Nathalie Simard, de victime à survivante

La vague de dénonciations d'agressions sexuelles qui déferle... (Sylvain Mayer)

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La vague de dénonciations d'agressions sexuelles qui déferle sur le Québec interpelle Nathalie Simard qui est maintenant établie à Saint-Mathieu-du-Parc.

Sylvain Mayer

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Saint-Mathieu-du-Parc) Nathalie Simard le sait trop bien. Le passé finit toujours par remonter à la surface, même dans la quiétude d'une petite municipalité comme Saint-Mathieu-du-Parc où les lacs et forêts tiennent lieu de barrières naturelles.

Avec Lévis Guay, son mari, la chanteuse vient d'y faire l'acquisition d'une cabane à sucre où elle a l'impression de se retrouver comme dans un cocon.

Nathalie Simard a accepté d'en sortir le temps de saluer le courage de ces femmes qui brisent le silence. La vague de dénonciations d'abus sexuels qui déferle sur le Québec l'interpelle directement.

«C'est mon coeur qui parle. C'est la cause de ma vie. C'est mon vécu», dit-elle en prenant dans ses bras la chatte enceinte qui s'est récemment pointée sur sa galerie pour réclamer un toit et un peu de chaleur.

Dix ans après avoir dévoilé son terrible secret, Nathalie Simard, 45 ans, refuse d'être une victime. Elle préfère qu'on la présente comme une survivante qui doit apprendre à vivre avec «ça»...

En 2004, Nathalie Simard portait plainte contre l'ex-gérant et producteur Guy Cloutier pour des agressions sexuelles subies à partir de l'âge de 11 ans.

Cette nouvelle avait eu l'effet d'une bombe. «Malgré moi... J'ai voulu sauver ma vie, j'ai voulu protéger mon enfant, j'ai voulu me protéger!», affirme la chanteuse qui, en mettant au grand jour le drame dont elle a souffert, a provoqué un enchaînement de dénonciations semblable au phénomène qui s'observe ces jours-ci.

Sur les réseaux sociaux, des femmes, mais aussi des hommes, partagent leur histoire. Des personnalités connues sont également sorties de l'ombre depuis la secousse provoquée par les plaintes portées contre l'ex-animateur Jian Gomeshi.

«C'est très puissant ce qui se passe en ce moment», concède Nathalie Simard qui y voit un impact favorable malgré la souffrance qui émerge avec cette vague.

Elle applaudit le cran de ces femmes qui osent parler, dans l'anonymat ou non. «Peu importe, elles se sentent libérées et c'est ce qui est le plus important», soutient Nathalie Simard qui dit comprendre celles qui refusent de franchir la complexe et douloureuse étape judiciaire.

Dénoncer un agresseur, c'est une chose, mais arriver à prouver ses gestes et à le faire condamner, c'en est une autre. Et tout ça, pour des sentences que Nathalie Simard qualifie de ridicules.

«Il y a trop de failles dans notre système qui permettent à ces gens qui ont brisé des vies de s'en sortir!», fustige la chanteuse avant d'ajouter qu'en 2014, on remet encore trop souvent en question la crédibilité des

personnes qui s'aventurent sur le territoire miné de la dénonciation.

Nathalie Simard s'emporte en répétant que ces femmes ont besoin d'amour et de compassion. Épaulées, elles apprivoiseront le vertige, mais surtout la peur qui les tenaille quand vient le temps de tout raconter.

«Plus on garde le silence, plus on laisse le pouvoir aux agresseurs. C'est important de se lever debout, d'abord pour soi, ensuite pour nos enfants et petits-enfants. On a le devoir d'agir», dit celle qui entend laisser en héritage la force qui l'anime depuis dix ans.

Bas les masques

Pas plus tard que l'année dernière, Nathalie Simard a fait une thérapie de groupe dans un Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel.

«Il y aura toujours des petits soubresauts. C'est tout à fait normal de rester marquée. L'important, c'est de s'aider et de s'élever au-dessus de cette situation-là. Je focusse sur le positif», sourit-elle.

Le positif, c'est l'amour du public au moment où la chanteuse est sortie du processus judiciaire pour plonger dans le tourbillon médiatique qui s'en est suivi.

En 2014, cette affection populaire ne s'est pas démentie. Sur la rue comme au dépanneur, la chanteuse reçoit des confidences. Parfois, les larmes remplacent les mots. Celle qu'on appelle tout simplement «Nathalie» ne pose pas de question puisqu'elle a déjà tout compris.

«Je prends toujours le temps d'écouter les gens, de les prendre dans mes bras», raconte l'artiste qui se dit très touchée par cette confiance qu'on lui exprime comme à une amie.

Nathalie Simard louange le travail des intervenantes du Calacs, sa propre bouée de sauvetage. «Tout est mis en place pour nous soutenir. On comprend vraiment nos souffrances», souligne-t-elle avec reconnaissance.

Durant cette thérapie de groupe, la chanteuse a laissé tomber son masque. Non, tout ne va pas toujours bien et tout n'est pas toujours rose, qu'on s'appelle Chantal, Martine, Claire ou Nathalie Simard.

«On a aussi le droit d'être faible, d'avoir de la peine et de se sentir seule», rappelle la dame. Aux autres participantes, Nathalie Simard a osé avouer qu'elle enviait leur anonymat. Car être connue du grand public et dénoncer son agresseur, c'est aussi prendre le risque de vivre plus que jamais sous le regard et le jugement de tout un chacun.

Elle ne regrette rien pour autant. L'expérience lui a été bénéfique. «Entendre les histoires des autres t'incite à partager. Tu ressens une solidarité qui te fait du bien. Au Calacs, on reconnaît  le pouvoir que tu as sur toi et sur ta propre existence», explique celle qui, par cette entrevue, souhaite aider à son tour, si ce n'est qu'une seule personne, à se sortir du trou noir.

«Si je peux apporter de la lumière dans la vie d'une femme ou d'un homme, ce sera extraordinaire pour moi», espère-t-elle aujourd'hui.

Sur le point de publier son livre intitulé Les chemins de la liberté, l'auteure reviendra sur son parcours et partagera «très humblement», précise-t-elle, ses conseils pour être en paix avec son passé.

Ces jours-ci, la nouvelle résidente de Saint-Mathieu-du-Parc découvre avec bonheur son nouvel environnement. Elle s'est remise à faire de la peinture sur bois - «mon exutoire» - et, plus tôt cette semaine, a renoué avec le ski de fond, une activité qui lui rappelle son enfance, à l'île d'Orléans.

«J'apprends beaucoup quand je me retrouve dans la nature. Les saisons changent, mais les arbres et les fleurs passent à travers les intempéries», s'émerveille Nathalie Simard qui ne cache pas que la quête de sens et de spiritualité occupe une place importante dans son cheminement des dix dernières années.

«Oui, j'ai réussi à m'en sortir. Oui, je suis heureuse, mais j'ai envie de dire aux gens qu'on ne peut pas se rebâtir du jour au lendemain. Il faut le faire avec ce qu'on a et être patient. C'est comme rénover une vieille maison!», rappelle-t-elle avant de jeter un coup d'oeil amusé au chantier dans lequel elle se trouve depuis que sa vie a pris des allures de cabane à sucre.

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