Le beau grand bateau de Jocelyn Robichaud

Directeur du Foyer des marins depuis son ouverture,... (PHOTO: SYLVAIN MAYER)

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Directeur du Foyer des marins depuis son ouverture, en décembre 1998, Jocelyn Robichaud accueille chaque semaine des marins venus d'ailleurs comme ces trois Philippins: Iran Bustamante (à l'avant), Dente Pereyra et Edwin G. Reyes.

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Jocelyn Robichaud a beaucoup navigué même s'il n'a jamais quitté son Foyer des marins. Barbe et pipe en moins, l'aumônier est aguerri comme un vieux loup de mer qui a affronté toutes les tempêtes.

Il est 13 h, heure d'ouverture du local situé au deuxième étage du bâtiment d'accueil du port de Trois-Rivières. La porte s'ouvre. Trois hommes font leur entrée. Iran, Dente et Edwin, des Philippins, sont au nombre de l'équipage qui est parti du Brésil pour une traversée de neuf mois à bord du Prospector II.

Fidèle à la réputation de son pays d'origine, le trio distribue les paroles gentilles et les sourires aux deux bénévoles qui assurent la garde jusqu'en soirée. Malgré leur anglais approximatif, les marins devinent rapidement que les présentoirs derrière eux sont remplis de vêtements usagés qui leur sont offerts à prix dérisoire. Un ou deux dollars le morceau. Leur préférence ira pour les chandails de laine. Inutile de leur traduire que l'hiver est à nos portes.

C'est la première fois que Dente entre au Foyer des marins. Lorsque son bateau s'était accosté à Trois-Rivières, il y a deux ans, le marin n'avait pas eu le temps de mettre pied à terre. «Trop d'ouvrage», a expliqué celui qui était heureux de pouvoir se reprendre cette semaine.

Dente et ses deux compagnons ont quitté le Foyer des marins une trentaine de minutes après leur arrivée et se promettaient déjà de revenir avant de larguer les amarres. Ils entendaient profiter des ordinateurs et du Wi-Fi mis à leur disposition, tout comme de la télé et de la console de jeux vidéo. Après de longues périodes en mer, les hommes s'y présentent nombreux pour renouer, via la magie d'Internet, avec femmes et enfants qui patientent à la maison.

Jocelyn Robichaud assiste parfois à des scènes touchantes, comme cette fois où un marin parti d'Australie est accouru au Foyer des marins de Trois-Rivières pour voir apparaître à l'écran de l'ordinateur son nouveau-né de quelques jours.

«Il criait à tout le monde: ''Venez voir mon bébé! Venez voir mon bébé!'', raconte avec ravissement le directeur de l'organisme qui a également aidé un marin d'origine polonaise à retracer à Montréal son frère disparu de la mappemonde depuis au moins vingt-cinq ans. Jocelyn Robichaud n'oubliera jamais leurs retrouvailles, alors que les deux hommes riaient et pleuraient en même temps.

Annuellement, ce sont quelque 150 bateaux étrangers qui transitent par Trois-Rivières, des navires composés d'un équipage d'une vingtaine de personnes chacun.

En plus de les accueillir dans le décor chaleureux de son local, l'aumônier ne rate jamais l'occasion de monter à bord des cargos pour effectuer une visite de courtoisie et s'assurer discrètement du moral des troupes.

Jocelyn Robichaud en a vu de toutes les couleurs depuis qu'il tient la barre du Foyer des marins. Celui qui ne savait pas vraiment parler anglais il y a seize ans arrive aujourd'hui à poser les questions «innocentes», dit-il, celles qui se veulent, parfois, lourdes de conséquences. Des hommes lui confient être abusés physiquement, psychologiquement et financièrement.

«Sur certains bateaux, le capitaine est le seul maître à bord après Dieu», constate amèrement M. Robichaud qui, encore récemment, a été appelé à défendre des marins qui ne mangeaient pas à leur faim. Les aider à retrouver leur dignité est au coeur de sa mission.

Cela dit, il ne faudrait pas penser qu'à Trois-Rivières, ces Philippins, Roumains ou Ukrainiens ne risquent pas de se faire avoir pendant les 24 à 48 heures qu'ils passent sur le plancher des vaches.

M. Robichaud n'hésite pas à mettre ses amis en garde contre des commerçants qui pourraient être tentés de leur remettre le faux billet de banque qu'ils se sont eux-mêmes fait refiler comme de vulgaires débutants. Sans oublier le chauffeur de taxi qui emprunte des détours tortueux pour supposément leur permettre d'arriver plus vite à bon port...

L'autre après-midi, après leur arrêt au Foyer des marins, Dente, Iran et Edwin ont décidé de marcher le long du boulevard Gene. H-Kruger pour se rendre au magasin à grande surface le plus proche. Les gars se proposaient d'y faire leurs emplettes pour plusieurs semaines à venir.

Jocelyn Robichaud n'était pas étonné de les voir partir à pied. Quand on respire des odeurs de fuel 24 heures sur 24 et qu'on s'endort, bercé par le bruit assourdissant des génératrices, une balade en novembre dans la circulation trifluvienne prend des allures de véritable marche de santé.

L'aumônier de 65 ans s'apprête quant à lui à prendre sa retraite, habité par le sentiment du devoir accompli. Jusqu'à la fin, il continuera d'agir en bon capitaine, quitte à critiquer publiquement la décision de l'évêque de Trois-Rivières, Luc Bouchard, de mettre fin à l'aide financière assurée depuis toujours par l'évêché.

Jocelyn Robichaud reconnaît qu'il a toujours été comme ça: incapable de se taire devant toute forme d'injustice. Au Foyer des marins, il n'a fait que suivre sa vocation, guidé par d'autres vieux loups de mer et leurs longues traversées tantôt calmes, tantôt mouvementées.

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