Tomber en héros

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Jules Pinard et son neveu, Stéphane Beauchemin, en des jours plus heureux.

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Parmi tous ces noms de vétérans dont il faut honorer la mémoire en ce jour du Souvenir, il y a celui de Stéphane Beauchemin, mort au combat de ses démons intérieurs.

Pour Jules Pinard, ce jour du Souvenir est... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste) - image 1.0

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Pour Jules Pinard, ce jour du Souvenir est l'occasion de souligner le dévouement de son neveu, le lieutenant-colonel Stéphane Beauchemin, qui est décédé en janvier dernier.

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

Originaire de Saint-Célestin, le lieutenant-colonel est décédé en janvier dernier, par suicide, à l'âge de 45 ans. Membre des Forces armées canadiennes pendant 22 ans, le militaire a sombré dans l'abîme après sa mission, en 1999, en Bosnie-Herzégovine.

Le nom de Stéphane Beauchemin s'ajoute à la triste liste des militaires qui se sont enlevé la vie après avoir servi leur pays avec courage et dévouement.

«Stéphane a grandi derrière chez moi. Son père est décédé lorsqu'il avait 17 ans. Stéphane, c'était comme mon fils. J'ai été son mentor quand il a voulu s'enrôler dans l'armée», raconte son oncle, Jules Pinard.

Originaire de Sainte-Monique de Nicolet, le Trifluvien est bien connu pour ses nombreuses implications, médailles et mentions honorifiques. De 1953 à 1960, M. Pinard a également servi au sein des Forces armées canadiennes, notamment sous le commandement de l'OTAN, en Allemagne.

Membre à vie de la Légion royale canadienne, il a été l'instigateur, en 2007, de l'inauguration d'un cénotaphe dédié aux anciens combattants, à Nicolet. Sept ans plus tard, ce monument funéraire n'aura plus jamais la même signification pour celui qui accepte de briser le tabou entourant la détresse qui a eu raison de son neveu.

Raconter le destin tragique de Stéphane Beauchemin, c'est peut-être empêcher qu'il ne se reproduise.

«Notre Stéphane était quelqu'un de très jovial et de très sociable!», présente d'emblée Jules Pinard qui parle au nom et en l'absence de sa belle-soeur, Denise Rousseau-Beauchemin, de Nicolet. Cette femme, on peut comprendre, est durement affectée par le décès de son fils qui, ces dernières années, vivait à Limoges, en Ontario, avec son épouse et leurs deux filles.

Stéphane Beauchemin était un fier diplômé de l'École de l'aviation royale canadienne. Il a piloté des avions de chasse avant de se retrouver aux commandes d'hélicoptères assurant le transport tactique des troupes et du matériel.

Le jeune francophone a rapidement gravi tous les échelons jusqu'au titre honorable de lieutenant-colonel. «Il a fini parmi les premiers au collège de l'état-major des Forces armées canadiennes, à Toronto!», souligne M. Pinard avant d'ajouter que son neveu, chef d'escadron, a participé à une mission en Haïti avant de se retrouver en zone de conflit pendant six mois, lors de la guerre de Bosnie.

À son retour, le militaire n'était plus le même, vraisemblablement hanté par les scènes d'horreur dont il avait été témoin.

«Il a vu du monde affamé, des maisons brûler et toutes sortes de choses qui ne sont pas faciles à comprendre pour l'être humain. De la violence, des agressions, des affaires inimaginables à raconter. Ça l'a beaucoup marqué...», s'arrête Jules Pinard qui a continué de visiter son neveu alors basé à Valcartier, mais il reconnaissait de moins en moins le sympathique gaillard d'autrefois.

Stéphane Beauchemin avait du mal à dormir, pleurait, était irritable, faisait des crises de colère, s'isolait...

Jules Pinard s'est senti impuissant devant ce brave homme désarmé par ses angoisses. Il rappelle qu'à l'époque, on savait peu de choses sur le trouble du stress post-traumatisme qui affecte bon nombre d'anciens combattants. Le dépistage, le diagnostic et le traitement n'étaient pas ce qu'ils sont aujourd'hui.

Laissé à lui-même, Stéphane Beauchemin a fini par perdre son commandement à Valcartier pour ensuite prendre la direction de Toronto où, pendant près d'un an, il a été hospitalisé dans un centre spécialisé.

À sa sortie, le militaire haut gradé a été affecté dans des bureaux des Forces armées, à Ottawa, mais il n'a jamais été capable d'accepter ce qui lui était arrivé, encore moins de revenir comme avant.

En cette journée où nous sommes invités à reconnaître la contribution des vétérans et à saluer la mémoire de ceux et celles qui ont consenti le sacrifice ultime au nom du Canada, Jules Pinard, 79 ans, souhaite que les militaires soient mieux préparés à affronter des tragédies comme celles vécues par son neveu, en Bosnie.

Il aimerait qu'on les sensibilise davantage à la force de l'esprit de corps, cette loyauté qui consiste à se mobiliser en bloc pour entraider un frère d'armes blessé au plus profond de son être.

Stéphane Beauchemin était voué à une brillante carrière. Aux yeux de Jules Pinard, il était tout désigné pour devenir général. Aujourd'hui, il n'est plus. Sa mère, son épouse, ses filles et son oncle le pleurent, tentantde comprendre ce qui a pu se passer.

«Quand il revenait à lui, c'était le meilleur gars du monde!», souligne M. Pinard qui espère que le nom du lieutenant-colonel Stéphane Beauchemin ne soit jamais oublié.

La preuve: «Il a été un bon militaire dans toute la force du mot. Il a accepté de prendre ses responsabilités pour défendre la démocratie. Ce n'est pas parce que c'est mon neveu, mais il a servi honorablement les Forces armées canadiennes. On doit en être très fier. C'est un héros.»

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