenay, leur ville d'adoption depuis octobre 2013.

C'est à la fin des années 80 que René, 49 ans, Mario, 54 ans, et Sylvain, 50 ans, ont fait leur entrée à l'usine du boulevard Saint-Sacrement. À cette époque, on n'avait qu'à observer la direction de la fumée émanant des cheminées pour deviner la météo... Si la boucane mettait le cap sur le clocher de l'église Christ-Roi, démolie depuis, c'est qu'il allait pleuvoir. À moins que ce soit l'inverse?

Pendant ces vingt-cinq ans et des poussières où René, Sylvain et Mario ont rempli leurs tâches respectives dans l'une ou l'autre des salles de cuves, c'était un secret de Polichinelle que l'Alcan allait fermer un jour. N'empêche qu'ils étaient loin de se douter que l'inévitable leur serait annoncé à seulement quelques mois de préavis.

Placé devant le fait accompli, le trio n'a pas hésité, comme le veut l'expression consacrée, à se tourner sur un dix cents. En septembre 2013, MM. Descormiers, Leclerc et Saint-Amant montaient à bord d'un autobus pour une tournée rapide des installations de Rio Tinto Alcan dans l'arrondissement de Jonquière. Une trentaine de travailleurs de Shawinigan touchés par la fermeture pouvaient y obtenir un transfert.

Oublions le concept de la petite séduction. Ici, les invités d'un jour devaient pratiquement rendre leur décision sur le banc.

Ce qu'ont fait René, Mario et Sylvain. Ils sont partis pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean avec leur fonds de retraite et leurs six semaines de vacances sous le bras. Ces vacances, ils doivent désormais les choisir après tout le monde puisqu'ils sont maintenant considérés comme des «nouveaux» employés. L'été dernier, ils ont dû mettre une croix sur juillet et août en espérant avoir encore un peu de chaleur en septembre.

Les Shawiniganais ne s'en cachent pas. Ils s'expatrient pour mieux revenir. Concrètement, ils aimeraient terminer leur carrière à Arvida malgré le fait que la fermeture des vieilles salles de cuves est prévue pour le 31 décembre 2016. Les gars se disent qu'avec un peu de chance, cette date butoir ne sera pas devancée comme à Shawinigan, mais repoussée d'une couple d'années.

À ce jour, ces travailleurs ne regrettent pas cette décision qui implique des sacrifices, à commencer par vivre éloignés des leurs. Pour deux ou trois ans et même davantage, les familles concernées acceptent cette relation à distance. L'art de prendre son mal en patience prend tout son sens ici.

René, Sylvain et Mario (en congé de maladie en raison d'une blessure à la main) travaillent selon un horaire de 12 heures, ce qui leur permet de rentrer à Shawinigan au bout de trois jours.

Adepte du covoiturage, le trio connaît la route du Saguenay par coeur, que ce soit par La Tuque ou par le parc des Laurentides. Depuis un an, ils ont eu droit à toutes les conditions météo inimaginables. Les trois compagnons ne sont pas prêts d'oublier cet interminable périple à suivre des camions lourds roulant dans la neige fondante et souillée. Cinq fois plutôt qu'une, le réservoir de lave-glace a dû être rempli.

René Descormiers, Mario Leclerc et Sylvain Saint-Amant partagent les aires et les frais de location d'une maison située à vingt minutes de marche de l'usine d'Arvida. Ils ont un quatrième coloc, un autre membre de la diaspora shawiniganaise au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Louée pour trois ans, cette maison fait leur bonheur. «Elle est entièrement rénovée. Tout est fourni. On n'a que la bouffe et notre linge à apporter. On a une belle cour arrière avec un barbecue!», énumère Mario Leclerc avec enthousiasme. Des trois, c'est lui qui a développé le plus fort sentiment d'appartenance au pays des bleuets, une région qu'il apprécie pour la beauté de ses paysages et sa pléiade d'activités de plein air.

René Descormiers se considère chanceux d'avoir trouvé cette maison, d'autant plus que la majorité de ses collègues de Shawinigan ont dû se tourner vers la vie en appartement ou en chambre et pension.

René, Mario et Sylvain assurent qu'ils ont passé l'âge de faire la fête comme s'ils étaient célibataires. «La plupart du temps, on se croise uniquement à l'usine», font-ils remarquer avant d'ajouter que l'ordre règne à l'intérieur de leur garçonnière où le partage des tâches ménagères se fait tout naturellement.

En fait, si on exclut la «p'tite bière» qu'ils s'ouvrent à l'occasion en finissant de travailler, ils sont à Saguenay pour ramener du pain et du beurre à la maison. Celle de Shawinigan.

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